L’armée russe pourrait-elle vraiment manquer de chars à envoyer au combat en Ukraine ?

Selon une information qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux, le seul fabricant de chars russe aurait dû arrêter sa production, faute de pièces détachées et de composants électroniques. Pour d’aucuns, c’est un signe de plus que la Russie n’en mène pas large dans ce conflit. Pourtant, cela n’est pas pour autant un signe d’espoir : 263 chars ont été détruits, mais la Russie avait près de 2.700 tanks opérationnels en réserve en 2020.

L’information a d’abord été relayée par Nexta, un média biélorusse, qui cite les forces armées ukrainiennes. Sur Twitter, le site d’information affirme que le seul fabricant russe de chars, Uralvagonzavod, a arrêté sa production. Il manquerait surtout de composants électroniques et de pièces détachées pour la construction de nouveaux chars, et la réparation des engins endommagés en Ukraine.

L’information est cependant difficile, sinon impossible, à vérifier, et elle doit être prise avec précaution. Le fabricant est toutefois visé par des sanctions internationales : ses avoirs ont été gelés, et les États-Unis et l’Europe ont arrêté les exportations de composants, surtout électroniques, nécessaires à la fabrication des chars, rappelle BFM Business. Vu comme ça, l’information gagne en crédibilité.

Cette nouvelle, parmi tant d’autres, comme la mort de généraux russes, la quantité de matériel abandonnée par les soldats russes qui refusent de se battre, ou les pourparlers qui avancent, peut paraître positive. Elle sera, avec les autres, interprétée comme un signe que rien ne va plus dans la campagne russe, et que la guerre touche à sa fin. Sauf qu’on a cette impression à chaque « bonne » nouvelle, mais la guerre dure tout de même depuis un mois. Comment cette potentielle pénurie de chars se traduit-elle alors sur le terrain?

263 chars détruits… sur près de 2.700?

Des analystes militaires néerlandais publient des chiffres des pertes de matériel militaire (endommagé, détruit, abandonné, ou capturé) ukrainien et russe sur le site oryxspioenkop.com et sur leur fil Twitter. Ils obtiennent les chiffres via la vérification d’images, les pertes réelles peuvent donc être plus élevées, même si cette guerre est particulièrement foisonnante en images.

D’après ces analystes, 263 chars russes ont été détruits. Détruire un char n’est pas une mince affaire, mais en tout cas les soldats ukrainiens peuvent compter sur les puissants lance-roquettes américains Javelin. Les drones turcs sont également efficaces contre les chars. Pour l’heure, les États-Unis ont envoyé 17.000 munitions pour Javelin en Ukraine, et se sont engagés à livrer davantage de matériel militaire.

À côté des chars détruits, l’Ukraine a également pu capturer des chars et autres blindés. Il est vrai que des soldats russes en abandonnent, et alors les fermiers ukrainiens viennent avec leurs tracteurs récupérer le butin de guerre. Le matériel endommagé est aussi enlevé pour éviter que les Russes le récupèrent pour réutiliser les pièces, par exemple. Impossible d’en avoir un nombre exact cependant.

Mais est-ce qu’à court terme, l’armée russe se retrouvera à court de chars pour autant? La réponse est sans doute non. La réserve de chars est massive. En septembre 2020, le site spécialisé Opex360 avait fait les comptes : l’armée russe disposerait de 2.685 chars en service. Soit plus de dix fois plus que ceux qui auraient été détruits. Poutine n’enverra sans doute pas la totalité de ces machines en Ukraine, mais il a encore une certaine capacité de réserve. En plus de cela, tout bon stratège prépare normalement des stocks d’armes, de munitions et de pièces avant de partir en guerre, donc depuis ce compte il y a un an et demi, le nombre de chars a peut-être augmenté.

D’autant que tous les chars russes ne se valent pas ni n’apparaissent dans l’ordre de bataille du Kremlin avec les mêmes effectifs. La majorité de ces tanks se répartit en trois grands modèles développés durant la période soviétique, mais qui ont tous été modernisés et déclinés en plusieurs variantes depuis : à savoir T-72, T-80 et T-90. Selon des chiffres de 2017, l’armée de terre russe pourrait aligner 1.932 T-72B et t-72B3, 450 T-80 de différents modèles, et 350 T-90A dont la modernisation est en cours vers un nouveau standard, le T-90M. En cinq ans, la proportion d’engins considérés comme modernisés peut avoir varié, mais c’est trois grands types de chars d’assaut ont bien été vus en Ukraine. Par contre, jusqu’à présent la présence du fameux T-14 Armata, un engin ultramoderne que le Kremlin met en avant à chaque défilé militaire, n’a pas été confirmée en Ukraine. Le ministère russe de la Défense aurait prévu d’en aligner 500 d’ici à 2030, et il aurait été testé en Syrie, mais il n’est pas certain que Moscou compte exposer au feu ce genre d’arme, qui pourrait ainsi tomber aux mains des occidentaux.

Donc même si l’usine de Uralvagonzavod était effectivement à l’arrêt et ne sortait plus aucun char de ses lignes de production, les Ukrainiens n’auront malheureusement pas fini d’en voir, des colonnes de chars russes sur leurs autoroutes et leurs routes nationales.

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