« Avec les fintechs, nous voulons faire de Bruxelles le cœur financier de l’Europe »

Un vrai pep talk, indécrottablement optimiste, voilà ce que le ministre des Finances a offert en guise de discours inaugural à l’assemblée du Digital Finance Summit. À croire le vice-premier sur paroles, les ambitions politiques seraient à la hauteur des talents industriels.

« Je partage l’ambition de faire de Bruxelles un hub fintech majeur et par extension le centre financier de l’Europe. » Le ton était clairement donné ce mardi matin lors du speech d’ouverture du sixième sommet de la finance digitale (DFS) organisé par la fédération Fintech Belgium.

Vincent Van Peteghem (CD&V) y a exposé des perspectives pour le moins enthousiastes. Car il observe par rapport à l’année passée un important bond des investissements dans les entreprises fintech européennes : 19 milliards d’euros de capitaux privés injectés. Une dynamique paradoxalement soutenue par la pandémie de coronavirus, et plus précisément la digitalisation forcée par la situation sanitaire.

Et même si les chiffres à l’échelle de la Belgique ne suivent pas totalement cette tendance, cela constitue un argument supplémentaire pour l’action politique.

« Je crois que nous devons porter notre attention plus que jamais sur les marchés émergents et mettre en avant nos start-up pour soutenir leur croissance vers des scale-up pleines de succès. L’écosystème actuel mais aussi le gouvernement peuvent aider à rendre possible cette évolution », a plaidé le ministre des Finances, rappelant que le chemin de la réussite a été tracé par de nombreuses sociétés et même des licornes belges.

Selon le vice-premier, le gouvernement fédéral croit plus que jamais au lien essentiel entre durabilité, finance et technologie, comme révélé par la crise du Covid. « Ce lien définira l’économie de demain », a-t-il ajouté, faisant référence au plan d’action européen pour les fintechs qui recommandait déjà en 2018 de rediriger les fonds vers les investissements durables.

Le gouvernement compte sur les fintechs

Le ministre des Finances s’est d’ailleurs félicité du plan de relance de la Belgique, qui prévoit aussi un rôle important pour la digitalisation. Il cite le coefficient de numérisation de 27%, qui montre que notre pays voit bien au-delà de l’objectif de l’Union européenne, avec seuil de 20% requis.

Vincent Van Peteghem a épinglé  au passage les 30 millions d’euros alloués au projet d’e-inclusion, comportant la création d’un incubateur fédéral pour soutenir des initiatives et apporter des solutions face aux inégalités existantes en termes de services bancaires en ligne ou d’e-commerce. Un projet dont la finalisation n’est pas attendue avant 2024.

Message subliminal, les ressources financières ne manquent pas pour concrétiser les ambitions politiques.

« Avec les fonds, nous voulons entre autres co-investir dans les entreprises belges qui contribuent à la transition vers l’économie durable de demain. Inutile de répéter que cela comporte d’innombrables opportunités pour les fintechs qui sont des sociétés prééminentes pouvant aider à la transformation vers la digitalisation et la durabilité. Oui, nous comptons sur les fintechs pour soutenir la reprise économique », a affirmé le ministre Van Peteghem face aux acteurs des technologies financières et de la finance plus classique de réunis pour l’occasion.

Sans s’attarder sur les vastes défis sectoriels, réglementaires ou infrastructurels, le ministre des Finances a assuré appréhender le secteur financier comme un tout, expliquant que les fintechs étaient des partenaires à part entière pour combiner durabilité et croissance.

Et le train du progrès passa…

Manifestement contraint de réagir sur un sujet précis, Vincent Van Peteghem a alors confié qu’en préparant son intervention au sommet il avait pris connaissance des inquiétudes concernant la position de la Belgique face à la technologie blockchain.

« C’est certain, la blockchain continue de gagner en maturité aujourd’hui. Et c’est un fait, la Belgique ne devrait pas rater ce train… alors qu’il quitte progressivement la gare », a déclaré le ministre des Finances.

Mais, voulant directement opposer à l’impression d’inertie politique un contre-exemple concret, le représentant fédéral a évoqué une avancée juridique, la loi portant des dispositions financières diverses de juin dernier.

« Elle se penche déjà en partie sur ce marché émergent. Par exemple, concernant la négociation de titres, nous avons déjà autorisé les participants et les marchés financiers à utiliser certaines nouvelles technologies, en ce compris la blockchain. Avec cette clarté légale, les intervenants peuvent profiter des bénéfices offerts par cette technologie », s’est félicité le ministre des Finances.

Avant de devoir concéder une attention insuffisante envers la technologie à haut potentiel d’impact.

« Je reconnais cependant que la portée de ces dispositions juridiques reste assez limitée. Mais vous devez savoir que la transparence légale et la sécurité légale, essentielle en général pour les citoyens mais aussi particulièrement pour les entreprises, est une priorité pour moi », a-t-il motivé.

Tout pour réussir

Citant ensuite Bancontact, Euroclear, Swift et Itsme, le ministre des Finances a tenu à démontrer le statut de pionniers des acteurs belges sur lesquels repose le système économique et s’appuiera la relance.

Présentant l’optimisme comme une « obligation morale », Vincent Van Peteghem a toutefois insisté sur le fait que les décideurs politiques ne devaient pas rester assis sur leurs mains. « Il ne s’agit pas de se reposer sur ses lauriers. Au contraire, nous voulons établir Bruxelles comme le cœur financier de l’Europe. Nous avons tous les atouts pour y parvenir, les talents, les ressources, l’éducation, des acteurs majeurs », a-t-il ponctué, exhortant les ambassadeurs de l’industrie fintech à aider le gouvernement.

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