Pour le patron de l’AIE, Poutine n’a aucune raison de couper le robinet à gaz vers l’Europe: « Cela aurait un impact sismique sur le marché »

Depuis plusieurs mois, à mesure que les tensions entre la Russie et l’Ukraine – et ses alliés occidentaux – s’accroissent, nombre d’observateurs se demandent si Vladimir Poutine serait capable de couper le robinet à gaz vers l’Europe. Selon le patron de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), le président russe se tirerait une balle dans le pied en opérant de la sorte.

Ces dernières semaines, nous vous avons proposé plusieurs analyses autour de la problématique. Pour les résumer brièvement, nous vous expliquions que si la Russie venait à stopper (ou du moins à diminuer) son approvisionnement en gaz, l’Europe ferait face à un problème à court terme, ses réserves étant limitées et sa dépendance vis-à-vis de la Russie très (trop ?) élevée. Mais, sur le long terme, elle devrait pouvoir s’en sortir, bien que cela risque de faire très mal à son portefeuille.

En outre, nous vous indiquions que Vladimir Poutine avait plus que probablement peu d’intérêt à agir de la sorte, car son pays en subirait rapidement le retour de flammes au niveau économique.

« La Russie doit réfléchir aux conséquences »

Dans une interview accordée au Guardian, le directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) Fatih Birol a tenu un discours assez similaire. Selon lui, si la Russie réduisait encore ses livraisons de gaz, cela inciterait les pays européens à chercher d’urgence à se détourner du gaz russe. Ce qui, in fine, lui nuirait sur le plan économique.

« Si la Russie arrête l’approvisionnement en gaz de l’Europe, cela pourrait avoir un impact sismique sur l’énergie européenne. La Russie doit envisager les conséquences d’un arrêt de l’approvisionnement en pétrole et en gaz de l’Europe », a expliqué M. Birol.

« Si l’approvisionnement n’était pas maintenu, la réputation de la Russie en tant que partenaire fiable serait ébranlée, ce qui constituerait un changement tectonique. La Russie serait perçue comme une menace, ce qui aurait des conséquences considérables pour les économies européennes, mais encore plus pour la Russie. L’Europe choisirait une stratégie pour s’écarter de la Russie », a-t-il ajouté.

Espérer que les tensions restent des tensions

Par le passé, M. Birol a déjà désigné Vladimir Poutine comme étant l’un des responsables de la crise énergétique que nous vivons actuellement. Les livraisons de gaz russe en Europe ont déjà baissé de 25%, ce qui a automatiquement fait flamber les prix. Une explication bien plus déterminante, selon lui, que celle, qu’il juge « irresponsable », de la transition énergétique/écologique, pourtant brandie par certains de ses détracteurs.

Le patron de l’AIE estime que les deux prochains mois seront « cruciaux » pour déterminer l’issue de cette crise. Une remontée des températures serait salvatrice. Si elle ne se produit pas, l’Europe devra faire un choix politique: continuer à recevoir le gaz russe ou explorer d’autres pistes. En cas d’invasion de l’Ukraine, la première option sera difficilement tenable, tant d’un côté que de l’autre.

« Bien sûr, nous ne savons pas ce qui se passera si cette tension politique dépasse le stade de la tension. J’espère qu’il y aura un dialogue, et qu’il n’y aura pas de distorsions géopolitiques majeures », a commenté M. Birol.

Cela discute partout

Côté européen, l’Allemagne a déjà annoncé qu’elle bloquerait la procédure d’approbation du gazoduc Nord Stream 2, censé lui permettre de recevoir le gaz russe via la mer baltique, en cas d’invasion de l’Ukraine par la Russie. Même si cela ne se produit pas, le gazoduc ne sera de toute façon pas opérationnel avant cet été au plus tôt, a fait savoir la semaine dernière le président de l’Agence fédérale allemande des réseaux, Jochen Homann.

Rappelons que le président français Emmanuel Macron s’est entretenu lundi pendant de longues heures, à Moscou, avec Vladimir Poutine, afin de tenter de désamorcer la crise ukrainienne. Et ses potentielles retombées sur l’Europe.

Dans le même temps, une réunion s’est tenue à Washington entre Américains et Européens, en vue de discuter de l’approvisionnement en gaz du Vieux Continent. Le GNL américain est une piste de solution, bien qu’il ne pourra pas régler tous les problèmes.

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