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L’économie américaine peut-elle se débrouiller seule, sans le reste du monde?

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Économie

05/06/2020 | Anthony Planus | 7 min de lecture

(EPA-EFE/BRANDON DILL)

Au cours des dix dernières années, les États-Unis ont de plus en plus renoncé à leur rôle de ‘gendarme du monde’ d’après-guerre pour se recentrer sur son marché intérieur. Une tendance qui a débuté sous la présidence de Barack Obama et s’est accélérée sous Donald Trump.

America First, Make America Great Again, Keep America Great… Autant de slogans qui ont séduit une grande partie de la population américaine. L’accent a été mis principalement sur l’exploitation de leurs propres ressources (pétrole de schiste), la réouverture des mines de charbon, la poursuite de leurs propres règles (sortie de l’accord de Paris et de l’accord nucléaire avec l’Iran) ou encore la limitation de l’immigration pour faire travailler sa propre population. Au cours des 40 derniers mois, le pays s’est de plus en plus replié sur lui-même. Avec succès, car jusqu’à ce que la pandémie de coronavirus paralyse le monde, l’économie des États-Unis était pratiquement la seule au monde à pouvoir enregistrer une croissance digne de ce nom.

Mais dans quelle mesure l’économie américaine peut-elle se débrouiller seule, sans l’aide du reste du monde? La réponse est complexe, car une série de facteurs externes ont contribué au succès des États-Unis. En d’autres termes, le pays demeure très dépendant du reste du monde à plusieurs égards. Si les relations devaient être rompues, les États-Unis auraient beaucoup de mal à maintenir leur statut économique.

1. Le reste du monde finance les États-Unis

Le pays souffre d’un manque chronique d’épargne pour financer les investissements. Il existe également un déficit commercial chronique, ce qui signifie que les importations de marchandises sont plus nombreuses que les exportations. Cette différence est en grande partie financée par des non-Américains qui financent les obligations du gouvernement américain.

L’Europe, elle, nage dans l’épargne. Comme la crise de 2012 nous l’a appris, une partie de cet argent sera une nouvelle fois acheminée vers le reste du monde, principalement les États-Unis (voir le tableau ci-dessous). Les consommateurs de la zone euro financent donc la croissance économique des États-Unis et du reste du monde. Cette fuite de capitaux est également à l’origine de la dépréciation ininterrompue de l’euro, qui dure maintenant depuis plus de 10 ans.

2. Le pays bénéficie du statut de monnaie de réserve du dollar américain

Environ la moitié de toutes les factures dans le monde sont payées en dollars. Et ce, malgré le fait que les États-Unis eux-mêmes ne représentent qu’à peine 10% du commerce mondial et seulement 15% du PIB. Cela stimule la demande en dollars américains. Ce qui permet aux États-Unis d’imposer des obligations aux pays qui utilisent sa monnaie comme moyen de paiement. Les meilleurs exemples sont les sanctions économiques imposées par les États-Unis à des fins politiques (Iran, Venezuela, Corée du Nord).

Le fait que le dollar américain soit la principale monnaie de réserve dans le monde n’a que des avantages. Une situation que l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing a un jour décrite comme un ‘privilège exorbitant’. Le Français essayait d’expliquer pourquoi l’Amérique pouvait emprunter moins cher. C’est aussi pourquoi le dollar est moins sujet aux fluctuations des marchés des changes.

Mark Carney, l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, a récemment plaidé pour la fin de la dépendance internationale vis-à-vis du dollar américain. Il a évoqué un ‘effet déstabilisateur’. Mark Carney demande à ses collègues internationaux de trouver leur propre monnaie de réserve, à l’instar de la Libra annoncée sur Facebook.

M. Carney a fait valoir qu’à plus long terme, une ‘économie mondiale multipolaire’ serait une meilleure solution.

3. Les États-Unis ont toujours été un aimant pour les étudiants étrangers à haut potentiel

Chaque année, les États-Unis accueillent plus d’un million d’étudiants étrangers. Beaucoup d’entre eux restent aux États-Unis même après leurs études. Malgré le niveau insuffisant de son enseignement primaire et secondaire, le pays dispose donc toujours d’un grand réservoir de talents. Beaucoup de ces immigrants créent leur propre entreprise.

En 2017, l’organisation indépendante Center for American Entrepreneurship a publié une étude sur les fondateurs des 500 entreprises à plus forte valeur des États-Unis (Fortune 500). Elle a constaté que 43% des sociétés du Fortune 500 de cette année-là avaient été fondées ou cofondées par un immigrant ou un enfant d’immigrant. Dans le top 35, la proportion s’élève même à 57% !.

En outre, il existe traditionnellement de forts liens entre le monde des affaires et les universités. Ces dernières sont des moteurs économiques plutôt que des tours d’ivoire et sont étroitement impliquées dans les parcs scientifiques, les incubateurs, les agences technologiques, etc. Les universités profitent également de cette dynamique. Lorsque Google est entré en bourse, l’université de Stanford a reçu 200 millions de dollars pour ses actions.

4. À l’exception de la Chine, le monde tolère la position dominante d’un petit nombre d’entreprises technologiques américaines

La taille de ces entreprises (Amazon, Microsoft, Google, Facebook, Apple…) est telle que l’on peut parler de monopoles.

Conclusion: en cas de conflit mondial qui mettrait en péril les situations que nous venons d’aborder, la position des États-Unis s’en trouverait considérablement affaiblie.

Source: BusinessAM


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