Zapad 21 : les titanesques grandes manœuvres russes que guettent tous les avions-espions d’Europe

Les Russes mobilisent des centaines de milliers d’hommes pour un exercice militaire monumental. Quant aux occidentaux, ils préparent leurs avions de surveillance pour surveiller tout cela depuis un peu partout en Baltique. Avec plus ou moins de discrétion.

La Russie reste la terre de tous les extrêmes : la taille du pays, ses écarts climatiques, sa diversité géographique et le nombre de peuples et de cultures qui y vivent. Et ses exercices militaires d’une ampleur telle qu’ils ressemblent à de véritables guerres, les Zapad. Rendues célèbres avec l’édition de 1981, ces grandes manœuvres ont autant pour but d’entrainer les troupes soviétiques puis russes à collaborer ensemble à l’échelle du continent, mais aussi à démontrer la force du pays devant ses ennemis potentiels, voire ses alliés un peu trop tièdes, comme la Pologne de 1981. Ce n’est pas pour rien que Zapad signifie littéralement « ouest » en russe.

Vers l’ouest !

Depuis la dislocation de l’URSS, les opérations Zapad sont devenues des manœuvres communes entre la Fédération de Russie et son allié biélorusse. Et celles-ci semblent être devenues régulières : la dernière opération de ce genre ne remonte qu’à 2017. Et elle avait suscité l’inquiétude des nations voisines, les pays baltes, notamment. Car si Moscou présentait l’opération comme un exercice ne réunissant que 13.000 soldats, l’Otan évoque 100.000 personnes impliquées, militaires ou autres fonctionnaires.

« Lorsque nous regardons uniquement l’exercice qui est présenté par la Russie, il ne devrait pas y avoir d’inquiétude, mais quand on regarde la situation dans son ensemble, nous devons nous inquiéter parce que la Russie n’est pas transparente » avait commenté le général Petr Pavel, alors président du comité militaire de l’Otan. D’autant que la Russie se prétendait sous le seuil à partir duquel un pays est censé inviter des observateurs étrangers pour assurer qu’il ne trame rien d’hostile pour ses voisins, selon les documents de Vienne ratifiés par les pays-membres de l’OSCE.

200.000 soldats de 9 pays

Cette semaine, Russie et Biélorussie lancent donc Zapad 21, qui s’étendra du 10 au 16 septembre et réunira, selon le ministère russe de la Défense, 200.000 militaires plus de 80 avions et hélicoptères, 290 chars, 240 systèmes d’artillerie et une quinzaine de navires. 17 autres pays ont été invités, dont huit en observation et neuf avec le statut de participant ; on compte par exemple 200 soldats indiens qui ont fait le déplacement. D’autres militaires viendront de Mongolie, Arménie, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizstan et Serbie, sans compter des deux coorganisateurs, la Russie et la Biélorussie. Une manière de démontrer que la Fédération n’est pas aussi isolée diplomatiquement que ne voudrait le croire l’Europe.

Regards indiscrets

Sans surprise, aux marches orientales de l’Union européenne, la tension monte. La Pologne a annoncé cette semaine qu’elle mettrait ses frontières orientales en alerte. Et le ciel européen ne va pas manquer d’assister à la valse des « observateurs » qui n’ont pas eu droit à une invitation. Plusieurs avions de renseignement rodent déjà à proximité des zones où se tiendra Zapad-21. La force aérienne suédoise a ainsi envoyé un Saab S-100 Argus et un Gulfstream S-102 Korpen, des avions de veille radar et de reconnaissance, à proximité de l’enclave de Kaliningrad. L’US Air Force a évidemment été aperçue dans la zone, de même qu’un avion allemand, si l’on en croit les cartes de trafic aérien.

Quant aux Français, ils ont expédié un avion C-160 Gabriel équipé pour l’écoute et la surveillance électronique entre l’Estonie et le golfe de Finlande. Or, celui-ci a visiblement violé l’espace aérien finlandais ce mardi, s’attirant ainsi un blâme de la part de ce pays. Et rendant on ne peut moins discrète ce qui est de toute évidence une mission d’espionnage à longue distance.

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