Les supermarchés sont une jauge de l’économie américaine… et leurs nouvelles ne sont (vraiment) pas bonnes

Les bénéfices des supermarchés américains sont en berne, et leurs entrepôts sont pleins d’invendus à cause d’achats non essentiels reportés. Au vu de l’inflation, les consommateurs font attention à leurs dépenses. Pour l’entièreté de l’économie, cela est souvent considéré comme un risque de récession.

Les consommateurs sont considérés comme la moelle épinière de l’économie. Leurs dépenses sont une jauge de l’impact de l’inflation sur l’économie. Par exemple s’ils reportent des achats de produits qui ne sont pas absolument nécessaires, cela peut être considéré comme un mauvais signe pour l’économie. Et dans ce sens, de mauvaises nouvelles viennent des supermarchés aux Etats-Unis.

La chaine de supermarchés Target a créé la surprise à Wall Street mercredi en annonçant ses résultats trimestriels, où figure une baisse de 52% de son bénéfice, rapporte CNN Business. L’enseigne indique qu’elle doit faire face à des coûts plus élevés à cause des retards dans les chaines d’approvisionnement, mais aussi que la hausse des prix décourage les consommateurs, qui reportent des achats. La chaine indique également que ses entrepôts sont pleins d’invendus, avec notamment du mobilier de jardin, des appareils ménagers, ou encore des télévisions.

Target n’est pas la seule enseigne à faire face à ce problème. Le premier groupe du pays, Walmart, rapportait en début de semaine une baisse de son bénéfice à hauteur de 25% et revoit déjà ses estimations pour le reste de l’année à la baisse.

Changement radical après deux ans de plein essor

Des analystes, cités par CNN, qui se sont penchés sur les résultats, estiment qu’il s’agit d’un changement radical dans le plein essor en place depuis la fin des confinements. Les consommateurs en sont sortis avec de l’argent mis de côté et ont pu dépenser sans compter. Mais la fête est désormais finie, les prix augmentent et les consommateurs réduisent leurs dépenses. Pour les analystes, les supermarchés ont été pris de court.

Le signal paraît surtout alarmant parce qu’il s’agit de deux groupes qui figurent parmi les plus importants. « Peu d’entreprises sont aussi imbriquées dans autant d’aspects de l’économie américaine que Walmart et Target, et leurs opérations de logistique et de chaine d’approvisionnement rivalisent avec celles de la plupart des autres entreprises, voire les dépassent », analyse Bespoke Investment Group dans un rapport. « S’ils ont ce genre de problèmes pour suivre l’évolution rapide de l’environnement, qui n’en a pas ? »

A Wall Street, la chute des actions a aussi été immédiate. Celle de Target notamment a baissé 25% après l’annonce. Celle de Walmart a baissé plus de 11% et les deux ont contaminé d’autres acteurs : Macy’s, Best Buy et Costco ont été entraînées dans la chute, perdant également environ 11%. A tel point que Scott Mushkin, analyste pour R5 Capital, voit désormais le secteur des supermarchés comme « non-investissable ».

« L’inflation et les coûts sont incontrôlables, les dépenses de consommation varient énormément et, du moins dans notre esprit, la crainte grandit de savoir combien de temps les dépenses de consommation pourront tenir le coup. Cela nous amène à nous demander si le boom sans précédent de ces deux dernières années sera suivi d’un effondrement sans précédent, dont nous ne pouvons même pas imaginer l’ampleur », analyse-t-il.

Confiance des consommateurs

Tous les mois, l’Université du Michigan sonde la confiance des consommateurs. Et le fait est qu’à mesure que l’inflation augmente, la confiance baisse, en résumé. Après une légère accalmie au mois précédent, la chute de la confiance a repris d’avril à mai : tombant de 9,4% pour s’établir à 59,1 points, soit le plus bas depuis 2011, comme le montrent les chiffres publiés vendredi passé.

Les économistes voient ces chiffres comme un outil de mesure important pour jauger l’économie. La baisse nette des dépenses dans les supermarchés vient ainsi consolider sur le terrain, et montrer au grand jour, la confiance érodée des consommateurs et, avec elle, les risques de ralentissement de l’économie.

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