« Pour un gouvernement, c’est vraiment compliqué de se positionner face aux cryptomonnaies »

Dans un plaidoyer bien rôdé en faveur de l’avènement d’une paisible société numérique en général et d’une Smart Nation en Belgique, le secrétaire d’État à la Digitalisation n’a pas esquivé ces innovations qui (pré)occupent de plus en plus les décideurs du monde entier : la blockchain et les cryptos.

Le « Monsieur numérique » du gouvernement fédéral a naturellement pris part mardi à la grand-messe belge de la fintech, le Digital Finance Summit. Dans un discours au léger accent professoral, Mathieu Michel (MR) a partagé sa vision de la digitalisation, cette transformation dont la réussite dépend fondamentalement selon lui de la confiance. Confiance dans la data gouvernance, confiance dans la responsabilité des différentes parties prenantes, confiance qui renforce notre société mais aussi nos entreprises, leur compétitivité et leur leadership.

« Pour la Belgique, les fintechs constituent un écosystème fortement innovant. Nous devons viser l’excellence au travers de nos projets et soutenir nos talentueuses personnes et entreprises », a appelé de ses vœux le secrétaire d’État à la Digitalisation, tendant la main aux acteurs économiques pour promouvoir et fédérer autour de ce concept ambitieux de la Smart Nation. Un « mindset » vertueux soutenant la recherche, l’innovation et le développement de technologies émergentes.

Détourner le train-train politique

Quelques heures auparavant au même sommet fintech, le ministre des Finances avait justement dû clarifier la stratégie fédérale face à une technologie vivement débattue, la blockchain. « C’est certain, la blockchain continue de gagner en maturité aujourd’hui. Et c’est un fait, la Belgique ne devrait pas rater ce train… alors qu’il quitte progressivement la gare », a déclaré le ministre Vincent Van Peteghem (CD&V), estimant malgré tout ne pas être le wagon de queue.

Le secrétaire d’État à la Digitalisation a exposé une approche plus nuancée que son collègue ministre. Certains dans la communauté blockchain belge assurent que Mathieu Michel a mieux cerné les enjeux des technologies décentralisées. Il a déjà eu l’occasion de se montrer bien documenté et modéré à propos des cryptos, en relativisant l’impact environnemental du bitcoin par exemple.

« Les fintechs élaborent d’importantes technologies au travers d’innovations telles que la blockchain, l’intelligence artificielle et les cryptomonnaies. Les opportunités qu’apportent ce genre d’innovations sont infinies », a affirmé le responsable de la digitalisation de l’État, avant de concéder qu’appréhender ces innovations ressemblait à un numéro de funambulisme politique. « C’est vraiment un défi pour un gouvernement de se positionner face à de telles innovations. Trop souvent nous courons après le train. »

Numéro d’équilibrisme

Cryptomonnaies, token, blockchain, sont autant d’outils technos dont la Belgique pourrait se servir ne serait-ce que dans un souci de simplification et d’optimisation des mécanismes administratifs. Il paraît essentiel de prendre attitude face à cette innovation que certains pays adoptent plus franchement que d’autres. C’est en suivant ce raisonnement que la Wallonie a récemment investi dans les cryptomonnaies. Quel meilleur moyen que l’expérience pour prendre conscience des apports et limites d’une technologie ?

« Le bon équilibre entre les aspects techniques, légaux et politiques, est vraiment compliqué à établir. Pourtant, il est essentiel pour toute la société de relever ce défi et de donner un cadre adapté pour le développement de nouvelles technologies. Un cadre veillant à l’équilibre entre innovation et vie privée, digitalisation et démocratie », a développé Mathieu Michel.

Mais le secrétaire d’État a également reconnu que certaines technologies restaient incomprises ou mal comprises par bon nombre de personnes. Alors que, dans le cas de la blockchain par exemple, la technologie permet non seulement de garantir l’authenticité de données mais crée aussi de nouvelles formes d’interactions digitales. En conséquence, comme d’autres politiques l’ont observé, l’ignorance des décideurs face à la blockchain risque de nous pousser au conservatisme.

Une administration bientôt blockchainisée ?

« Nous devons être attentifs à ces innovations. C’est pourquoi mon administration étudie la possibilité d’intégrer la blockchain à ses propres procédés. Nous avons lancé un groupe de travail dédié à la blockchain dans lequel nous allons pouvoir explorer les différentes opportunités mais analyser aussi les menaces potentielles », a précisé le secrétaire d’État à la Digitalisation.

Et Mathieu Michel de conclure: « Blockchain et cryptomonnaies sont des révolutions technologiques qui ne peuvent pas vivre pour elles-mêmes, elles doivent servir les personnes ».

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