‘Il faut avoir l’humilité de reconnaître que l’on ne connaît pas l’impact réel du bitcoin sur l’environnement’

Mathieu Michel, secrétaire d’État à la Digitalisation, lors de sa prestation de serment. (Isopix)

Questionné ce mercredi sur la gourmandise énergétique des cryptomonnaies et les conséquences environnementales potentielles, Mathieu Michel a estimé qu’il n’existait pas encore de données assez précises en la matière pour tirer des conclusions. Le secrétaire d’État à la Digitalisation a ainsi surpris par la nuance et la qualité de ses réponses qui semblaient particulièrement inspirées…

L’univers du bitcoin attirerait-il enfin vers lui nos décideurs politiques ? Une semaine après l’entame des premiers travaux parlementaires sur les cryptomonnaies en Belgique, c’était au tour de Mathieu Michel (MR) d’intervenir à la Chambre sur cette thématique technique.

Le secrétaire d’État à la Digitalisation était interpellé sur les enjeux environnementaux de ces devises numériques et l’alternative que pourrait éventuellement constituer un ‘crypto-euro’ émis par la Banque centrale européenne. Il pouvait remercier Zakia Khattabi pour cette question, la ministre du Climat lui renvoyant la patate chaude par député interposé lorsqu’elle avait dû y répondre (nonchalamment) un mois plus tôt.

‘Humilité intellectuelle’

‘Je vais tout faire pour être à la hauteur des attentes de Mme Khattabi’, a cabotiné Mathieu Michel en préambule de son intervention. Mais il a ensuite replanté le décor en soulignant le fait que, depuis longtemps, les cryptomonnaies suscitaient des craintes quant à leur consommation d’énergie, leur besoin de composants électroniques en pénurie, leurs émissions polluantes. Et le bitcoin tout particulièrement.

Néanmoins, le secrétaire d’État à la Digitalisation a alors adopté une approche nuancée que l’on observe rarement dans les travées parlementaires. ‘Face aux nombreuses études en la matière, il faut avoir l’humilité intellectuelle de reconnaître que l’on ne sait pas vraiment mesurer précisément l’impact réel du bitcoin et des cryptomonnaies sur l’environnement’, a-t-il concédé.

Et de pousser la réflexion plus loin.

‘Il convient d’être en capacité de comparer des choses comparables. Je ne dispose par exemple pas de l’estimation des émissions de carbone from dust to dust de l’ensemble du système bancaire mondial. L’on peut néanmoins facilement concevoir que celui-ci est également grand consommateur d’énergie’, a épinglé Mathieu Michel.

Le secrétaire d’État a pris soin d’exposer que, pour fonctionner, une cryptomonnaie repose sur un système de blockchain ‘très gourmand en énergie’ mais que cette importante consommation reste ‘soit dit en passant, la condition également de sa sécurité.’

Zones d’ombre

Fait marquant, le Monsieur numérique du gouvernement fédéral a gardé une opinion neutre vis-à-vis de l’outil technologique des cryptos. Et pour cause, ‘à ce jour, il n’existe pas de données précises en la matière qui permettent d’avoir un avis tranché’, a-t-il invoqué.

La polémique énergétique du bitcoin et des altcoins perdure depuis l’émergence de ces technologies. Un phénomène lié à l’imprécision des données sur l’ampleur des mines de cryptos, sur la vétusté ou non des équipements informatiques employés par ces mineurs, sur la nature des sources d’énergie (renouvelables ou fossiles) ou encore sur les quantités réelles d’électricité utilisées.

‘Cela ne doit évidemment pas être une raison de ne pas chercher à évaluer cette consommation. En revanche, il importe de prendre du recul sur les comparaisons, parfois sensationnalistes’, a plaidé Mathieu Michel.

Technologie évolutive

Puis, soudain, le secrétaire d’État à la Digitalisation a affiché une certaine maîtrise, en abordant l’évolution du secteur et ‘l’examen de conscience écologique’ qui s’y développe selon lui.

‘Je prends l’exemple de l’Ethereum qui a annoncé la mise en place prochaine d’un nouveau procédé de validation des transactions qui serait 99,95 % moins énergivore que le procédé actuel. Ainsi, depuis décembre 2020, la deuxième cryptomonnaie du monde travaille pour délaisser le concept de proof of work (preuve de travail) au profit de la proof of stake (preuve d’enjeu). La technologie actuelle consom­merait autant qu’un pays de taille moyenne. La proof of stake utiliserait autant d’énergie que quelque 2 100 foyers américains, soit l’équivalent d’une petite ville’, a détaillé Mathieu Michel.

Il a ainsi perçu un espoir dans l’industrie crypto avec les évolutions technologiques et les politiques énergétiques ‘comme c’est le cas pour les voitures traditionnelles’.

Et l’euro numérique ?

Pour conclure, le secrétaire d’État à la Digitalisation a mentionné les travaux actuels des banques centrales de par le monde qui analysent les opportunités éventuelles d’émettre leur propre devise digitale.

‘La création d’un euro numérique ne manquerait pas d’atouts pour les particuliers ou les entreprises. Émis directement par la BCE, l’euro numérique permettrait d’éviter les frais de dépôts bancaires. Par conséquent, il coûterait moins cher. Les transactions seraient plus rapides car il éviterait les règlements interbancaires. Les transactions étant encryptées et rendues infalsifiables via la technologie de la blockchain, l’argent serait également sécurisé et à l’abri des cyberattaques, pertes ou vols. En outre, le caractère centralisé et transparent de la monnaie numérique permettrait de mieux lutter contre le blanchiment d’argent et la criminalité financière’, a ponctué Mathieu Michel.

Manifestement inspiré

Loin de bêtement condamner le bitcoin pour ses excès énergétiques, les réponses du secrétaire d’État à la Digitalisation ont de quoi surprendre par leur modération et leur pertinence. Le membre du gouvernement nous aurait-il caché sa passion pour les cryptos ? Ses deux dernières interventions sur l’évolutivité d’Ethereum et les avantages d’un euro numérique semblaient rigoureusement documentées.

En passant lesdites explications dans un moteur de recherche, il apparaît que Mathieu Michel a partagé avec les parlementaires des paragraphes entiers d’articles provenant des sites spécialisés Siècle Digital et Oblis.be, en oubliant de les citer. Certainement trop inspiré par ces lectures…

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