« Nous sommes peut-être dans le moment le plus dangereux de l’histoire du monde depuis la crise des missiles cubains »

L’issue de la guerre en Ukraine pourrait avoir un impact sur le reste du monde, avertit l’historien et auteur Yuval Noah Harari. Si la Russie venait à gagner le conflit, le monde pourrait plonger dans une ère de peur et de tensions où les gouvernements investissent davantage dans leurs forces armées, au détriment d’autres services publics.

L’invasion russe de l’Ukraine se poursuit, et ce, malgré les différentes sanctions occidentales infligées à la Russie. Si cette dernière a effectivement été frappée de plein fouet dans son économique, le pays tient toujours debout et Moscou ne semble pas prêt à rebrousser chemin. Les tensions avec l’Occident sont donc à leur comble, d’autant plus que de nouvelles sanctions sont annoncées. De quoi pousser le président Vladimir Poutine à opter pour une solution radicale : l’utilisation d’armes nucléaires.

« Nous sommes peut-être dans le moment le plus dangereux de l’histoire du monde depuis la crise des missiles cubains où une guerre nucléaire est soudainement une possibilité », a-t-il confié à CNBC, en référence au moment où le monde n’a jamais été aussi proche d’une guerre nucléaire qu’en 1962, époque durant laquelle les États-Unis et la Russie se livraient à une guerre froide.

Marcher sur Moscou, un fantasme

L’homme admet cependant que la menace actuelle de guerre nucléaire est « très peu probable », mais il estime tout de même que le tout le monde, gouvernements et individus, devrait être « très inquiet ». « C’est une possibilité, une possibilité réelle que nous devons considérer. Et c’est une terrible nouvelle pour toute la race humaine », a-t-il déclaré.

Selon lui, il est fou de penser pouvoir marcher sur Moscou. Toute tentative ne ferait que provoquer davantage le Kremlin, voire le pousserait à opter pour cette terrible solution. Les alliés occidentaux devraient plutôt se concentrer sur l’autonomisation de l’Ukraine pour vaincre les forces russes et rétablir la paix. « Le but de la guerre devrait être de protéger la liberté de l’Ukraine et non de changer Moscou. Cela dépend du peuple russe », a ajouté le maître de conférences au Département d’histoire de l’Université hébraïque de Jérusalem.

Un tournant dans l’histoire

L’issue de cette guerre marquera sans aucun doute un tournant majeur dans l’histoire, mais surtout dans la manière dont les gouvernements gèreront les futures menaces.

Si la Russie venait à gagner le conflit, cela aurait forcément un impact sur de nombreux pays qui, par crainte d’attaques extérieures, augmenteront leurs dépenses militaires. Et ça sera au détriment d’autres services publics. Une prédiction d’Harari qui s’est déjà confirmée puisque, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Allemagne a annoncé une augmentation considérable de ses dépenses en matière de défense.  

Une perspective qui n’a rien de très joyeux puisque, si nous ne faisons pas attention et augmentons les dépenses dans la défense de 6 à 20%, cela pourrait mener le monde à retomber « dans la jungle de la guerre et de la violence où les pays sont obligés de dépenser beaucoup plus en chars et en missiles », plutôt qu’en soins de santé ou dans la lutte contre le changement climatique, prévient l’auteur.

Pour Yuval Noah Harari, il y a tout de même de l’espoir pour que le conflit prenne fin, sans que cela ne dégénère davantage. « Si Poutine perd et est perçu comme perdant, cela sauvegardera en fait l’ordre précédent. Quand il y a une norme et que quelqu’un la viole et est puni pour cela, cela renforce en fait la norme », a-t-il déclaré.

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