Une nouvelle crise migratoire guette déjà l’UE: la Turquie est mise en cause et la situation semble inextricable

Alors que tous les yeux sont tournés depuis plusieurs mois vers les frontières entre la Biélorussie et les pays membres de l’Union européenne (Pologne, Lituanie, Lettonie), la présidence slovène du Conseil de l’UE avertit qu’une nouvelle crise pourrait bien éclater ailleurs. Et elle estime qu’il faut agir maintenant.

Depuis quelques mois, la situation aux frontières entre la Biélorussie et l’UE était ultra-tendue. Des milliers de migrants – supposément arrivés sur place après y avoir été incités par Minsk – s’y sont pressés en vue de rejoindre la Pologne, la Lettonie et la Lituanie. Et, par la suite, continuer leur périple à travers l’Union pour y trouver une nouvelle terre d’accueil.

Petit à petit, la situation se stabilise. La Biélorussie a fini par accepter d’organiser des vols vers l’Irak et la Syrie: plusieurs milliers de migrants sont retournés dans leur pays d’origine. Plusieurs autres milliers sont par contre toujours bloqués en Biélorussie, dans des conditions très difficiles et certains continuent de tenter d’entrer illégalement dans l’UE. La crise n’est donc pas encore pleinement résolue.

Pendant ce temps, la présidence slovène du Conseil de l’UE voit déjà une autre crise se dessiner: à Chypre.

A Chypre, les traversées illégales ont presque doublé en un an

Ce jeudi, les ministres européens de l’Intérieur se réunissaient à Bruxelles. Objectif premier: s’attaquer à l’utilisation abusive de l’immigration à des fins politiques dans le cadre de la réforme prévue du code frontières Schengen. Mais la Commission européenne a reporté la présentation de sa proposition à la semaine prochaine, relate Euractiv.

A l’occasion de la réunion, le ministre slovène Aleš Hojs a tenu à informer ses partenaires sur la situation migratoire à Chypre. Au cours de la troisième semaine de novembre, en termes de demandes d’asile par habitant, le plus grand nombre Chypre est arrivé en tête devant l’Autriche et la Slovénie. La plupart des demandeurs viennent d’Afghanistan et de Syrie.

En outre, M. Hojs a montré, statistiques à l’appui, que les traversées illégales vers l’île ont presque doublé en un an. Elles sont passées de 5.300 à environ 9.800.

Le ministre slovène a donc demandé à la Commission d’intégrer Chypre à sa proposition autorisant la Pologne, la Lituanie et la Lettonie à déroger aux règles d’asile en cas de « menaces hybrides ». Ces trois pays devraient être autorisés à étendre la période d’enregistrement des demandes d’asile de à quatre semaines (au lieu de trois à dix jours) pendant six mois.

Une situation géopolitique particulièrement complexe

En début de semaine, le pape François est justement passé par Chypre, en vue d’appeler l’Europe, dans son ensemble, à « plus de solidarité migratoire ». Nicosie a, de son côté, demandé à la Commission européenne l’autorisation « de suspendre les demandes d’asile » pour faire face à l’arrivée « massive » de migrants.

Chypre et la Grèce accusent la Turquie « d’instrumentaliser les migrants » à des fins politiques, rapporte La Libre. En vue de faire pression sur l’UE sur d’autres dossiers. Avec le tiers nord de son territoire occupé par l’armée turque, l’île est particulièrement perméable face aux arrivées clandestines de migrants. Elle est impuissante: contrôler les migrants à la ligne verte contrôlée par les troupes de l’ONU reviendrait à reconnaître l’existence d’une frontière entre le Nord et le Sud de l’île.

Notons toutefois la petite victoire diplomatique acquise par Chypre suite à la venue du pape. Celui-ci ne s’est pas rendu dans le Nord de l’île. De plus, le président chypriote Nicos Anastasiadis a eu l’occasion de lui présenter ses idées pour la réunification de l’île. Les Chypriotes désirent une fédération bicommunautaire. Les Turcs, Recep Tayyip Erdoğan en tête, la création de deux États séparés.

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