L’après-Warren Buffett: vers une dissolution de Berkshire?

Un jour, Warren Buffett ne sera plus à la tête de Berkshire Hathaway. Quel sort subira alors la société? Pour une experte économique, la meilleure solution serait alors de séparer le groupe en différentes entités.

Warren Buffett ; un businessman à qui les affaires réussissent. Il est l’une des personnes les plus fortunées du monde (la 6e, selon le Bloomberg Billionaires Index), et la société d’investissement qu’il gère, Berkshire Hathaway, est l’action la plus chère du marché.

Warren Buffett est également un vétéran des affaires. Après tout, l’homme va sur ses 92 ans. Buffett a été à la tête de l’empire Berkshire pendant plus de 50 ans. Même s’il est encore en bonne forme, et qu’il a toujours le flair de la bonne affaire, la question de sa succession et de l’avenir du conglomérat Berkshire se pose.

« Personne d’autre ne sera capable de diriger l’entreprise avec autant de succès que lui. Le conglomérat géant devrait être démantelé », lance Francine McKenna, experte en finances et comptabilité à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie, dans le Financial Times.

Tout n’a pas été rose ces dernières années

McKenna ne lésine pas en critiques envers Buffett. Ces dernières années ont été une période de « sécheresse » pour Berkshire. En avril et en mars 2022, des achats ont certes eu lieu, en l’occurrence le rachat de la compagnie d’assurances Alleghany pour environ 12 milliards de dollars, un achat d’actions d’Occidental Peroleum pour 7,5 milliards de dollars, portant la part de Berkshire dans la compagnie pétrolière à 14,6%, et l’achat de 11% des actions du fabricant d’ordinateurs et imprimantes HP, pour 4,2 milliards de dollars.

À part cela, Buffett n’avait pas racheté d’entreprise ces dernières années. Il se plaignait même régulièrement de ne rien trouver de bon marché à acheter. Il a alors passé son temps à racheter les actions de Berkshire, pour tout de même se débarrasser des liquidités, ayant horreur de l’argent qui dort. En deux ans, il a acheté pour 51,7 milliards de dollars d’actions, soit 9% des actions. À cela s’ajoute 1,2 milliard de dollars de rachats d’actions en début de 2022.

Mais ce n’est pas tout. McKenna continue en énumérant quelques dépréciations subies par des groupes dans le giron de Berkshire. Precision Castparts, acheté en 2016, a perdu des milliards en 2020. Tout comme Kraft Heinz, dont Berkshire possède 26,8% des parts, en 2018 et en 2019. « Si un investisseur tel que Buffett trébuche dans le déploiement du trésor de Berkshire, quelles sont les perspectives d’un successeur ? », se demande la spécialiste.

Successeur(s)?

Le risque, que Berkshire admet dans son bilan annuel, est que la société soit « dépendante de quelques personnes clés pour (ses) investissements majeurs et (ses) décisions d’allocation de capital ». La désignation d’un successeur a seulement été annoncée en mai de l’année dernière. Greg Abel, âgé de 59 ans et actuel vice-président concernant tout ce qui n’a pas trait aux assurances, a été nommé pour prendre le relai en cas d’urgence.

Pour McKenna, cela est l’apparition d’une première ligne de fracture. Abel partage ainsi la responsabilité de Berkshire, à un grade en dessous de Buffett, avec Ajit Jain, âgé de 70 ans, qui est vice-président des compagnies d’assurances. Ces deux devraient alors séparer la compagnie en deux, en gardant d’un côté les assurances et le portefeuille d’investissement, et de l’autre côté toutes les autres sociétés.

Pour McKenna, un tel partage serait également une bonne solution pour la transparence. Berkshire ne communique pas les résultats des entreprises que la société détient, à part, en partie, ceux des grands noms. Le modèle économique de Berkshire serait ainsi chamboulé : les rentrées des compagnies d’assurance que le conglomérat détient sont réinvesties dans Berkshire, pour les paris de Buffett, sans que la compagnie ne détienne effectivement cet argent. Le gestionnaire de la partie non-assurances devrait alors créer un fonds de couverture, où centraliser les gains de ces sociétés, pour les gérer plus facilement, et pour attirer des investisseurs.

Une difficulté qui sera également sur le chemin des successeurs et l’effet de « halo » dont profite Buffett. McKenna estime que Buffett, et à travers lui Berkshire, a eu tellement de succès que des bourdes sont vite pardonnées. Un ou des successeurs auront cependant des difficultés pour profiter de cet effet, du moins avant un certain temps. Dans l’immédiat, tous les projecteurs seront rivés sur leurs moindres faits et gestes.

Ce samedi aura lieu l’assemblée générale des actionnaires de Berkshire. Des appels se sont déjà fait entendre pour la destitution de Buffett en tant que président du conseil d’administration, alors qu’il est en même temps PDG de la société. Ce vote n’a cependant pas vraiment de chances de passer. Mais une telle réunion est également l’occasion de discuter du futur du groupe.

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