Pourquoi Telegram est si populaire en… Ouzbékistan

Les membres du parti d'opposition 'Russie Ouverte' célèbrent la fête du Travail avec le portrait du fondateur de l'application de messagerie Telegram, Pavel Durov
EPA-EFE/ANATOLY MALTSEV

L’application de messagerie chiffrée et sécurisée Telegram est devenue indispensable pour les manifestants du monde entier, comme pour les dissidents cherchant à se protéger des régimes totalitaires. Mais contre toute attente, c’est en Ouzbékistan qu’elle recueille le plus grand succès.

Hong Kong, où les autorités envisagent de la proscrire en raison de son association avec les manifestations qui se déroulent actuellement, est le second marché de Telegram en termes de popularité. Elle est aussi très populaire en Iran, où elle est interdite et pourtant incontournable pour les réseaux clandestins depuis 2015, ainsi qu’en Éthiopie.

Interdite dans son pays d’origine…

Telegram a été fondée en 2013 par Pavel Durov, un milliardaire maintenant surnommé ‘le Mark Zuckerberg russe’. C’est avec Vkontakte, le principal réseau social de Russie, qu’il s’est enrichi. Un an après avoir lancé son appli de messagerie chiffrée, il a été exilé pour avoir refusé de coopérer avec les services de sécurité russes.

Telegram comptait environ 200 millions d’utilisateurs dans le monde en mars 2018. A titre de comparaison, WhatsApp en dénombrait 1,5 milliard à la même époque.

Son chiffrement, qui lui confère une grande sécurité, est le ressort de son succès dans les pays ébranlés par des mouvements de protestation. C’est aussi la raison pour laquelle les gouvernements de Russie, de Chine, du Pakistan et de certaines parties de l’Inde ont décidé de l’interdire totalement.

…mais omniprésente en Ouzbékistan

Mais en Ouzbékistan, l’application n’intéresse pas seulement les mouvements subversifs: elle est aussi très populaire dans le monde des affaires, le gouvernement, et même la police.

Le ministère de la Justice a innové en y créant sa propre chaîne pour diffuser des informations et des FAQ concernant la législation. Le ministère du Travail et le ministère de l’Éducation publique en font maintenant de même.

Un bot populaire permet aux gens de poster des photos sur l’application pour témoigner d’infractions directement à la police.

Mais les délinquants apprécient également la discrétion de l’app.

‘Pour nous, Telegram, c’est un réseau social’, explique le blogueur ouzbek Umid Gafurov. ‘J’ai WhatsApp uniquement sur mon ancien téléphone. Je ne l’utilise que lorsque j’ai besoin de parler avec des interlocuteurs étrangers… Il est impossible de trouver une personne qui n’utilise pas Telegram en Ouzbékistan.’

La rapidité, clé du succès ouzbek

Toute l’activité économique et médiatique s’y retrouve donc: les médias y publient leurs articles, et les entreprises y créent des bots pour vendre leurs produits, et faire leur publicité. L’app s’est aussi substituée aux messageries électroniques, à Skype ou au téléphone.

Selon Azamat Atajanov, patron du site de médias populaires Gazeta.uz, il s’agit du ‘meilleur moyen de communication en Ouzbékistan’ en raison de sa rapidité, de sa facilité d’utilisation, des options de partage de fichiers, de la messagerie audio et vidéo, des groupes de discussions , etc.

Et c’est en effet sa rapidité qui a été décisive. L’Ouzbékistan se classe au 124e rang mondial pour la vitesse de son internet. En conséquence, la taille relativement modeste de l’application Telegram lui apporte un avantage important dans ce domaine.