Une mobilisation qui passe très mal auprès des Russes: fuite à l’étranger et rumeurs d’automutilations

Alors que le ministère de la Défense veut rappeler 300.000 réservistes sous les drapeaux, le moral semble très bas pour ces Russes qui comprennent bien que cela signifie partir combattre en Ukraine. Les vols vers l’étranger affichent tous soudainement complet.

Ce mercredi matin, les médias russes ont diffusé une allocation du président Vladimir Poutine vraisemblablement enregistrée la veille, dans laquelle celui-ci a renouvelé ses menaces de surenchère militaire envers l’Occident, qu’il accuse de « planifier la destruction de la Russie et de recourir au chantage nucléaire. » Tout en martelant qu’il ne bluffait pas, le leader russe a aussi annoncé une mobilisation partielle des réservistes : « Le service militaire s’appliquera uniquement aux citoyens qui sont actuellement dans la réserve, en particulier ceux qui ont servi dans les forces armées, qui ont certaines professions militaires et une expérience pertinente » rapporte The Guardian. Pour rappel, l’armée russe fonctionne encore partiellement par conscription et environ un tiers de ses effectifs est constitué d’appelés enrôlés pour 12 mois, mais qui ne peuvent être déployés à l’étranger, sauf déclaration de guerre.

Objectif : 300.000 nouveaux soldats

Peu après l’annonce présidentielle, le ministère de la Défense a annoncé qu’il visait l’arrivée sous les drapeaux de 300.000 nouveaux soldats pour, selon son interprétation des faits, défendre les républiques séparatistes du Donbass, qui sont censées voter par référendum leur annexion par la Fédération de Russie cette semaine.

Le ministre de la Défense Sergueï Choïgou a, au passage, évoqué le sujet des pertes humaines de « l’opération spéciale » ; elles se limiteraient, selon lui, à 5.937 soldats. Il a également affirmé que 90% des personnes blessées lors de l’invasion avaient pu reprendre le travail. Un chiffre à comparer aux plus de 55.000 pertes que l’armée ukrainienne estime avoir infligées aux envahisseurs, même si ce chiffre est une estimation très haute, et qui ne distingue pas l’armée russe des milices séparatistes ou des groupes de mercenaires.

Ruée sur les aéroports

Quoiqu’il en soit, dans le pays, où circulaient apparemment déjà de nombreuses rumeurs alarmistes sur ce genre de mesure, l’ambiance n’en est pas vraiment à l’engouement patriotique et à la ferveur martiale. Alors que les modalités exactes de cette mobilisation ne sont pas encore connues, plusieurs observateurs du conflit signalent une forte hausse des réservations de vols vers les quelques destinations étrangères encore accessibles aux citoyens russes. Parmi elles la Turquie, mais aussi l’Arménie, pourtant aussi en guerre contre l’Azerbaïdjan voisin. D’autres semblent opter pour la Biélorussie, accessible sans visa pour les Russes. De là à espérer plus facilement rejoindre l’Union européenne, et ce malgré que le pays soit de facto dirigé depuis Moscou, il n’y a qu’un pas que beaucoup veulent visiblement tenter.

Sauf que fuir à l’étranger demeure un luxe que bien des Russes mobilisables ne peuvent se permettre. Apparait donc un autre phénomène, bien plus sinistre : le nombre de recherches sur le Web concernant des automutilations susceptibles d’éviter l’enrôlement sous les drapeaux. Il semblerait qu’un nombre significatif de Russes envisagent sérieusement de se casser un membre pour pouvoir éviter, au moins un temps, de prendre les armes.

De toute évidence le moral des futures nouvelles recrues sera très bas, alors que, expérience militaire précédente ou pas, il faudra encore les rassembler, les entrainer et les équiper avant d’envisager de les envoyer au combat. Un processus qui prendra au bas mot des mois.

Des visas humanitaires pour les réfractaires ?

Toute cette situation remet en lumière le débat interne à l’Union européenne sur l’attitude à avoir envers les civils russes. Pologne et pays baltes, à l’appel de l’Ukraine, militent pour l’interdiction des visas européens pour la plupart des citoyens russes, ce qui est considéré comme un message contre-productif par d’autres, dont le chancelier allemand Olaf Scholz. La Bulgarie a pour sa part amené sur la table le problème des demandes d’extraditions d’opposants russes réfugiés dans l’UE par le Kremlin.

On voit déjà se dessiner la même ligne de fracture au sein de l’Europe, avec les Baltes comme tenants d’une ligne dure : la Lettonie vient ainsi d’annoncer qu’elle ne délivra pas les visas humanitaires aux Russes fuyant la mobilisation.

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