Les critiques autour de Maggie De Block (Open VLD) s’intensifient: ce qui lui est reproché

Manque de masques, commandes foireuses, nombre de tests limité, coupes budgétaires dans les soins de santé… La liste des reproches à l’égard de la ministre de la Santé est pléthorique. Sa communication lui est aussi reprochée. Retour sur un début de tempête en marge de la crise sanitaire.

Les appels à la démission se font de plus en plus nombreux. Il est loin le temps où Maggie De Block comparait les médecins lanceurs d’alerte à des ‘dramaqueens’ (tweet effacé depuis).

Les masques

Mais il convient aussi de distinguer le vrai du faux. La semaine dernière, nous révélions dans un article la commande frauduleuse de 5 millions de masques en provenance de Turquie via un ancien membre de l’Open VLD. À ce jour, aucune instruction sur un potentiel conflit d’intérêts n’a été lancée. Aussi, un papier partagé plus de 38.000 fois déplorait le niveau de protection des masques concernant l’arrivage des 5 millions de masques de vendredi dernier, mais il avait bien été annoncé par le cabinet de la ministre que ceux-ci ne seraient pas des FFP2, de haute protection, réservés aux professionnels de la santé.

Reste que la problématique autour des masques de protection est bien réelle, et que le personnel hospitalier est très remonté contre la ministre de la Santé. Nous y reviendrons.

Au niveau des masques toujours, un nouvel arrivage de 6 millions d’unités a été réceptionné cette nuit à l’aéroport de Liège, dont 147.000 masques FFP2. Là encore, une certaine confusion: d’abord, le cabinet parlait d’un deuxième lot de 9 millions de masques, ensuite les chiffres ne collaient pas au niveau du décompte entre la Région wallonne et la Flandre. Mais concernant ce décompte, la ministre de la Santé n’y est pour rien. C’est plutôt le fruit d’une mauvaise communication générale. Pas simple quand on sait que la Belgique dispose d’une pléthore de ministres de la Santé. Bref, le cabinet du ministre Philippe De Backer (Open VLD) a depuis clarifié la situation.

La plus grande critique dans ce dossier, c’est l’impréparation belge et l’impossibilité de pouvoir produire ces masques sur notre territoire (de bout en bout). La société louviéroise Pharmasimple est revenue à la charge, arguant qu’elle a pu trouver 5 millions de masques FFP2 en provenance d’un pays européen. Mais la ministre Maggie De Block a fait marche arrière ‘parce que le nombre de masques ne correspondait pas au bon de commande’, révèle L’Avenir. La ministre ne voulait sans doute pas revivre la mésaventure des masques turcs.

Au final, la Belgique a commandé 14 millions de masques chirurgicaux en tout, dont les deux premiers lots sont arrivés. Et 1,2 million de masques FFP2. Un 3e arrivage doit intervenir cette semaine.

Les tests

Les critiques se concentrent aussi sur le nombre de tests. Insuffisants, rapportent de nombreux experts. Il est vrai qu’en Allemagne, par exemple, il y a en moyenne 140.000 tests par semaine, quand en Belgique, on était sur une base de 1.000 à 1.500 tests par jour pour une population 7,3 fois moins importante. Un gouffre.

Un rapport du Centre for Mathematical Modelling of Infectious Diseases (London School of hygiene and tropical medicine) estime qu’en Belgique 85 à 90% des cas ne sont pas détectés. Une confirmation pour les experts, dont l’épidémiologiste et virologue Marc Van Ranst.

C’est pourquoi il n’est pas du tout pertinent de parler du nombre de cas. Une proportion nombre de cas par rapport au nombre de tests est plus révélatrice. Le nombre d’hospitalisations est aussi une donnée plus objective, comme le nombre de patients en soins intensifs et son évolution dans le temps.

