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Les outils de tracking du coronavirus se multiplient: outil indispensable ou menace?

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Crise du coronavirus

26/03/2020 | Sonia Romero | 9 min de lecture

La Corée du Sud trace les téléphones de ses citoyens et a créé une carte accessible au public pour vérifier s'ils ont pu croiser le chemin de patients atteints du Covid-19. (AP Photo/Ahn Young-joon)

Pour tenter d’endiguer la pandémie de coronavirus, les gouvernements du monde entier se tournent vers des applications de surveillance afin de suivre le pic de l’épidémie. Des outils parfois intrusifs qui pourraient menacer la vie privée une fois la crise sanitaire terminée.

La Corée du Sud, l’Iran, Israël, Singapour, Taïwan, l’Autriche, la Pologne, l’Allemagne, l’Italie… Et même notre Belgique. Ils sont actuellement dix pays dans le monde à tracker d’une façon ou d’une autre leurs citoyens dans la lutte contre le coronavirus. Chez nous, par exemple, le gouvernement a donné son feu vert le 11 mars pour utiliser les données anonymes des entreprises de télécom. À l’autre extrémité, la Corée du Sud a pris des mesures de surveillance drastiques en traçant les smartphones de sa population et en créant une carte accessible au public. Les citoyens peuvent la consulter pour vérifier s’ils ont pu croiser des patients contaminés.

Une mesure indispensable?

Faire du ‘contact tracing’, c’est une des méthodes prometteuses afin d’éviter que des personnes contaminées n’entrent en contact avec des personnes saines. Couplée à des tests de masse, cette mesure pourrait s’avérer particulièrement payante, et a déjà fait ses preuves dans d’autres pays. ‘Grâce à des tests de masse et au ‘contact tracing’, la Corée du Sud a pu réduire le nombre de contaminations tout en maintenant une bonne activité économique’, indique à Het Laatste Nieuws le microbiologiste Herman Goossens de l’Hôpital universitaire d’Anvers.

Il pointe du doigt le manque d’action européenne en la matière et appelle la Belgique à réagir tant qu’il en est encore temps. ‘Il faut non seulement retrouver la trace du patient, mais aussi celle de toutes les personnes avec lesquelles il est entré en contact. Je me demande si nous pouvons réaliser une telle infrastructure et si nous pouvons trouver les moyens nécessaires pour le faire.’ La ministre fédérale de la Santé Maggie De Block se veut assez pessimiste: ‘c’est aux Régions de prendre une décision en la matière et pour l’instant les Régions n’ont pas les moyens nécessaires pour faire ce tracking des cas positifs’, indiquait-elle ce matin.

Libertés individuelles menacées

Ces techniques de ‘contact tracing’ peuvent s’avérer très utiles dans la lutte urgente contre l’épidémie. Mais posent aussi question sur la liberté des citoyens… Surtout lorsque la crise sera derrière nous. Car ces dispositifs peuvent s’avérer particulièrement intrusifs.

En Corée du Sud par exemple, les smartphones ne sont pas les seuls à être tracés. Les enregistrements des cartes de crédit et les entretiens en face à face avec les patients sont également utilisés pour construire cette carte rétroactive, indique le site Business Insider. Des méthodes qui menacent déjà la liberté civile des citoyens. Une Sud-Coréenne a ainsi déclaré au Washington Post avoir cessé de fréquenter un bar LGBT par crainte d’être démasquée.

‘Il est vrai que l’on a tendance à mettre davantage l’accent sur l’intérêt public que sur les droits de l’homme lorsqu’il s’agit de maladies qui peuvent infecter d’autres personnes’, a avoué le directeur des Centres coréens de contrôle et de prévention des maladies, Jeong Eun-kyeong.

D’autres pays comme Singapour et Taïwan surveillent étroitement leurs citoyens et n’hésitent pas à lancer l’alerte en cas de problème. Les autorités singapouriennes envoient ainsi plusieurs SMS par jour aux habitants en leur demandant de partager leurs coordonnées GPS. Et gare à celui qui ne répondra pas: il risque de voir débarquer la police dans la demi-heure. C’est ce qui est arrivé à un journaliste basé à Taïwan après que son téléphone déchargé se soit éteint.

En Europe aussi

Ces méthodes ne sont pas l’apanage des pays asiatiques. En Europe aussi, on planche sur la question du tracking pour endiguer l’épidémie. L’Autriche utilise actuellement des données anonymes pour cartographier les déplacements des personnes. Les Polonais en quarantaine sont forcés d’envoyer des selfies pour prouver qu’ils sont bien confinés chez eux. L’Italie comme l’Allemagne cartographient les mouvements de leur population, tandis que la France et le Royaume-Uni réfléchissent à des pratiques similaires.

Outre-Atlantique, Axios indique qu’il est peu probable que les États-Unis essaient de telles méthodes, ‘pour des raisons pratiques et culturelles’ (le manque de matériel et la culture individualiste américaine). Pourtant, les caméras thermiques intelligentes d’Athena Security pourraient s’avérer bien utiles. La société américaine souhaite déjà les mettre à profit pour détecter les personnes contaminées.

Entre lutte contre le coronavirus et menace pour les libertés individuelles, le défi consistera surtout à trouver le bon équilibre. Chez nous, la balance risque de pencher d’un côté. ‘La question demeure de savoir si nous sommes prêts à renoncer à notre vie privée classique’, indique Herman Goossens. ‘On peut aller très loin avec la technologie actuelle de nos smartphones, mais cela va à l’encontre de notre société ouverte, contrairement à des pays comme la Chine, Hong Kong, Singapour et la Corée du Sud.’

Il est d’autant plus délicat de faire la part des choses face à l’urgence et l’exclusivité de la situation sanitaire. L’OMS a encore tiré la sonnette d’alarme hier, exhortant les pays à pratiquer davantage de tests sur la population. Or, les tests de masse vont de paire avec le ‘contact tracing’ si l’on ne veut pas brasser de l’air. Il sera sans doute difficile de faire marche arrière sur cette surveillance une fois la crise terminée… Mais la priorité actuelle, c’est bien d’y mettre fin le plus vite possible.

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Source: Korii


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