Une baguette bloquée à 29 cents dans un supermarché français, et tout le secteur des céréales s’embrase

La chaîne Leclerc a bloqué le prix de sa baguette à 29 cents, pour les quatre prochains mois. La filière du blé, de la farine et du pain monte au créneau : dans un contexte d’inflation et d’augmentation de prix des matières premières, de l’énergie et de la main-d’oeuvre, cette décision passe mal.

Pour les agriculteurs, les meuniers et les boulangers, la décision de bloquer les prix serait « démagogique et destructrice de valeurs », exclament-ils dans un communiqué commun, avec le premier syndicat agricole FNSEA, repris par BFM Business. « C’est l’effondrement de toute une filière, c’est le non-respect d’une filière, d’un produit artisanal », ajoute encore Dominique Anract, président de la Confédération nationale de la boulangerie pâtisserie française, sur la chaine économique également.

Tout ce vocabulaire de valeurs peut paraître grandiloquent, mais c’est que la baguette est effectivement l’aliment symbolique de l’évolution de l’économie et du cours des prix, comme un marqueur avec lequel on peut mesurer l’inflation. C’est pour cela précisément que la chaine de supermarchés a décidé de bloquer le prix, pour garder le pouvoir d’achat des consommateurs.

Contexte d’inflation

C’est pour cela également que la filière se fâche, et reste dans l’incompréhension. Avec des prix si peu élevés en rayon, comment les agriculteurs, meuniers et boulangers vont-ils gagner leur pain? Comment Leclerc peut-il se permettre ce prix de vente, alors que tous les prix de production augmentent? « Les cours des céréales et par conséquent de la farine, connaissent des prix élevés, les coûts de production (salaires, etc.) progressent fortement et la moyenne du prix de la baguette, en France en 2021 selon l’INSEE est de 0,90 euro », estime-t-elle.

« Il faudra que monsieur Leclerc nous explique comment et combien il rémunère les boulangers avec une baguette à 29 centimes », demande encore Christiane Lambert, patronne de la FNSEA. « Nous cherchons à préserver l’emploi et la qualité, cela a un coût: il faut rémunérer correctement les acteurs, ceux qui plantent, qui récoltent, qui assemblent les grains et font la farine et ceux qui fabriquent le pain. Ce que fait Leclerc est honteux », entonne également Jean-François Loiseau, président de l’Association nationale de la meunerie française, auprès de l’AFP.

Jean-François Loiseau se demande alors où le groupe de supermarchés achète sa farine, et sur quels autres produits il va compenser le manque à gagner des baguettes. En un an, le prix du blé a augmenté de 30%.

Négociations tendues

Les représentants de la filière estiment également que cette décision de bloquer le prix intervient à un moment crucial de négociations annuelles entre les producteurs et les distributeurs. Une baguette à 29 cents dans les rayons du supermarché, sera-ce alors un levier dans la main des distributeurs pour négocier des prix plus bas?

A côté de ces négociations, ces filières sont également en discussion avec le gouvernement « pour rémunérer justement les agriculteurs ». Quelle influence pourrait y avoir la décision du groupe Leclerc?

« Les magasins prennent sur leurs marges »

En fin d’année 2021 déjà, le groupe, qui exploite également des pompes à essence, avait décidé de bloquer les prix des carburants, et de vendre au prix coûtant. Concernant les baguettes, le président du comité stratégique des centres Leclerc Michel-Edouard Leclerc répond à Capital. Il indique que c’est le prix déjà en place depuis au moins un an, et qu’il s’agit d’un maximum : dans certains magasins, ce type de pain connu partout dans le monde est vendu à 23 cents.

Mais aujourd’hui, l’inflation a bondi, et les prix de la baguette devraient alors logiquement augmenter aussi. Et c’est dans ce contexte précisément que Leclerc bloque le prix : « dans un contexte où tout augmente et tout va augmenter, nous avons voulu donner un signal que Leclerc fera en sorte que les prix restent accessibles pour les consommateurs », explique Michel-Edouard Leclerc, qui dit ne pas vouloir répercuter les prix sur d’autres produits. Un porte-parole du groupe ajoute encore que la décision est « 100% financée par les magasins, qui prennent sur leurs marges pour proposer ce prix ».

Les critiques du secteur agricole contre les supermarchés ne sont pas nouvelles. Des différends quant aux prix du lait font également souvent la une de l’actualité. Dans cette affaire des baguettes à une vingtaine de cents, il semble s’agir d’une bataille d’opinion, où chacun veut défendre son image : le supermarché « qui protège les clients de l’inflation », et les artisans « qui proposent un produit de meilleure qualité, mais mis sous pression par une guerre de prix orchestrée par la grande distribution », peut-on résumer.

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