Larguée, la Belgique sort tout doucement la tête de l’eau. La ministre Maggie De Block a créé une task force sous la direction du ministre De Backer, a-t-elle annoncé dimanche par communiqué. Le but? Élargir le nombre de tests. Laboratoires cliniques et hospitaliers, universités, entreprises biotechnologiques et pharmaceutiques, ainsi que fournisseurs de machines et de réactifs sont priés d’unir leurs forces. Mais il y a une vieille règle bien connue en politique belge: quand on entend le mot ‘task force’ ou ‘groupe de travail’, c’est que quelque chose s’est mal passé. Ce qui est visiblement le cas. Le ministre De Backer prendra aussi en charge le dossier des masques.

Pourquoi ces tests sont importants? D’abord l’Allemagne, mais aussi la Corée du Sud, ont prouvé qu’une meilleure identification de l’ampleur de l’épidémie permettait d’apporter une meilleure réponse et de garantir une qualité dans les soins. L’OMS a aussi rappelé qu’avoir une bonne photographie du nombre de cas permet d’éviter les rechutes. En effet, après le pic (que nous ne connaissons pas encore en Belgique), la levée des mesures de confinement pourrait poser problème si on ne sait pas précisément quel pourcentage de personnes sont infectées. ‘Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés’, a rappelé le président de l’OMS.

Mais comme l’a indiqué Steven De Gucht, du centre de recherche du SPF Santé Sciensano, ‘nous ne pourrons jamais tester tout le monde (…). Nous continuerons de sélectionner par symptômes, groupes professionnels, etc.’.

Les coupes budgétaires

Les coupes budgétaires symbolisent la fracture entre le personnel de santé et la ministre de tutelle. Après coup, ces restrictions budgétaires, défendues à l’époque par Sophie Wilmès (MR), ministre du Budget et actuelle Première ministre, paraissent complètement inappropriées.

Il faut toutefois nuancer: peu de monde avait vu venir cette crise sanitaire et son ampleur (sauf un certain Bill Gates, il y a 6 ans déjà), et arguons que cela serve de leçon à la plupart des pays européens, et pas seulement à la Belgique.

Toutefois dans le milieu hospitalier, la colère monte en flèche à l’égard de la ministre. Notamment sa réponse d’une avance d’un milliard d’euros pour les hôpitaux, que les syndicats qualifient au mieux de ‘rustine’. ‘Cette avance, c’est une solution de trésorie, pas de financement structurel’, dénonçait Yves Hellendorff, du syndicat chrétien CSC dans les colonnes du Soir.

Certains hôpitaux sont sur le pied de guerre, libérant un maximum de lits pour la vague à venir (nous avons quelques jours de retard par rapport à l’Italie, mais nous avons pris des dispositions de confinement plus tôt). Mais c’est l’après-crise qui est aussi en discussion: le secteur de la santé voudrait des investissements structurels tout de suite (ou à tout le moins, ne pas voir le budget sabré comme cela a été annoncé), ce à quoi n’a pu s’engager la ministre, il est vrai, dans un gouvernement limité aux pouvoirs spéciaux, qui doit gérer en premier lieu la crise sanitaire. La discussion est reportée à plus tard au grand désarroi des syndicats qui ont rencontré la ministre ce vendredi.

Enfin, la dernière polémique en date liée à ces coupes budgétaires: le non-renouvellement d’une commande de 6 millions de masques qui dataient de la crise H1N1 en 2009. Arrivés à leur date de péremption et donc détruits en 2019, Maggie De Block a choisi pour raison budgétaire de ne pas en renouveler l’achat, révèle le Vif ce lundi. Avec les conséquences que l’on connait.

En attendant, une pétition en ligne qui date de 2016 refait surface sur les réseaux sociaux comptabilisant 27.000 signatures pour la démission de la ministre. L’union nationale a ses limites, et Maggie De Block va en tout cas devoir faire preuve d’une meilleure communication pour corriger le tir, avant des discussions budgétaires qui s’annoncent tendues après la crise.

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