Une nouvelle interdiction de voyager semblable à du gruyère: pleine de trous

Aéroport de Zaventem (AP Photo/Francisco Seco – Isopix)

Depuis mardi, il est interdit aux personnes venant d’Inde, du Brésil et d’Afrique du Sud de venir séjourner en Belgique, sans un motif professionnel essentiel ou sans avoir la nationalité belge. Toutefois, cette décision pose question et créé un peu plus de flou dans la politique belge sur les voyages en pleine pandémie.

Ce mardi, après de fortes pressions des experts et de certains hommes politiques concentrés dans la lutte contre le Covid-19, le comité consultatif a approuvé une nouvelle interdiction de voyage: aucun voyageur en provenance d’Inde, du Brésil et d’Afrique du Sud n’entrera sur le territoire belge. Sauf pour les diplomates, les athlètes et quelques autres exceptions. Les titulaires d’un passeport belge sont également autorisés à rentrer dans leur propre pays.

Le fait que de telles décisions capricieuses soient prises après plus d’un an de pandémie, alors que des tests et des quarantaines strictes existent, indique qu’il y a peu d’évolution dans l’approche de la pandémie.

La Belgique suit docilement les pays voisins comme l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Ces derniers ont annoncé récemment une interdiction de voyage venant de l’Inde, suite à la terrible seconde vague qui s’y déroule. Notre pays s’est également confronté au cas très médiatisé de 20 étudiants indiens, dont plusieurs étaient infectés. Cela a conduit apparemment à des démarches drastiques.

Mais un certain nombre de questions demeurent. Premièrement, la Belgique fait toujours partie de l’espace Schengen. Cela implique une libre circulation des personnes entre les pays membres. Et jusqu’à nouvel ordre, ils ne vérifient pas tous les types de trafic automobile. Il suffit donc de prendre un avion depuis l’une des destinations interdites jusqu’à Madrid ou Paris et de faire ensuite le reste du chemin. En d’autres termes: cette interdiction d’entrée ressemble à du Gruyère, elle est pleine de trous.

De plus, la mesure sape davantage le caractère international de Bruxelles. La ville est tout de même considérée comme la capitale de l’Europe et elle abrite le siège de l’OTAN. La Belgique n’a pas de pétrole ni d’autres matières premières. Sa richesse lui vient de son capital humain. Un fort afflux de l’étranger, dans une économie extrêmement ouverte, est indispensable.

Le fond de la question est également de savoir à quoi sert la panique aveugle face au ‘variant indien’. L’Organisation mondiale de la santé n’a toujours pas déterminé s’il appartient à la catégorie ‘inquiétante’. Il est donc impossible aujourd’hui de dire si le regain violent de l’épidémie est causé par des comportements humains ou par une forme du virus plus contagieuse.

Dans tous les cas, ce variant a déjà été observé dans ‘au moins 17 pays’ selon l’OMS. Il reste à savoir désormais si les interdictions de circulation entre la Belgique et certains pays auront un effet. Le variant découvert au Royaume-Uni, qui s’est finalement révélé être moins dangereux qu’annoncé, n’a pas pu être arrêté avec la fermeture des frontières.

Enfin, il y a la question de la réciprocité. Quiconque ose examiner d’un peu plus près certains tableaux ou classements comparables au ‘Covid Resilience Ranking’ de Bloomberg, sur la gestion de l’épidémie par les gouvernements nationaux, verra que la Belgique n’a pas reçu un très bon score. Avec un score de 52,1, la Belgique est à la 31e place. Bloomberg classe l’Afrique du Sud en 27e position, soit 4 places au-dessus de notre pays. L’Inde est juste au-dessus à la 30e place. Seul le Brésil, avec le président Bolsonaro comme leader défaillant, perd réellement face à la Belgique, à la 53e place.

Par exemple, la Belgique compte toujours 1.013 infections pour 100.000 habitants et un bilan de 2 070 décès pour 100.000 habitants. En comparaison, l’Inde est à 349 infections pour 100.000 habitants et 137 décès pour 100.000 habitants. Beaucoup de pays pourraient facilement, sur la base de ces chiffres, aussi ‘interdire’ la Belgique.

Il est bien sûr toujours très difficile de comparer deux pays sur ces chiffres. Que l’Inde fasse un rapport correct ou non de la pandémie, sa population sera toujours de 1,4 milliard d’habitants, contre 11 millions en Belgique. Et il est indéniable qu’une nouvelle crise de Covid-19 touche une grande partie de l’Inde. Mais le fait est là : ce pays a été coupé de la Belgique d’un simple coup de stylo. Tout comme le Brésil et l’Afrique du Sud.

La mesure a au moins le mérite d’obtenir un bon résultat auprès de la population. Les chiffres du baromètre du coronavirus montrent que 2 Belges sur 3 pensent que l’interdiction de voyager – les Belges ont été privés de sortir du territoire pendant plusieurs mois – a été levée trop tôt. Après tout, la plupart des Belges ne se concentrent pas sur les mesures internationales, mais plutôt sur ce qu’il se passe au centre du village.

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