Le PDG de la compagnie pétrolière russe Rosneft : « Les entreprises énergétiques américaines profitent du blocus du détroit d’Ormuz »


Principaux renseignements

  • Selon Igor Sechin, le PDG de Rosneft, les entreprises énergétiques américaines ont tiré un avantage stratégique de la fermeture du détroit d’Ormuz.
  • Les couloirs maritimes mondiaux restent dangereusement vulnérables aux perturbations systémiques.
  • La Russie a besoin de 10 000 milliards de roubles (environ 117 milliards d’euros) d’investissements pour rétablir sa production pétrolière en baisse.

Igor Sechin, directeur de Rosneft et proche collaborateur de Vladimir Poutine, a récemment affirmé que les entreprises énergétiques américaines avaient été les principales gagnantes de la fermeture du détroit d’Ormuz. S’exprimant lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, Sechin a soutenu que les États-Unis avaient profité de la crise pour manipuler les structures énergétiques mondiales à leur avantage, accordant ainsi aux entreprises nationales un avantage déloyal et la capacité de gérer des chaînes d’approvisionnement coûteuses.

Conséquences stratégiques

Le blocus du détroit, par lequel transitent environ 20 pour cent du pétrole brut mondial et des matières premières essentielles telles que les engrais, a fait suite aux frappes américaines et israéliennes qui ont entraîné la mort du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, en février.

Alors que les États-Unis ont également bloqué les ports iraniens, Sechin a noté que les conséquences stratégiques de ces actions avaient été mal évaluées et avaient fini par avoir un impact négatif sur la communauté internationale. Il a averti qu’une instabilité prolongée dans cette voie navigable cruciale pourrait réduire la demande à long terme de pétrole et accélérer la transition vers les sources d’énergie renouvelables.

Vulnérabilités mondiales

En ce qui concerne la stabilité mondiale, Sechin a suggéré que la planification stratégique de la Chine lui permettait d’être la mieux armée pour faire face à ces turbulences. Il a toutefois averti que d’autres passages maritimes vitaux, notamment les détroits de Gibraltar, de Malacca et de Bab el-Mandeb, restaient vulnérables à des perturbations similaires.

Sur le plan économique, il a prévu que si le détroit rouvrait, les prix du pétrole atteindraient environ 95 à 96 dollars le baril d’ici la fin de l’année, pour finalement redescendre à 80 à 85 dollars dans l’année, et revenir aux fondamentaux du marché d’ici fin 2027.

Impacts financiers

La Russie a bénéficié d’un coup de pouce financier grâce à la flambée des prix du pétrole provoquée par le conflit, les recettes fiscales provenant du pétrole et du gaz ayant bondi de 32,4 pour cent en mai pour atteindre 678,9 milliards de roubles (8 milliards d’euros).

Parallèlement, les États-Unis ont autorisé la poursuite des achats de pétrole russe transporté par voie maritime grâce à des dérogations aux sanctions afin de soutenir les nations en difficulté en raison de la guerre en Iran.

Mise en garde contre une crise systémique

Au-delà de l’énergie, Sechin a brossé un tableau sombre de l’avenir, évoquant la militarisation des puissances mondiales, une bulle financière massive et des pénuries imminentes d’eau, de nourriture, de cuivre et d’électricité. Il a décrit ces problèmes qui s’aggravent comme une crise « en boule de neige ».

Le déclin de l’OPEP+ et les besoins d’investissement de la Russie

Abordant l’alliance de l’OPEP+, Sechin a exprimé son scepticisme quant à son efficacité actuelle. Il a souligné que la capacité de production du groupe avait chuté de 58 millions à 37 millions de barils par jour en une décennie, affaiblie par le départ de membres tels que le Qatar et les Émirats arabes unis.

Il a noté que, tandis que de nombreux pays de l’OPEP+ ont augmenté leur production depuis 2016, celle de la Russie a chuté de 1,5 million de barils par jour. Pour contrer cette baisse de 15 pour cent, Sechin a déclaré que la Russie avait besoin d’investissements totalisant au moins 10 000 milliards de roubles (environ 117 milliards d’euros) et qu’il espérait une augmentation des investissements coopératifs de la part des partenaires de l’alliance.

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