Le calvaire de l’industrie textile en Asie face à l’opportunisme des gros clients

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Le coronavirus a aussi un impact dévastateur sur l’industrie du vêtement. En cause: des demandes déraisonnables de la part de gros clients internationaux qui mettent à mal un secteur déjà à l’agonie.

‘Si nos ouvriers ne meurent pas du coronavirus, ils mourront de faim’. L’avertissement vient du propriétaire d’une usine de vêtements et président d’Ambattur Fashion India, Vijay Mahtaney. Il a décidé de tirer la sonnette d’alarme face à l’impact de la pandémie sur l’industrie du vêtement.

Si le coronavirus l’a forcé à fermer toutes ses usines, à l’exception d’une seule, la maladie n’est pas son plus grand tracas. La plus grande menace, elle vient des exigences déraisonnables de leurs gros clients, principalement aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Annulations de dernière minute

‘Certaines marques font preuve d’un véritable sens du partenariat et d’un niveau d’éthique élevé en essayant de garantir au moins un flux de trésorerie suffisant pour payer les travailleurs’, commence Amit Mahtaney, le directeur général de Tusker Apparel Jordan, un fournisseur en Jordanie.

‘Mais nous avons également connu des demandes d’annulation pour des marchandises prêtes ou en cours de fabrication, ou des réductions pour des paiements en cours et pour des marchandises en transit’, poursuit-il à la BBC. ‘Ils demandent également une prolongation de 30 à 120 jours des délais de paiement précédemment convenus.’

Une situation aberrante que confirme un mail obtenu par la BBC, dans lequel un détaillant américain demande effectivement une réduction de 30% ‘pour toutes les créances actuelles ou liées aux commandes’, y compris celles déjà livrées. La raison? ‘Nous traversons cette période extraordinaire.’

‘Hypocrisie’

‘Leur attitude consiste à ne protéger que la valeur actionnariale sans tenir compte du travailleur de l’industrie de l’habillement, à se comporter de manière hypocrite et à faire preuve d’un mépris total pour leur éthique d’approvisionnement responsable’, s’emporte Vijay Mahtaney.

Un opportunisme d’autant plus déplacé que l’industrie du textile est doublement touchée par la crise. D’une part, les usines n’ont pas pu se procurer les matières premières nécessaires provenant de Chine, le plus grand exportateur mondial de textiles.

D’autre part, la demande s’est effondrée lorsque les usines chinoises ont rouvert après plusieurs semaines de lockdown. En cause: les détaillants du monde entier qui ont été contraints à leur tour de fermer leurs portes face aux mesures de confinement. Un mauvais timing.

Une industrie cruciale

Or, le Bangladesh, l’Indonésie, le Cambodge, le Vietnam et le Myanmar jouent un rôle croissant dans l’industrie textile, un poids de taille face à la Chine. ‘La fabrication de vêtements s’est diversifiée hors de Chine depuis une dizaine d’années en raison des coûts élevés de ce pays’, explique Stanley Szeto, du fabricant de vêtements Lever Style, fournisseur de Hugo Boss.

Autrement dit, la fabrication de vêtements est un des piliers pour de nombreuses économies asiatiques en développement. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) montre par exemple que le Bangladesh (6,7 % de part du marché) et le Vietnam (5,7 %) figurent parmi les quatre plus grands exportateurs de vêtements au monde. Si l’industrie souffre, ce sont donc leurs économies qui en pâtissent, et au bout de la chaîne, les nombreux travailleurs déjà à l’agonie.

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