Pourquoi le Canada, un pays modèle, connaît une campagne de vaccination très lente

Un panneau indiquant qu’il n’y a plus de vaccins disponibles à la pharmacie universitaire de Vancouver. (Isopix)

Le Canada – contrairement à son voisin, les États-Unis – dispose de soins de santé universels et a commandé suffisamment de doses de vaccins contre le Covid-19. Mais selon le système de suivi de la vaccination de l’université Johns Hopkins, les chiffres de vaccination par habitant y sont inférieurs à ceux de 50 autres pays, dont le Brésil, le Chili, la Turquie et une grande partie de l’Europe. Alors pourquoi si peu de citoyens sont vaccinés dans ce qui est considéré comme un pays modèle en matière de soins de santé ?

En l’absence d’une capacité de production nationale significative, le Canada a dû conclure des accords de préachat avec des fabricants de vaccins étrangers. Le pays a surtout misé sur les entreprises financées par l’opération américaine Warp Speed. Jusqu’à présent, la stratégie a consisté à acheter trop de doses dans l’espoir d’en obtenir suffisamment pour vacciner tous les citoyens. Mais le Canada aurait peut-être dû se montrer plus précis lors de la signature de ces deals, en n’indiquant pas uniquement « premier trimestre 2021 » comme échéance. En ne donnant aux fabricants ni un jour ni même une semaine en particulier, le pays a permis aux sociétés de ne le livrer qu’en dernière minute.

Difficultés à coordonner à l’échelon national

Mais les problèmes de vaccination au Canada sont plus profonds. A cause d’une combinaison de bureaucratie et de soucis de législation, le pays a lentement perdu ses fabricants de médicaments et la recherche et le développement qu’ils effectuaient. Sa capacité à réagir rapidement aux pandémies potentielles a été directement touchée, en partie parce que les querelles permanentes entre les différentes communautés linguistiques ont sapé l’influence du gouvernement fédéral dans l’organisation des stratégies nationales de réponse aux pandémies et aux urgences. Cette dernière explication vous dit sans doute quelque chose, n’est-ce pas ?

Les dirigeants provinciaux n’ont pas été (et ne sont toujours pas) particulièrement enthousiastes à l’idée d’un appel à une stratégie nationale. Il s’agit d’un pays constitutionnellement obligé de distribuer les soins de santé selon les principes provinciaux. En fin de compte, le gouvernement fédéral n’a pu qu’émettre des recommandations à ses provinces et territoires.

L’industrie pharmaceutique chassée

Le Canada a vu son industrie pharmaceutique disparaître lentement au cours des dernières décennies, créant un environnement peu propice aux investissements dans le pays. C’est ce que disent les critiques, en tout cas. La politique canadienne est particulièrement opposée aux fabricants de vaccins, et surtout aux multinationales de la santé.

La plupart des pays accordent aux entreprises pharmaceutiques des brevets sur les médicaments qui leur garantissent une période d’exclusivité commerciale. Une sorte de récompense pour les 10 à 15 ans que les entreprises consacrent en moyenne à la recherche et au développement. La protection des brevets au Canada est plus courte et beaucoup plus complexe que dans d’autres pays, ce qui y rend le développement de médicaments moins favorable. Enfin, le gouvernement canadien a également la possibilité de réglementer le prix des médicaments et des vaccins, ce qui constitue un autre obstacle.

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