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240 euros par mois: quand deux entreprises belges exploitent de la main-d’oeuvre roumaine

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08/07/2020 | Ewa Kuczynski | 6 min de lecture

EPA

L’ONG We Social Movement s’est penchée sur les conditions de travail de deux entreprises belges dont les sous-filiales se localisent en Roumanie. Il ressort de l’enquête que, dans ces usines où des uniformes de l’armée belge, de la police et de Bpost sont fabriqués, les droits des travailleurs ne seraient pas respectés

L’ONG, qui est une filiale du Mouvement Ouvrier Chrétien, a pour mission de défendre les droits des travailleurs, leurs droits sociaux et d’éradiquer la pauvreté. Par son enquête, WSM voulait souligner que les conditions de productions du textile en Europe ne sont pas toujours idéales, contrairement aux idées préconçues.

À la lumière de son rapport rédigé par le Clean Clothes Campaign, la WSM a donc pu constater que dans certains pays comme la Roumanie et la Bulgarie que ‘l’écart entre le salaire minimum et le salaire minimum vital est le même que celui du Bangladesh.’

L’enquête s’est concentrée sur deux sociétés belges installées en Roumanie : Motexo, une filiale de la société Seyntex (Seynaeve textile Holding), localisée à Falticeni et active depuis 1998, qui comptait 400 employés en 2017. L’autre usine, Siorom, se localise à Lasi dans l’est de la Roumanie (Sioen Industries). Un chercheur, mandaté par WSM, s’est rendu sur place entre juin et juillet 2018 pour interroger les travailleurs. Il en ressort que les salaires, les heures supplémentaires et les chèques-repas octroyés font partie des nombreux manquements constatés.

Entre 13 et 24 euros par mois pour se nourrir

Les travailleurs interrogés au sein de l’usine Motexo ont déclaré toucher un salaire de 240 euros net par mois, soit le salaire minimum légal de l’époque, (aujourd’hui estimé à 280 euros net), également considéré comme inférieur au salaire minimum vital pour assumer des frais de vie fondamentaux. Les employés interrogés sur places ont estimé qu’un salaire mensuel minimum de 747 euros leur serait nécessaire pour survivre.  Le constat est identique à Siorom, où les salaires ne dépassent pas non plus les 240 euros net par mois. Les travailleurs ont tout de même indiqué recevoir un suplément allant de 20 à 30 euros à Noël et à Pâques.

Près de 40% de ces revenus sont injectés dans leur loyer, le reste étant dépensé en chauffage et en électricité. Il ne leur resterait alors qu’entre 13 et 24 euros par mois pour manger, assumer leurs frais médicaux ou l’éducation de leurs enfants. Dans ce contexte, beaucoup d’ouvriers se voient contraints d’emprunter de l’argent.  

Alors que la loi roumaine prévoit que des chèques-repas puissent être accordés à hauteur de maximum 3,10 euros par jour, certains ouvriers de l’usine ont déclaré que la direction s’en servait comme un moyen de pression, les chèques étant attribués au prorata des quotas de distribution. Les ouvriers ont expliqué qu’ils n’avaient perçu, au cours de ces six derniers mois, qu’entre le quart et la moitié de leurs 22 chèques-repas. ‘Chaque mois, nous nous demandons combien de chèques-repas nous allons recevoir. Le mois dernier, les employés de ma ligne ont reçu 5 chèques-repas. On nous a dit que nous n’avions pas atteint le quota de production’, a déclaré un des ouvriers.

Des conditions de travail pénibles

Alors que la législation roumaine exige de l’employeur qu’il prenne un certain nombre de mesures pour protéger les travailleurs, notamment en période de fortes chaleurs, là aussi, des manquements ont été constatés. Le chercheur qui s’est rendu surplace a déclaré que les usines se localisaient dans des bâtiments anciens et qu’en été, la chaleur devait être difficilement supportable, comme l’ont attesté plusieurs ouvriers, qui ont déclaré parfois rencontrer des problèmes de santé liés au manque d’oxygène dans les locaux. 

Bien que les lignes directives des Nations Unies relatives aux droits humains s’appliquent à toutes les entreprises, il semblerait qu’elles ne soient pas respectées dans ces deux usines. En cause, le fait que la loi ne dépende pas ‘de la capacité et/ou de la volonté des États de remplir leurs propres obligations en matière de droits humains, même si elle prime sur le respect des lois et règlements nationaux relatifs aux droits humains’. 

Les fautes seraient donc partagées. L’État se doit de respecter les droits humains, tout comme les entreprises. Se rajoutent à ces points les modifications apportées à la loi du travail en Roumanie en 2011, qui proscrivent les négociations collectives au niveau national, tout comme le fait que le gouvernement devrait s’assurer de garantir un salaire minimum permettant aux ouvriers d’assumer pleinement leurs frais de vie.

Si la WSM appelle à une négociation avec les syndicat , elle revendique aussi une loi sur le ‘devoir de vigilance’, qui obligerait les entreprise à prévenir les risques de violation des droits humains au sein de leur entreprise. 

Source: RTBF


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