Le Royaume-Uni accuse l’UE d’avoir ‘endommagé’ sa campagne de vaccination: leurs relations s’enveniment

Les accusations de Charles Michel n’ont pas du tout plu au Royaume-Uni, qui riposte. (John Thys, Pool via AP)

En 24 heures, les relations – déjà tendues – entre le Royaume-Uni et l’Union européenne au sujet des vaccins se sont enflammées. Partant des accusations sur les présumés blocages d’exportations de vaccins, l’étincelle a fini par créer un incendie ayant trait à la façon dont l’UE s’est méfiée du vaccin (britannique) d’AstraZeneca. Dans le clan britannique, on ne mâche plus ses mots.

Des accusations de Michel qui ne passent pas

Mardi, Charles Michel a publié une newsletter qui n’a pas du tout plu au Royaume-Uni. Le président du Conseil européen s’y est dit ‘choqué’ des accusations de ‘nationalisme vaccinal’ lancées contre l’UE. Il a ensuite rappelé quelle était l’attitude de l’Union: ‘simplement mettre en place un système de contrôle de l’exportation des doses produites dans l’UE’. Une politique qui a pour objectif ‘d’empêcher les entreprises auxquelles nous avons commandé et préfinancé des doses de les exporter vers d’autres pays avancés lorsqu’elles ne nous ont pas livré ce qui avait été promis.’

En plus de défendre l’UE, Charles Michel a également attaqué frontalement le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Ces deux pays ont ‘imposé une interdiction pure et simple d’exportation de vaccins ou de composants de vaccins produits sur leur territoire’, a affirmé l’ancien Premier ministre belge.

Le Royaume-Uni dément…

Des accusations qui ont fait bondir plus d’un responsable à Londres. Nicole Manion, une haute diplomate européenne, a immédiatement été convoquée pour se présenter mercredi matin au ministère britannique des Affaires Etrangères.

Le ministre des Affaires Etrangères, Dominic Raab a quant à lui envoyé une lettre à Charles Michel pour contester ses affirmations. ‘Le gouvernement britannique n’a jamais bloqué l’exportation d’un seul vaccin’, a martelé un porte-parole du ministre britannique.

Suite à ces vives réactions britanniques, Charles Michel a tenté d’apaiser les tensions. Dans un tweet, le président du Conseil européen s’est dit ‘heureux si la réaction du Royaume-Uni conduit à plus de transparence et à une augmentation des exportations, vers l’UE et les autres pays’. Il y a ‘différentes façons d’imposer des interdictions ou des restrictions sur les vaccins/médicaments’, a-t-il précisé.

Ce tweet, envoyé mardi dans la soirée, n’a pas eu l’effet escompté. Ce mercredi, le Royaume-Uni continue de s’insurger des accusations de Charles Michel. Le Premier ministre Boris Johnson a tenu à ‘corriger’ les propos du président du Conseil européen.

‘Je tiens à préciser que nous n’avons pas bloqué l’exportation d’un seul vaccin ou composant de vaccin. Nous nous opposons au nationalisme en matière de vaccins sous toutes ses formes’, a déclaré Johnson lors de son intervention hebdomadaire au Parlement britannique.

…et riposte

L’histoire ne s’est pas arrêtée là. Le ministre britannique britannique des Transports, Grant Shapps, s’est exprimé sur le sujet lors d’une interview accordé à Times Radio. Dans un premier temps, il a estimé que Michel avait ‘juste fait une erreur’ ou qu’il ‘n’avait pas les bonnes informations’.

Une déclaration visant à faire dégonfler l’œdème ? Pas du tout. Car le ministre des Transports a ensuite fait glisser la polémique vers un autre terrain. Shapps a accusé l’UE – assez méfiante vis-à-vis du vaccin d’AstraZeneca – d’avoir nui au bon déroulement de la campagne de vaccination du Royaume-Uni.

‘Malheureusement, l’Europe a fait un certain nombre de déclarations différentes, y compris des informations trompeuses sur l’efficacité de certains de ces vaccins, qui ont finalement été retirées, mais pas avant d’avoir causé des dommages à un certain nombre de personnes concernant l’adoption de certains vaccins, ce qui est très regrettable’, a déploré Shapps. ‘Nous devons simplement aller de l’avant et vacciner les gens. Nous voulons que le reste du monde se vaccine également.’

Avec cette déclaration, Shapps vise clairement les Etats européens qui avaient, dans un premier temps, interdit l’inoculation du vaccin d’AstraZeneca aux plus de 65 ans. Le président français Emmanuel Macron avait même déclaré que ce vaccin était ‘presque inefficace’ pour ces personnes-là.

Initialement, la Belgique avait introduit une limite d’âge de 55 ans pour le vaccin britannique. Le Conseil Supérieur de la Santé a finalement revu ses recommandations, supprimant cette limitation. Désormais, toutes les personnes majeures peuvent recevoir un vaccin d’AstraZeneca dans notre pays.

La Commission réagit

Ce mercredi, des journalistes ont demandé si la Commission européenne soutenait les propos tenus par Charles Michel la veille. ‘Nous avons pour politique de ne pas commenter les commentaires des autres’, a d’abord répondu le porte-parole de la Commission, Eric Mamer.

Mamer s’est ensuite montré un peu plus loquace sur le sujet. ‘Nous savons que différents pays ont mis en place différentes mesures – cela ne concerne pas les vaccins, pour autant que nous le sachions, en provenance du Royaume-Uni. Mais nous savons aussi que nous, l’UE, sommes un exportateur très, très actif de vaccins et ce n’est pas nécessairement le cas de tous nos partenaires’, a déclaré le porte-parole de la Commission.

Mamer a également ajouté qu’Usrula von der Leyen s’était entretenue avec Boris Johnson sur la question. Le Premier ministre britannique lui aurait assuré que son pays n’avait pas instauré d’interdiction sur les exportations de vaccins.