Les entreprises américaines dépensent des sommes collossales pour racheter leurs propres actions: « Le problème, ce sont les Warren Buffett, Carl Icahn et Paul Singer »

Dans son plan budgetaire pour 2023, Biden veut s’attaquer aux distorsions du marché américain. Après les milliardaires, le président des États-Unis veut réguler certaines pratiques des grandes entreprises américaines.

Redistribution et partage de richesse. La révolution aux États-Unis ne se passe par sur le plan international, mais bien sur le plan intérieur. En tout cas dans les intentions. Lundi, Joe Biden a dit vouloir imposer la fortune des ultra-riches à 20%. Certains milliardaires ne sont quasiment pas imposés sur leurs revenus, car l’essentielle de leur fortune se traduit en actions. Si la loi est adoptée, les centimilliardaires que sont Musk, Bezos ou Gates devraient payer des sommes énormes chaque année, jusqu’à 50 milliards par an dans le cas du patron de Tesla et SpaceX. Il y a débat aux États-Unis, car le cours d’une action peut monter, mais aussi descendre. En outre, même ces ultrariches ne disposent pas d’une telle somme en cash sur leur compte en banque. Mais le message est lancé par Biden.

Il est vrai que l’écart se creuse entre les plus riches et l’américain moyen. Et c’est aussi vrai pour les entreprises. L’année dernière, les entreprises du S&P 500 ont racheté leurs propres actions pour un montant record de 882 milliards de dollars, rapporte CNN. Ce chiffre est en passe d’atteindre 1 000 milliards de dollars en 2022, selon les nouvelles données de Goldman Sachs.

Cela fausse le marché bien sûr, mais ça permet aussi aux multimilliardaires de canaliser les bénéfices des entreprises dans leurs propres poches plutôt que dans l’économie.

La Maison Blanche a proposé de nouvelles règles qui visent à limiter les rachats d’actions dans le cadre de son plan budgétaire à 5.800 milliards, publié lundi. Il est aussi prévu d’interdire aux dirigeants d’entreprises d’acheter ou de vendre leurs actions pendant un certain nombre d’années après un rachat qui aurait été prévu.

Un problème structurel

C’est un problème structurel aux États-Unis, et la SEC, le gendarme boursier, en est tout à fait consciente. Selon ses données, les cadres supérieurs vendent plus d’actions dans les huit jours qui suivent l’annonce d’un rachat par leur entreprise.

De l’autre côté, les défenseurs de ces pratiques estiment que les rachats d’actions font partie du marché et sont nécessaires. Ils permettent d’augmenter les liquidités et influencent les bénéfices par action. Une entreprise peut avoir besoin de racheter des actions pour réduire le nombre d’actions disponibles, en augmentant ainsi la demande pour une action et ses bénéfices. Une entreprise peut également avoir besoin de racheter pour empêcher d’autres personnes de prendre le contrôle ou simplement parce que le CEO estime que les actions de son entreprise sont sous-évaluées.

Mais le manque de redistribution est criant. Les actions des entreprises sont détenues en grande partie par des Américains aisés : les 10 % des ménages américains les plus riches possèdent environ 90 % des actions des entreprises. Le plan de Biden vise à y remédier, au moins en partie.

Mais la proposition de Biden, tout comme sa volonté de taxer la fortune des ultra-riches, pourrait ne devenir qu’un vieux rêve. Elle doit être adoptée à la fois par la Chambre et le Sénat pour devenir contraignante, un scénario peu probable. Les rachats sont un sujet politique brûlant depuis qu’ils ont été légalisés en 1982 par la SEC.

La faute aux gros investisseurs ?

William Lazonick, professeur d’économie à l’université du Massachusetts Lowell, a trouvé les coupables de tels pratiques: « Le problème, ce sont les Carl Icahn, Daniel Loeb, Paul Singer et Warren Buffett. Ces personnes n’ont rien à voir avec ces entreprises. Ils détiennent des actions et gagnent une tonne d’argent en exerçant une pression sur ces entreprises », explique le professeur à CNN. « Ces investisseurs font trembler les PDG. »

De par leur portefeuille d’actions au sein d’une entreprise, ils exercent en effet une énorme pression au sein des conseils d’administration pour que les entreprises rachètent des actions et limitent ainsi ceux qui peuvent en détenir.

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