La Russie survit mystérieusement au covid-19 malgré un nombre impressionnant de cas confirmés

En Russie, le confinement prend doucement fin alors que le pays déclare encore 10.000 nouveaux cas tous les jours. (Isopix)

Si la Russie a été touchée par l’épidémie de coronavirus plus tard que les autres pays d’Europe, elle n’a cependant pas pu y échapper. Des centaines de milliers de personnes y ont été testées positives… Mais la mortalité reste toutefois étrangement basse.

Plus de 260.000 cas ont été confirmés en Russie. Et 2.400 décès ont été déclarés. Cela signifie que moins d’un pourcent des personnes malades décèdent. Dans la plupart des pays européens, mais aussi aux Etats-Unis ou en Chine, la maladie a plutôt une mortalité d’environ 5%.

A ce que l’on sache, la Russie n’a pas trouvé de traitement miracle au coronavirus. Cependant, ce faible nombre de décès peut s’expliquer par deux raisons, qui sont directement liées aux chiffres publiés.

La politique de tests

D’une part, tout comme l’Allemagne, la Russie teste énormément de personnes et cela depuis le début de l’épidémie. Plus de 6 millions de tests ont été faits. Et ce sont principalement les gros foyers de l’épidémie comme Moscou qui sont testés. 60% des cas détectés se trouvent dans la capitale.

Pour la cheffe du service russe des maladies infectieuses, Dr. Elena Malinnikova, les Russes vont se faire dépister très rapidement après les premiers symptômes ce qui permet de les prendre en charge rapidement. Et de nombreux décès sont par conséquent évités.

Cette explication est plausible. En Allemagne, à la fin du mois de mars, la mortalité était de seulement 0,5%. La politique massive de tests et des patients soignés rapidement étaient deux facteurs qui expliquaient ce taux si bas. Toutefois, aujourd’hui, les statistiques allemandes ont rattrapé le reste de l’Europe et la mortalité atteint 4,5%.

La Russie pourrait donc encore n’être qu’au début de l’épidémie et devrait donc s’attendre à une hausse de la mortalité par la suite.

Les décès comptabilisés

C’est la grosse question qui se pose depuis des mois lorsqu’on compare les chiffres des différents pays: comment sont comptabilisés les morts? En Belgique, par exemple, nous comptons toutes les personnes décédées en maisons de retraite qui présentaient des symptômes de covid-19, même si elles n’ont pas été testées. Mais tous les pays ne font pas pareils.

Selon un article de CNN, la Russie semble ne pas attribuer au covid-19 60% des morts ‘suspectes’. Les médecins légistes les attribuent à d’autres maladies sous-jacentes comme une insuffisance cardiaque.

Il y a toutefois une surmortalité non négligeable dans le pays: sur le mois d’avril, le nombre de certificats de décès a augmenté de 20% par rapport à la moyenne habituelle pour la période. Cela représente donc près de 2.000 morts supplémentaires alors que les autorités n’ont déclaré que 1.000 décès dus au covid-19 sur le mois.

Le nombre de décès annoncés est presque devenu une question politique. Tous les pays veulent montrer qu’ils ont réussi à gérer l’épidémie en déclarant un nombre de décès très bas.

Facteurs externes

La Russie a également un avantage sur les pays européens: outre certaines villes très peuplées, la densité de sa population est très faible (9 habitants au km²). Le virus ne s’y propage donc pas aussi rapidement qu’en Europe de l’Ouest.

Toutefois, la Russie ne bénéficie pas d’une population jeune, qui pourrait survivre plus facilement à la maladie. 14% de la population a plus de 65 ans. C’est un peu moins qu’en Espagne ou en Belgique, mais cela reste une proportion importante de personnes plus vulnérables à la maladie.

Depuis mardi, la Russie sort de son confinement, débuté en avril. Pourtant le pays n’a pas encore atteint de plateau, que ce soit au niveau des contaminations ou des décès. Depuis deux semaines, environ 10.000 nouveaux cas de coronavirus sont annoncés chaque jour. L’épidémie en Russie est donc loin d’être finie.