Pourquoi le seuil d’un demi-degré est si important

Lors du sommet sur le climat qui s’est tenu en Égypte la semaine dernière, les pays participants se sont opposés sur la question de savoir s’ils devaient continuer à viser un réchauffement de 1,5 degré Celsius. Essayer d’empêcher la température moyenne mondiale d’augmenter de plus de 1,5 degré était pourtant un objectif que tous les gouvernements avaient approuvé dans l’accord de Paris sur le climat de 2015. Car au-delà de ce seuil, disent les scientifiques, le risque de catastrophes climatiques augmente considérablement. Mais certains pays, dont la Chine et l’Inde, se sont opposés aux tentatives de réaffirmer cet objectif.

Pourquoi est-ce important ?

Un demi-degré ne semble pas grand-chose, mais chaque fraction de degré de réchauffement supplémentaire pourrait exposer des dizaines de millions de personnes dans le monde à des vagues de chaleur potentiellement mortelles, à des pénuries d'eau et à des inondations côtières, martèlent les scientifiques. Un monde plus chaud de 1,5 degré pourrait encore avoir des récifs coralliens et de la glace de mer en été dans l'Arctique, alors qu'un monde plus chaud de 2 degrés probablement pas.

L’accord de Paris n’est de toute façon pas clair sur ce que devraient être les objectifs climatiques exacts. Le pacte stipule que les pays doivent s’engager à maintenir le réchauffement de la planète « bien en dessous de 2 degrés Celsius » tout en « poursuivant les efforts » pour limiter le réchauffement à 1,5 degré.

La planète s’est déjà réchauffée de 1,1 degré Celsius en moyenne par rapport aux niveaux préindustriels, et si les politiques actuelles des gouvernements nationaux sont maintenues, le monde est en passe de se réchauffer de 2,1 à 2,9 degrés Celsius d’ici la fin du siècle, selon les Nations unies. Au rythme actuel du réchauffement, la planète devrait franchir le seuil de 1,5 degré entre 2030 et 2052, soit bien avant la fin de la vie de la plupart des êtres humains actuels.

Le problème d’un degré et demi (1)

Mais à l’heure actuelle, limiter le réchauffement à 1,5 degré nécessiterait des mesures drastiques qui seraient extrêmement coûteuses, politiquement difficiles et perturberaient un ensemble de secteurs. Et il faudrait que les dirigeants de presque tous les pays travaillent ensemble.

Pour s’en tenir à 1,5 degré, il faudrait réduire de moitié environ les émissions collectives de combustibles fossiles d’ici à 2030 et cesser complètement d’ajouter du dioxyde de carbone dans l’atmosphère d’ici à 2050. Cela nécessiterait une refonte complète de tous les systèmes d’électricité et de transport à un rythme sans précédent. Et avec chaque année d’inactivité, la tâche devient plus difficile. Pour limiter le réchauffement à 2 degrés, les pays auraient besoin une décennie supplémentaire pour réduire de moitié leurs émissions, au rythme actuel.

Le problème du degré et demi (2)

Les récents développements sur la scène mondiale ont rendu les choses encore plus difficiles. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février a déclenché une bataille énergétique mondiale qui a compliqué les efforts visant à réduire l’utilisation des combustibles fossiles. À mesure que les prix du gaz naturel augmentaient, les pays d’Europe et d’ailleurs se sont mis à brûler du charbon, un combustible fossile encore plus sale, et ont commencé à investir dans de nouveaux gazoducs et terminaux de gaz naturel qui pourraient fonctionner pendant des décennies. Les entreprises de combustibles fossiles ont même conclu un certain nombre d’accords sur le gaz avec des pays pendant la COP27.

Les exportations russes de combustibles fossiles se sont également poursuivies normalement, malgré les sanctions occidentales, que ce soit à des niveaux accrus ou nouveaux vers d’autres partenaires commerciaux. Aux États-Unis, les républicains continuent de faire pression pour l’expansion de la production de pétrole et de gaz et de l’exploration de nouveaux gisements. Et maintenant qu’ils ont regagné la Chambre des représentants grâce aux élections de mi-mandat, ils pourraient commencer à bloquer activement les nouvelles initiatives climatiques de Joe Biden et de ses démocrates. Tout cela pourrait rendre pratiquement impossible la limitation du réchauffement de la planète à 1,5 degré, a déclaré Al Gore, l’ancien vice-président américain, dans un discours prononcé le jour de l’ouverture du sommet égyptien.

Pourquoi la Chine et l’Inde font obstacle ?

