Les investisseurs espèrent l’artillerie lourde pour survivre à ces jours sombres

Le président de la Fed, Jerome Powell. – EPA

Les investisseurs attendent un soutien sans précédent de la part des banques centrales et des gouvernements pour stabiliser les marchés financiers dans les jours à venir. Mais cela crée un jeu psychologique dangereux. Car si les attentes ne sont pas satisfaites, une nouvelle montagne russe menace.

Coup de théâtre ce dimanche soir: la banque centrale américaine intervient. Selon l’ordre du jour, la Réserve fédérale devait prendre une décision sur les taux d’intérêt mercredi, mais elle était soumise à de fortes pressions pour intervenir plus tôt. Cette pression est venue non seulement des marchés, mais aussi du président Donald Trump, qui veut garder intactes ses chances de réélection et a de nouveau insisté sur une forte baisse des taux d’intérêt samedi.

Avec sa deuxième baisse de taux d’intérêt en peu de temps, la Fed a mis les taux d’intérêt à un niveau proche de 0 %. Combiné aux mesures élaborées par le gouvernement Trump, il s’agit de l’un des plus importants plans anti-crise jamais mis en place aux États-Unis, avec la relance monétaire (Fed) comme stimulus fiscal (gouvernement). Un ‘Super Bazooka’, donc.

Que se passe-t-il sur les marchés à présent? Personne n’ose faire de prédiction car la crise du coronavirus s’étend désormais des deux côtés de l’Atlantique. Cela conduit également à une succession de mesures politiques drastiques. L’intervention d’urgence de la Fed devrait permettre d’éviter un krach boursier. Mais selon de plus en plus d’experts, la situation est désormais si grave qu’une approche coordonnée et globale ‘quoi qu’il en coûte’ est nécessaire de la part des banques centrales et des gouvernements.

Le bilan intermédiaire: 20 % de perte en une semaine. Les investisseurs ont pu compter leurs pertes au cours du week-end. La plupart doivent se remettre des lourds sacrifices de lundi et jeudi derniers. La Banque centrale européenne et la Fed américaine ont annoncé des programmes de soutien substantiels, mais ceux-ci n’ont que partiellement amorti les coups. En moyenne, les actions ont perdu un cinquième de leur valeur la semaine dernière. Le Stoxx 600, une mesure des actions européennes, a perdu près de 19 %. L’indice Bel20 de Bruxelles a fait encore pire, passant de plus de 3 435 points à moins de 2.733 points, soit une baisse de plus de 20 %.

La baisse boursière la plus vertigineuse jamais organisée. À plus long terme, la baisse de 31 % sur 17 jours de bourse est le coup le plus dur de l’histoire récente, selon la comparaison des services d’information de Bloomberg ci-dessous.

La volatilité, la hausse et la baisse des prix, est exceptionnellement élevée. Ainsi, après le plus gros coup depuis 1987, les bourses américaines ont enregistré jeudi, un jour plus tard, la plus forte hausse depuis 2008.

Le grand danger : l’assèchement des liquidités. Le fait que plusieurs marchés en même temps – les actions, le bitcoin et même l’or – aient subi d’importantes pertes hebdomadaires a, selon les experts financiers, provoqué une fuite massive vers les liquidités. Si cela continue, certains marchés risquent de s’assécher complètement et un commerce fluide deviendra impossible. Un infarctus de certaines parties du système financier est alors imminent.

Le défi pour les décideurs politiques: la ‘gestion des attentes’. Les décideurs politiques devraient sortir une fois de plus leurs livres de psychologie sur la gestion des attentes. Après tout, si les algorithmes des grands investisseurs incluent déjà les mesures de soutien non encore annoncées dans leurs instructions d’ordre, le non-respect de ces attentes entraînera de nouvelles baisses de prix.

Alerte majeure pour l’aviation et le tourisme. Une caractéristique commune évidente des mesures prises dans le monde entier: des voyages sévèrement restreints et même explicitement découragés par le gouvernement. Le groupe de voyage allemand TUI a déjà perdu 34 % de sa valeur marchande la semaine dernière et a vu ce week-end ses activités dans le domaine des voyages à forfait partir en fumée, au moins temporairement. Les actions des compagnies aériennes étaient également en vente. Ces entreprises entreront dans la nouvelle semaine boursière les genoux pliés. Sans soutien de l’État, les compagnies aériennes risquent de faire faillite.

Encore un ‘éléphant dans la pièce’: la Deutsche Bank (-25 % la semaine dernière). La crise de 2008 a montré qu’une déstabilisation d’une poignée de banques seulement peut mettre en danger l’ensemble du système financier. Le secteur bancaire a été durement touché la semaine dernière. Les têtes se tournent automatiquement vers la Deutsche Bank. L’attitude critique à l’égard du système se heurte depuis des années à son organisation interne.

Juste avant la Saint-Valentin, le géant bancaire allemand, qui boitait, semblait s’être enfin remis avec un taux supérieur à 10 euros. Cependant, ce retour s’est avéré de courte durée et la crise du coronavirus a ajouté aux doutes. L’action a perdu 25 % la semaine dernière, et s’est terminée à 5,11 euros. Sur une base mensuelle, le prix de l’action a déjà diminué de moitié.

Selon certains observateurs, certaines des mesures de soutien annoncées par la Banque centrale européenne équivalent à une subvention implicite des banques. Il est notamment fait référence aux possibilités dites TLTRO (targeted longer-term refinancing operations), qui seraient très avantageuses pour les banques. Cependant, cette conférence ne s’est guère traduite par une hausse des cours de la bourse.

Lire aussi: