Livraison de 5 millions de masques FFP2: retour sur un nouvel acte manqué

Isopix

L’entreprise louviéroise Pharmasimple a vu sa commande de 5 millions de masques refusée vendredi dernier par le cabinet de la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD). Le problème, c’est que les explications de l’entreprise et de la ministre sont contradictoires.

Ce n’est plus une simple histoire de masques, mais une véritable saga. Ces mêmes masques chirurgicaux qui font cruellement défaut au personnel hospitalier, à commencer par les fameux FFP2, de haute protection.

Le dernier épisode en date s’est joué vendredi dernier. Une commande de 5 millions de masques a été abandonnée par la ministre de la Santé. Craignant la mauvaise expérience turque 15 jours plus tôt, révélée par nos soins, le cabinet de la ministre a fait marche arrière.

C’est Paris Match qui a rendu publics les détails du deal ce lundi. Cette nouvelle commande concerne d’un côté, Pharmasimple, qui avait déjà proposé ses services au début de la crise, et de l’autre côté la ministre Maggie De Block donc.

En manque de masques, le cabinet relance les offres. Pharmasimple, spécialiste du marché de la parapharmacie en ligne, arrive avec un nouveau deal. Là encore, il concerne un fournisseur turc. Mais bonne nouvelle: cette entreprise est capable de fournir non pas trois millions de masques FFP2, comme précédemment évoqué, mais bien cinq millions. Petit bémol: le fournisseur turc demande un acompte de 50% comme garantie. Le contexte international est tendu, il se joue une véritable guerre des masques entre les différents États.

Pharmasimple revient alors vers le cabinet. D’abord pour lui stipuler le nombre actualisé de masques. Ensuite, pour négocier l’acompte. L’entreprise louviéroise dit être tombée d’accord sur un acompte de 15%, soit quelque 3,5 millions d’euros. Cet acompte devait aboutir au plus tard ce 26 mars.

Les explications de la ministre

Mais vendredi, l’argent n’a pas été versé, le cabinet de la ministre a décidé de se retirer à la grande stupéfaction de Pharmasimple. Ce dimanche, par communiqué, la ministre De Block donne des précisions, ajoutant à la fin qu’il n’y aurait ‘pas d’autres commentaires et aucune question supplémentaire.’ Nous y reviendrons.

‘Un fournisseur (Pharmasimple) affirme dans la presse que le cabinet de la ministre de la Santé publique, Maggie De Block, a annulé une commande pour notre pays de millions de masques FFP2. Il ne mentionne pas qu’il a lui-même violé les accords avec l’intention de tirer profit de la crise sanitaire mondiale. Nous souhaitons apporter des éclaircissements. La non-livraison des masques FFP2 est d’abord et avant tout une chose regrettable. Avec ce stock, nous aurions pu équiper nos prestataires de soins plus rapidement de l’équipement de protection nécessaire. Mais nous ne pouvons pas permettre à des fournisseurs malhonnêtes d’abuser de la crise actuelle pour escroquer la population belge.’

Quels sont ces éclaircissements donc? ‘Certes, le fournisseur a raison lorsqu’il affirme qu’il y a rupture de contrat. Mais il en est lui-même responsable: il a changé les modalités du bon de commande après que la commande ait été placée. En outre, il a soudainement exigé un acompte alors qu’il avait été convenu que le paiement serait effectué après que les masques auraient été livrés, donc au moment où la commande était sûre. Le cabinet de la ministre De Block a ensuite décidé de mettre fin aux discussions.’

Mais selon les documents que Paris Match a pu consulter, il aurait bien été question de négociations sur la proportion de l’acompte et un accord final sur 5 millions de masques. La directrice financière du cabinet de Block aurait en outre donné son accord sur le versement dudit acompte. Une nouvelle fois, dans le contexte international, il est quasi impossible de se fournir en masques sans montrer patte blanche.

Et maintenant ?

Il reste donc fatalement beaucoup de questions, tant les deux versions sont contradictoires.

Mais entre-temps, c’est le cabinet du ministre De Backer qui a repris les choses en main, au niveau des masques, mais aussi des tests. Le communiqué envoyé dimanche est d’ailleurs conjoint avec celui de la ministre de la Santé.

Du côté de Pharmasimple, son porte-parole nous explique que l’entreprise n’a pas voulu faire monter les prix: ‘C’est une fausse rumeur, que nous allons réfuter dans une communication officielle en consultation avec nos avocats.’

Mais l’entreprise louviéroise se montre ouverte à une nouvelle collaboration. Elle constate d’ailleurs que ‘M. De Backer est très réactif et adopte une approche professionnelle’. Un tacle déguisé?

L’entreprise ne veut pas polémiquer davantage: ‘Ce n’est pas le moment de faire les comptes. C’est quelque chose qui interviendra après la crise. Maintenant concentrons-nous principalement sur la fourniture de matériel médical aux travailleurs du secteur médical.’