Les États-Unis et l’Union européenne affirment tous deux que tout accord final à la COP27 devrait souligner l’importance de limiter le réchauffement à 1,5 degré. Mais plusieurs pays voient les choses différemment, et c’est le cas de la Chine, le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde. Cela mettrait la pression sur le gouvernement chinois pour qu’il fixe un objectif national plus strict de réduction des gaz à effet de serre, ce qu’il veut éviter. Les Chinois craignent également que si les États-Unis se retirent de la lutte mondiale contre le changement climatique, ils devront en supporter seuls le poids. Ce n’est pas tiré par les cheveux : les Américains l’ont déjà fait sous le président Trump et il n’est certainement pas inconcevable qu’ils le fassent à nouveau si lui ou un autre républicain est élu dans deux ans.

L’Inde, troisième émetteur mondial, hésite également à se concentrer sur l’objectif de 1,5 degré. Pour atteindre cet objectif, les responsables indiens ont déclaré que les pays riches devraient réduire leurs émissions beaucoup plus rapidement qu’ils ne le font actuellement et fournir une aide financière plus importante aux pays pauvres pour les aider à passer aux énergies propres.

Et puis il y a ceci : même si ces pays approuvent l’objectif, il n’y a rien qui les engage vraiment ou qui garantisse que ces mots sur le papier vont se traduire en réduction des émissions. En l’état, ce qui figurera dans le texte final de la COP27 n’ira certainement pas au-delà de ce qui a été réalisé lors des précédents sommets sur le climat. Et que les pays devraient s’engager à maintenir le réchauffement de la planète « bien en dessous de 2 degrés Celsius » tout en « poursuivant les efforts » pour limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius.

Alors, est-ce que ce demi-degré fait une telle différence ?

Un demi-degré ne semble pas être grand-chose, mais chaque fraction de degré de réchauffement supplémentaire pourrait exposer des dizaines de millions de personnes dans le monde à des vagues de chaleur, des pénuries d’eau et des inondations potentiellement mortelles, selon les scientifiques. Dans un monde plus chaud de 1,5 degré, par exemple, il pourrait encore y avoir des récifs coralliens et de la glace de mer dans l’Arctique, alors que dans un monde plus chaud de 2 degrés, ce ne serait très probablement pas le cas. Ou encore : avec un réchauffement de 1,5 degré, le nombre d’incendies de forêt va doubler par rapport à aujourd’hui. Mais à 2 degrés, nous sommes face à une multiplication par six.

Chaque fois que la terre se réchauffe d’un demi-degré supplémentaire en moyenne, les effets ne sont pas uniformes sur toute la planète. Certaines régions, comme l’Arctique, se réchaufferont trois fois plus vite. La probabilité d’événements météorologiques extrêmes, tels que des vagues de chaleur intenses ou de puissantes tempêtes, n’augmente pas non plus de manière uniforme. Par exemple, le nombre de jours extrêmement chauds dans le monde augmente de manière exponentielle à mesure que la température moyenne mondiale s’élève.

Et puis il y a les points de basculement

Un point de basculement climatique est un seuil critique à partir duquel une perturbation (relativement) faible peut changer radicalement l’état de parts importantes du système terrestre. Il n’y a pas si longtemps, on supposait que des changements à grande échelle dans le système climatique n’étaient possibles qu’à des taux de réchauffement supérieurs à 5 degrés. Or, il apparaît aujourd’hui que de tels points de basculement sont déjà possibles à partir d’un réchauffement de 1 à 2 degrés. Ainsi, même un degré modeste peut pousser les sociétés humaines et les écosystèmes naturels au-delà de certains seuils où des changements soudains et catastrophiques peuvent se produire.

Prenez les récifs coralliens, qui fournissent de la nourriture et, en tant que barrière naturelle, une protection contre les ondes de tempête et les inondations à un demi-milliard de personnes dans le monde. Avant les années 1970, il était pratiquement impossible que la température des océans se réchauffe au point de provoquer le blanchiment et la mort des coraux. Mais comme la température moyenne de la Terre a augmenté d’un demi-degré au cours de cette période, ces épisodes de blanchiment sont devenus un phénomène normal. Avec un réchauffement de 2 degrés, les récifs coralliens risquent de disparaître complètement.

Il est moins certain que d’autres points de basculement redoutés depuis longtemps se produiront bel et bien, comme la désintégration irréversible des immenses calottes glaciaires du Groenland ou de l’Antarctique occidental. Toutefois, la plupart des scientifiques s’accordent à dire que ces calottes glaciaires se déstabiliseront à partir de 2 degrés de réchauffement, ce qui entraînera une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres dans les siècles à venir.

MB

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