Des satellites américains à propulsion nucléaire pour contrer les missiles spatiaux russes

Alors que chaque puissance spatiale étudie comment s’attaquer aux réseaux de satellites stratégiques de ses rivales, les États-Unis comptent développer des orbiteurs assez maniables pour se mettre à l’abri en cas d’attaque. Des satellites plus réactifs grâce à un réacteur nucléaire, qu’ils emporteront avec eux entre la Terre et la Lune.

Regain des rivalités internationales entre grandes puissances et concurrence accrue dans l’espace obligent, la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), l’agence de la Défense des États-Unis chargée de la recherche en technologies militaires, regarde intensément vers les étoiles. Le département s’intéresse beaucoup aux réflexions de la NASA sur l’usage de la propulsion nucléaire sur les réseaux spatiaux. Mais là où l’agence spatiale américaine y voit une manière d’augmenter l’autonomie de ses vaisseaux au long cours tout en économisant sur la masse de carburant, la DARPA, elle, en conçoit un usage militaire, et ce en orbite autour de notre planète.

Moins vulnérables aux attaques

Michael Leahy, directeur du Tactical Technology Office de la DARPA, a déclaré que cette technologie pourrait donner à l’armée américaine un avantage sur ses ennemis en rendant les satellites plus maniables et moins vulnérables aux attaques, mais aussi plus autonomes car une pile atomique peut alimenter un engin de ce genre pendant des années, là où un réservoir de carburant chimique est bien vite épuisé. Mais le scepticisme et la peur de l’énergie nucléaire sont des problèmes qui nécessiteront davantage d’éducation et de sensibilisation pour « mettre les gens à l’aise avec cette technologie », a-t-il déclaré lors d’un événement virtuel organisé par le Mitchell Institute de l’Air Force Association.

Ce genre de projet est à mettre en lien avec la militarisation croissante de l’espace et les tests de différentes armes antisatellites qui sont actuellement étudiées par les diverses puissances spatiales. La Russie a ainsi procédé à un tir de missile qui a détruit un vieux satellite en novembre dernier, mais cet exercice a généré un champ de débris qui s’est avéré dangereux pour la Station spatiale internationale. Un comportement qualifié de « dangereux et irresponsable » mais qui a dû faire réfléchir les Américains sur la capacité des Russes à mettre hors service leurs propres satellites de surveillance et de télécommunication. Un avantage non négligeable en cas de conflit plus ou moins déclaré.

L’année dernière, la DARPA a annoncé qu’elle allait investir près de 30 millions de dollars dans un projet appelé Demonstration Rocket for Agile Cislunar Operations (DRACO), un engin spatial propulsé par un système de propulsion thermique nucléaire. En cas de succès, le projet pourrait ouvrir la voie au développement de systèmes de propulsion nucléaire pour les satellites militaires. C’est « le prochain grand pari que nous voulions faire dans l’espace », selon Michael Leahy.

L’atome fait peur, surtout au dessus de nos têtes

Un pari qui se heurte à la crainte que ces satellites ne provoquent de dangereuses retombées radioactives, ce qui a d’ailleurs motivé l’abandon de programmes précédents destinés à développer ce genre de propulsion dans notre orbite proche. M. Leahy a déclaré que la DARPA est bien consciente des problèmes de sécurité et que ces questions sont étudiées avec des experts nucléaires du ministère américain de l’Énergie. Le premier lancement-test, prévu en 2025, « sera un voyage de découverte », a-t-il ajouté, précisant que le prototype utilisera de l’uranium faiblement enrichi. Ces satellites nucléaires seront d’ailleurs placés dans l’espace par des fusées classiques à propulsion chimique ; ce n’est qu’une fois en place qu’ils utiliseront l’énergie atomique pour des corrections de trajectoire ou des manœuvres d’urgence. Et en théorie, ces engins resteraient sur des orbites relativement éloignées de notre planète.

General Atomics a remporté un contrat de 22 millions de dollars de la DARPA pour développer le réacteur nucléaire destiné à la démonstration du prototype DRACO.

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