Le MR braque ses partenaires et s’isole un peu plus sur le nucléaire, avant un nouveau kern ce mercredi soir

La sortie de Sophie Wilmès lundi dans les médias a braqué ses partenaires de la Vivaldi. Du côté des libéraux, on dit défendre la même ligne soutenue depuis des semaines par Georges-Louis Bouchez. Le Premier ministre De Croo espère toujours aboutir dans ce dossier avant la fin de l’année, mais un grand compromis semble de plus en plus compliqué.

Dans l’actu: le Premier ministre et ses vice-premiers ministres se retrouvent ce soir pour continuer les discussions après une journée qui sera bien chargée sur le plan sanitaire.

Le détail: le MR ne veut rien lâcher.

  • Une interview qui a fait grand bruit. Sophie Wilmès a donné une interview au Soir qui a été publiée sur le site du média pile-poil durant la réunion du Kern, lundi soir. La vice-première ministre libérale disait vouloir sortir de la logique binaire « plan A-plan B », et mettre à l’étude la faisabilité d’une prolongation du nucléaire pour sécuriser l’approvisionnement qui n’est pas garanti, selon son parti, avec le plan A.
  • Pour Georges-Louis Bouchez, il s’agit assurément d’un soutien de poids. L’ancienne Première ministre est en tête des sondages de popularité, et force est de constater que, jusque-là, le président du MR était bien seul à crier sur tous les toits que le plan A – la sortie complète du nucléaire en 2025 – était « un échec ».
  • Face aux critiques que provoque cette interview, les libéraux francophones tombent des nues et les balaient d’un revers de la main: « On tient la même ligne et on défend la prolongation depuis des semaines, y compris au sein du kern ». À quelques nuances près, puisque Sophie Wilmès a non seulement parlé de prolongation du nucléaire, mais aussi du gaz face aux incertitudes géopolitiques. « Pour moi, c’est d’ailleurs une erreur de dire qu’il faut l’un ou l’autre, plan A ou plan B, c’est l’un et l’autre : il faudra et du nucléaire et du gaz. » Soit un mix, alors que le MR tape depuis des semaines sur les émissions de CO2 d’éventuelles centrales au gaz supplémentaires.
  • Bref, lundi soir, l’atmosphère était très froide, des heures de discussions pour rien, chacun est resté sur ses positions. Sophie Wilmès a surpris par cette sortie, et elle a déçu ses partenaires qui ont pointé son manque de sens de l’État. C’est de bonne guerre.
  • De manière plus insidieuse, le MR irrite depuis le début de la législature. Sur un tas de dossiers, Georges-Louis Bouchez a décidé de mener une particip-opposition. Il n’est pas le seul, c’est vrai, Paul Magnette et lui, en tant présidents de parti, ont cette étiquette de belle-mères d’Alexander De Croo. 7 à la maison, ce n’est tout simplement pas facile à vivre.
  • Sauf que dans le cas du MR, les libéraux francophones s’opposent de plus en plus aux libéraux flamands. La famille, « une et indivisible », vantée durant la formation du gouvernement bat de l’aile, même si Egbert Lachaert, président de l’Open VLD, tente parfois de sauver les apparences.
  • Une sortie dans la presse au moment d’une réunion décisive, le MR est assez coutumier du fait. Cela donne du corps à une position politique, mais cela braque aussi les partenaires: certains bruits de couloir ont même été jusqu’à envisager d’évacuer ce partenaire encombrant qui empêche la Vivaldi d’avancer et de gagner des points.
  • Ce lundi encore, c’est un reproche qui a été fait aux libéraux francophones: en bloquant le dossier sur le nucléaire, d’autres dossiers doivent attendre. Sans compter qu’une crise sanitaire doit toujours être gérée avec l’arrivée d’un nouveau variant qui a mené à des mesures très strictes dans certains pays voisins. Ce mercredi, c’est jour de Codeco, mais on parlera de nucléaire au sein du kern dans la foulée.

L’essentiel: Quelle sortie de crise ? Un grand compromis ou l’isolement du MR ?

