Principaux renseignements
- La demande en matière d’IA confère aux fabricants chinois de puces mémoire un pouvoir de négociation sans précédent face aux géants de la technologie.
- Les restrictions commerciales américaines et les interdictions d’équipement entravent les avancées technologiques essentielles.
- Les financements publics alimentent des projets d’introduction en bourse ambitieux et une expansion massive des capacités de production.
L’essor de l’intelligence artificielle a radicalement modifié l’équilibre des pouvoirs au sein du secteur chinois des semi-conducteurs, conférant aux fabricants de puces mémoire un pouvoir de négociation sans précédent vis-à-vis de leurs clients. Cette nouvelle influence a été mise en évidence par un bras de fer entre ChangXin Memory Technologies (CXMT) et Huawei. Après que CXMT eut refusé de baisser ses prix en hausse, le fabricant de puces a brusquement expulsé les ingénieurs de SiCarrier, un fournisseur étroitement lié à Huawei, de ses installations de recherche et développement situées dans la province d’Anhui. Bien que les relations commerciales se poursuivent, l’accès restreint aux zones de R&D souligne la capacité de CXMT à défier même les géants technologiques les plus en vue en Chine. C’est ce que rapporte Reuters.
Une évolution vers la domination du marché
Auparavant, le marché des puces mémoire se caractérisait par de faibles marges bénéficiaires, et des entreprises comme CXMT et Yangtze Memory Technologies Corp (YMTC) dépendaient fortement des subventions de l’État pour compenser leurs pertes. Cependant, la demande mondiale en centres de données dédiés à l’IA a transformé ces composants en actifs à forte valeur ajoutée. Cette évolution a permis à ces ‘deux géants’ chinois de la mémoire de dicter leurs conditions, certains pratiquant même des prix plus élevés que les leaders sud-coréens du secteur, Samsung et SK Hynix. Cette nouvelle position dominante se traduit par des contrats colossaux, notamment un accord avec ByteDance évalué à plus de 7 milliards de dollars (6,149 milliards de euros) et un autre avec Tencent dépassant les 3 milliards de dollars (2,635 milliards de euros).
Restrictions américaines et tensions géopolitiques
Cette croissance industrielle a attiré l’attention du gouvernement américain. Le Pentagone considère ces deux entreprises comme des acteurs militaires. En effet, elles participent aux efforts chinois pour rapprocher les secteurs militaire et civil. De son côté, YMTC subit déjà des restrictions commerciales américaines avec la ‘Entity List’. En revanche, CXMT a évité une mesure similaire de justesse. Cette situation s’explique notamment par le lobbying d’entreprises comme Apple, qui dépendent de ses approvisionnements. Par ailleurs, Micron demande aux responsables américains de renforcer les restrictions sur les équipements utilisés par ces entreprises.
Ambitions financières et soutien de l’État
Malgré les tensions géopolitiques, les deux entreprises poursuivent une croissance agressive et préparent des introductions en bourse. CXMT se prépare à une introduction en bourse de 8,6 milliards de dollars (7,5 milliards de euros) à Shanghai, après avoir enregistré une hausse spectaculaire de son chiffre d’affaires de 719 pour cent au premier trimestre. YMTC envisage également une cotation en bourse, avec des objectifs de valorisation interne pouvant atteindre 148 milliards de dollars (130 milliards de euros). Toutes deux sont soutenues par le ‘Big Fund’, financé par l’État, et par les gouvernements provinciaux, dans le cadre de la stratégie de Pékin visant l’indépendance technologique.
Stratégies d’expansion mondiale
Sur le plan stratégique, ces entreprises étendent leur présence. YMTC a fait son entrée sur le marché grand public sud-coréen, tandis que CXMT prévoit de pénétrer à terme le marché américain une fois qu’elle aura augmenté ses capacités. CXMT entend plus que doubler sa production en construisant de nouvelles usines, avec pour objectif de dépasser les capacités de Micron d’ici 2030.
Le goulot d’étranglement technologique
Cependant, des obstacles technologiques importants persistent. Les deux entreprises dépendent de la société néerlandaise ASML pour leurs machines de lithographie. Elles ne possèdent pas les outils avancés à ultraviolets extrêmes (EUV). En effet, la Chine ne peut pas importer ces équipements. Par conséquent, elles accusent plusieurs générations de retard face aux concurrents mondiaux. Ce retard concerne surtout la production de mémoires à large bande passante. Malgré cela, YMTC utilise des machines nationales et des techniques d’empilement innovantes. Toutefois, le manque d’équipements avancés reste un obstacle majeur.
Tensions sur le marché intérieur et intervention gouvernementale
Le marché chinois connaît également des tensions importantes. Certaines entreprises électroniques chinoises ont signalé des problèmes au gouvernement. Elles dénoncent les fortes hausses de prix imposées par CXMT et YMTC. Ces augmentations ont retardé certains lancements de produits. En réponse, le gouvernement chinois tente de limiter la constitution de stocks excessifs. De plus, il oblige les entreprises publiques à acheter des puces mémoire auprès de fournisseurs nationaux. Ainsi, elles doivent privilégier ces fournisseurs plutôt que leurs concurrents étrangers.
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

