Pourquoi la campagne de vaccination ne tournera pas à plein régime avant des semaines, peut-être des mois…

ZNA – Isopix

Après la saga des masques, des tests et du tracing, il était écrit que les vaccins connaitraient leurs propres déboires. Les leçons de cette crise sanitaire sont légion.

Tentons de commencer par le positif. La vaccination dans les maisons de repos arrive à son terme. Au 1er mars, Bruxelles et la Flandre devraient en avoir fini. La Wallonie pourrait même passer ce cap la semaine prochaine. 90% des résidents ont choisi de se faire vacciner contre 70% pour le personnel.

Au niveau du personnel soignant justement, les hôpitaux tournent eux à plein régime. Toutes les premières doses devraient être administrées pour la fin mars. Mais comme dans la plupart des cas, c’est le vaccin d’AstraZeneca qui est administré, la 2e dose ne se fera pas avant la mi-mai. En fait, la première dose ne prendrait sa pleine efficacité qu’après 12 semaines. Dentistes et personnel de première ligne commencent aussi à recevoir leurs convocations.

Le vaccin d’AstraZeneca, c’est un peu le nerf de la guerre. La Belgique en a commandé 7,5 millions de doses, ce qui fait de la firme suédo-britannique le premier fournisseur de vaccins. Il faut savoir qu’à ce jour seules 67.200 doses du vaccin d’AstraZeneca ont été livrées dans notre pays. Or, de nouveaux retards ont été annoncés. D’abord à court terme, cette semaine, 88.800 doses sur les 114.716 annoncées. Une autre livraison prévue pour le 3 mars sera de 21.600 doses sur les 90.161 doses prévues. Ces chiffres très précis viennent du ministre flamand de la Santé, Wouter Beke (CD&V) qui a annoncé la mauvaise nouvelle mardi au Parlement flamand.

L’UE face à de nouveaux défis

Alors qu’AstraZeneca promettait de rattraper son retard plus tard, une annonce d’une tout autre ampleur est tombée hier soir: AstraZeneca ne livrera que la moitié des doses prévues au second semestre au niveau européen. Pourtant, vers le Royaume-Uni, les livraisons fonctionnent toujours à pleine capacité.

L’UE va devoir donc se lancer dans un nouveau bras de fer avec le géant pharmaceutique. Le Commissaire européen Thierry Breton s’est déjà rendu à Seneffe, chez Thermo Fischer, le sous-traitant d’AstraZeneca, il y a quelques jours, pour remettre les pendules à l’heure. Il devra visiblement y faire un second passage. Il est en ce moment occupé sur le site de Pfizer, à Puurs, pour éviter cette fois une pénurie d’éléments essentiels à la fabrication du vaccin.

Quelles conséquences ?

Outre AstraZeneca, Moderna tarde aussi à tenir ses promesses (2 millions de vaccins commandés par la Belgique). La firme américaine n’a livré que 46.200 doses et ne livrera sans doute rien d’autre avant la fin mars. 26.100 doses sont néanmoins évoquées pour le 25 février. Une goutte d’eau. En fait, seul Pfizer assure pour le moment ses commandes avec 700.000 doses livrées à ce jour en Belgique. D’où l’importance de la visite européenne sur le site du géant pharmaceutique. Si une autre corde venait à se rompre, la campagne de vaccination virerait tout doucement au fiasco.

La véritable accélération de la campagne de vaccination en Belgique devait arriver pour mars, avec les plus de 65 ans (2 millions de personnes) et les personnes à risque (1,5 million). Les premiers ne sont pas concernés par les retards du vaccin d’AstraZeneca (uniquement administré au moins de 55 ans), mais bien par ceux de Moderna. Pour les seconds, la vaccination devait normalement débuter pour la mi-mars. Mais au vu des retards de livraison et des catégories de personnes qui sont toujours dans la file (professionnels de la santé, petite enfance, police…), le mois d’avril est évoqué. Si on y ajoute, les quelques couacs belgo-belges dans les convocations, on n’est sans doute pas au bout de nos surprises.

À plus long terme, on nage quand même dans la grande incertitude. Quand la vaccination des moins de 55 ans pourrait-elle vraiment débuter? On est tributaire du vaccin d’AstraZeneca, qui a donc annoncé couper de moitié ses livraisons de vaccins au 2e semestre. Et on imagine mal que d’autres retards n’interviendront pas d’ici le mois de juin. À moins que d’autres vaccins n’entrent d’ici-là dans la danse – celui de Johnson & Johnson aurait un peu d’avance -, il faudra sans doute patienter encore des mois.