  • Ce dossier de la sortie du nucléaire est éminemment complexe. Et chaque plan a ses faiblesses. Du côté du plan A – une sortie complète du nucléaire en 2025 – c’est la centrale au gaz de Vilvoorde qui cause le plus de tracas. La position du gouvernement flamand et de la ministre Zuhal Démir (N-VA) ne vont pas subitement changer: il n’y aura pas de permis d’exploitation, même si des recours sont en cours.
  • Cela oblige la ministre fédérale de l’Énergie à se tourner vers un plan alternatif. Il est notamment question de remettre en selle certains autres prétendants qui sont repartis les mains vides lors de la précédente enchère du CRM. Luminus et les sites de Seraing et Manage, deux communes wallonnes, sont évoqués.
  • Du côté du MR, il n’est pas vraiment question de créer une crise gouvernementale. Le président du MR le répète, et Sophie Wilmès a entonné le même discours: pour un plan B – une prolongation de deux réacteurs nucléaires – il faut une majorité qui n’est pas rencontrée jusqu’à présent.
  • Il faut comprendre par là que si un grand compromis ne peut être trouvé, on se dirigera de toute façon vers une sortie du nucléaire en 2025. Or, il est clair pour tous les partenaires – sauf le MR – qu’on se dirige vers cette sortie. Du côté des écologistes, on fait parfois l’une ou l’autre ouverture de façade dans la presse, le CD&V appuie parfois timidement sur les freins, et les socialistes critiquent surtout cette sortie en coulisses, mais dans les faits: le Premier ministre veut clôturer le dossier et semble avoir pris sa décision.
  • Le MR a très peu de marge de manœuvre. Car Engie est en position de force. La multinationale répète qu’il est trop tard pour prolonger le nucléaire, qu’une décision en ce sens aurait dû être prise bien plus tôt. De plus, l’alternative au nucléaire – deux centrales au gaz et de généreux subsides (nonobstant le cas Vilvoorde) – lui est également entièrement attribuée. Pour faire revenir Engie-Electrabel sur le chemin du nucléaire, bonne chance dans les futures négociations.
  • Pourtant, Sophie Wilmès pousse ses partenaires à commencer au plus vite des négociations avec Engie, l’Europe ou encore l’AFCN. Une tentative désespérée ? Pour la ministre de l’Energie, Tinne Van Der Straeten (Groen), il est trop tard, impossible de franchir toutes ces étapes d’ici 2025. Le MR accuse les écologistes de faire délibérément trainer les choses, de n’avoir jamais vraiment voulu étudier une possibilité même infime d’un plan B.

À tenir en compte: une décision lourde politiquement.

  • Pour les écologistes, la sortie du nucléaire serait certainement un trophée. Ils n’ont jamais caché leur jeu et veulent cette sortie depuis 20 ans, officiellement, et la loi de 2003. Mais nul doute que si les prix devaient augmenter ou si un problème d’approvisionnement devait surgir, ils seront lourdement punis. Les enquêtes d’opinion montrent que le Belge n’est pas forcément en faveur d’une sortie du nucléaire à court terme, sans doute en ce compris dans l’électorat écologiste.
  • Le PS se met particulièrement en retrait du dossier. En cas de pépins, il espère s’abriter sous le parapluie écologiste. C’est la stratégie à long terme des socialistes: mouiller les verts dans le bain politique, pour qu’ils commettent des erreurs et soient punis par la suite dans les urnes. Cela reste incertain dans ce cas-ci. Une flambée des prix fait peur aux rouges.
  • En cas de prolongation du nucléaire, ce sera évidemment un énorme succès pour le MR. Mais, vous l’aurez compris, on n’en prend pas le chemin. Les libéraux francophones pourront dire qu’ils ont défendu leur ligne jusqu’au bout. Pas jusqu’à débrancher la prise, toutefois.
  • Du côté flamand, ce sera beaucoup plus compliqué pour les libéraux. On peut le dire sans trop se tromper: la décision de De Croo est une position politiquement courageuse face au déferlement de critiques qui devraient s’abattre en Flandre en cas de sortie du nucléaire.
  • C’est le chemin de croix des partis flamands (à l’exception récente de Vooruit) dans la Vivaldi: il n’y a rien à gagner et tout à perdre. La politique autrement, en équipe, sans les invectives permanentes, ne se concrétise pas du tout sur le terrain.
  • Au niveau des prix, la nouvelle flambée du gaz hier pèsera sur les discussions. Le gouvernement discuterait d’ailleurs d’une aide d’urgence aux consommateurs. Les prix de gros s’envolent: 22% sur la journée d’hier, 90% depuis le 1er décembre et 800% depuis un an.
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