Malgré les tentatives de sauvetage, le millésime 2021 est en danger: les pires pertes du siècle

Saint Nicolas de Bourgueil, France (Darrault D/ANDBZ/ABACAPRESS.COM – Isopix)

Cette dernière semaine a été très éprouvante pour les viticulteurs français et belges. Presque toutes les exploitations sont touchées. Certaines récoltes, notamment pour le chardonnay, sont déjà totalement perdues. Pour les autres, la récolte s’annonce déjà bien mauvaise. Toutes les cuvées 2021 qui sont compromises.

Après une semaine de grand soleil, le gel est revenu à la charge, presque toutes les nuits. Mais les bourgeons qui avaient fait leur apparition fin mars ne supportent tout simplement pas le gel. S’ils sont touchés, ils meurent et ne donnent pas de fruits. Les jeunes plants (de moins de 3 ans) peuvent également ne pas survivre.

Depuis une semaine, les viticulteurs français et belges passent leurs nuits au chevet de leur vigne pour éviter les pertes. Il existe plusieurs techniques. La plus impressionnante et la plus facile à mettre en place sont certainement celles de la bougie. Le viticulteur pose de grosses bougies le long de ses vignes. Dès que le mercure passe en dessous de 0°C, il allume toutes les bougies. L’air sur un mètre de hauteur est réchauffé. Des images impressionnantes de vignes ‘enflammées’ ont circulé sur les réseaux sociaux. Le président français Emmanuel Macron a lui-même diffusé sur Instagram une photo des vignes de Chablis enluminée. Des vignobles plus équipés utilisent aussi des canons à chaleur pour insuffler un air chaud et éviter le gel.

Toutefois, cela ne permet de réchauffer l’air que de quelques degrés. Si le gel est plus important, comme ça a été le cas en France la semaine dernière avec des -7°C dans certaines régions, les bougies sont totalement inutiles. En outre, si le vent est trop fort, il est impossible de réchauffer l’air ambiant. La Belgique a connu ces conditions début de la semaine dernière. ‘On ne sait pas faire grand-chose à part regarder et espérer que ça ne gèle pas’, expliquait Bertrand Hautier, propriétaire du Domaine du Chapitre à Nivelles à la RTBF.

Une autre technique, plus difficile à mettre en place, est l’aspersion. Les bourgeons sont arrosés continuellement d’eau. Avec le gel, l’enveloppe extérieure va geler, mais à l’intérieur, la température restera légèrement positive et le bourgeon sera protégé. Il faut continuellement asperger les vignes d’eau jusqu’à ce que les températures redeviennent positives.

Pertes impressionnantes

Il est encore difficile d’estimer les dégâts du gel, car les températures restent encore très froides pendant la nuit. Pire: l’humidité s’est installée dans certains vignobles et, associée à du gel, ses dégâts sont généralement encore plus dangereux pour les plans. Les viticulteurs doivent attendre encore quelques jours pour vérifier si les premiers bourgeons vont reprendre ou non.

En outre, les dégâts sur les plants dépendent du type de vigne. Certaines vignes plus précoces et qui ont déjà sorti de nombreux bourgeons sont les plus en danger. Les variétés plus tardives ont plus de chances de faire de beaux fruits. Il faut également préciser que les vignes ont tendance à faire un second bourgeon si le premier est mort. Le problème est que ce second bourgeon, dans certains cas, ne porte tout simplement pas de fruits. Dans les autres cas, le fruit est de moindre qualité.

De ce fait, la plupart des viticulteurs spécialisés dans le chardonnay ont certainement perdu toute leur récolte. Le pinot noir pourrait par contre mieux résister, car le fruit reste intéressant même avec le second bourgeon.

La Corse, qui ne s’attendait pas au gel, a estimé ses pertes entre 30 et 70% en fonction des régions. L’AOP Figari, le vin de Corse-du-Sud, est clairement menacée pour cette année. La semaine dernière, la Bourgogne annonçait déjà au moins 50% de pertes et la météo ne s’est pas améliorée depuis. Dans le Val de Loire, plusieurs viticulteurs ont déjà annoncé que leur récolte était perdue. Il n’y aura tout simplement pas de cuvée 2021.

Il n’y avait plus eu de récolte aussi catastrophique depuis 1991, selon Ouest-France.

Bourgeon mort à la suite du gel dans le vignoble de Chateau Pont de Brion à Langon près de Bordeaux (Ugo Amez / Sipa Press – Isopix)

Risques et aides

Pour les viticulteurs français, ce n’est pas seulement une récolte qui est en danger, c’est tout leur travail. Le vin français doit en effet déjà énormément se battre contre la concurrence venue d’autres pays européens. La France est d’ailleurs le plus grand importateur de vins espagnols.

Une mauvaise récolte signifie donc une perte de part de marché. Les gens ne vont pas arrêter de boire du vin parce que la récolte a été mauvaise. Ils iront simplement l’acheter ailleurs, et ne reviendront peut-être jamais vers les vins français.

Le gouvernement français a déjà annoncé que des aides seront apportées cette année. Jean Castex, Premier ministre français, a promis une ‘enveloppe exceptionnelle’. Le fonds des calamités agricoles va être ouvert et les viticulteurs, qui ne peuvent pas assurer énormément leurs vignes, pourront toucher un peu d’argent en dédommagement des plants perdus et de la baisse de la récolte.

En Belgique, aucune annonce de ce type n’a encore été faite. En 2017, le fonds des calamités était venu en aide aux exploitations fruitières à la suite d’un épisode de gel tardif assez impressionnant. Mais cette année, il semble que les agriculteurs ont eu plus de peur que de mal. Il faudra attendre les prochaines semaines pour vérifier que la récolte ne soit pas aussi désastreuse qu’annoncé.

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