Vers une guerre nucléaire entre la Chine et les États-Unis ? Un journal étatique chinois demande de s’y préparer

L’édito demande d’augmenter le nombre de DF-41, des missiles balistiques intercontinentaux chinois. (AP Photo/Mark Schiefelbein)

Déjà très tendues par le passé, les relations entre la Chine et les États-Unis se sont encore plus détériorées ces derniers mois. Dans un édito tranché, le journal étatique chinois de langue anglaise n°1 recommande à son pays de se préparer à une guerre nucléaire.

L’édito, court mais ô combien révélateur, a été publié ce mardi dans le Global Times, un journal étatique chinois qui possède une version en langue anglaise. Le ton est donné dès le titre: ‘Pierre angulaire de la dissuasion stratégique de la Chine contre les États-Unis : davantage de missiles et d’ogives nucléaires’.

‘Nous devons nous préparer à une épreuve de force intense entre la Chine et les États-Unis’, prévient Hu Xijin, le rédacteur en chef du journal. ‘Alors que l’endiguement stratégique de la Chine par les États-Unis s’intensifie de plus en plus, je voudrais rappeler une fois de plus que nous avons de nombreuses tâches urgentes à accomplir, mais que l’une des plus importantes est d’augmenter rapidement le nombre de têtes nucléaires commandées, et les DF-41, les missiles stratégiques capables de frapper à longue portée et à haute capacité de survie, dans l’arsenal chinois.’

‘Le nombre d’ogives nucléaires chinoises doit atteindre une quantité qui fasse frémir les élites américaines si elles envisagent de s’engager dans une confrontation militaire avec la Chine’, écrit-il encore.

L’édito se conclut sur une note (un peu) moins hostile, remettant le poids de l’embrasement sur les États-Unis. ‘Sur cette base, nous pouvons gérer calmement et activement les divergences avec Washington pour éviter qu’un incident mineur ne déclenche une guerre. L’hostilité des États-Unis envers la Chine est brûlante. Nous devons utiliser notre force, et les conséquences que Washington ne peut se permettre de supporter s’il prend des mesures risquées, pour les garder sobres.’

Coronavirus et Ouïghours

Pas au beau fixe sous la présidence de Donald Trump, les relations entre sino-américaines ne se sont pas améliorées depuis que Joe Biden a pris les rênes de la Maison Blanche. En quelques mois, plusieurs événements survenus coup sur coup n’ont fait qu’empirer la situation.

L’un des principaux points de friction concerne l’origine du coronavirus. Depuis peu, les États-Unis ont totalement reconsidéré celle-ci, voyant clairement en un accident de laboratoire à l’Institut de virologie de Wuhan comme une explication potentielle. L’éditorial du Global Times a d’ailleurs été publié peu après une déclaration de Joe Biden, qui demandait au renseignement américain ‘redoubler d’efforts’ pour identifier l’origine du virus responsable de la pandémie.

La question des Ouïghours constitue aussi un sujet brûlant. Peu après son entrée en fonction, l’administration Biden a fait preuve de fermeté. Le secrétaire d’Etat Antony Blinken a ainsi déclaré partager la position de son prédécesseur, Mike Pompeo, quant au fait que cette minorité musulmane était victime d’un ‘génocide perpétré par le gouvernement autoritaire de la Chine’.

Mer de chine méridionale et entreprises chinoises

Il y a aussi les incidents répétés en mer de Chine méridionale, une zone contestée dans laquelle Pékin accuse Washington de causer des problèmes.

En mars dernier, un navire de guerre américain traversant le détroit de Taïwan avait provoqué la colère de la Chine. Elle y voyait une menace pour son contrôle sur Taïwan et a accusé les États-Unis de ‘mettre en danger la paix et la stabilité’ dans la région.

Plus récemment, il y a deux semaines, la Chine a déclaré avoir chassé un destroyer lance-missiles américain qui naviguait dans les îles Paracels. ‘Les actions américaines […] augmentent les risques pour la sécurité régionale et pourraient provoquer des malentendus, des incompréhensions et des incidents maritimes imprévus. Ce n’est pas professionnel, c’est irresponsable, et cela démontre que les États-Unis sont des fauteurs de troubles en mer de Chine méridionale’, avait déclaré le colonel Tian Junli, porte-parole de la Zone de commandement sud de l’armée chinoise.

Notons enfin que l’administration Biden poursuit le travail entamé par sa prédécesseure au sujet des entreprises chinoises. Pas plus tard qu’hier les États-Unis ont porté à 59 le nombre total d’entreprises chinoises interdites d’investissement américain, car soupçonnées d’être en lien avec l’armée chinoise. Le nouveau décret interdit aux Américains d’investir dans ces entreprises, avec une période de grâce de 60 jours, jusqu’au 2 août, avant le début des sanctions, et une période d’un an pour les Américains ayant déjà investi dans ces entreprises – soit directement, soit par le biais de fonds mutuels, indiciels ou autres – pour se désinvestir. Cette action est l’une des plus fermes à ce jour en la matière, note le Washington Post.

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