Money time pour la sortie du nucléaire : Bouchez déclare que le « plan A » est un échec, De Sutter ouvre la porte à l’extension des centrales nucléaires

Le gouvernement fédéral entre dans une semaine cruciale : le dossier de l’énergie doit enfin être réglé. C’est ce sur quoi insistent pratiquement tous les partenaires gouvernementaux, après des mois de tension autour de la fermeture des centrales nucléaires. Curieusement, juste avant le dernier tour crucial, la vice-première ministre verte Petra De Sutter a indiqué que les centrales nucléaires pourraient rester ouvertes, ce qui a immédiatement fourni des munitions supplémentaires à Georges-Louis Bouchez (MR). Il a déclaré que le « plan A » – la fermeture des sept réacteurs – était un « échec » et a immédiatement demandé que deux réacteurs soient prolongés. L’enjeu politique est important : soit le MR, soit les Verts perdront inévitablement.

Dans l’actualité : Petra De Sutter a soudainement laissé une porte entrouverte samedi.

Les détails : la sortie du nucléaire semblait pourtant en vue.

  • Samedi matin, de nombreux partenaires de la coalition Vivaldi ont froncé les sourcils. Car sur Radio 1, la vice-première ministre des Verts, Petra De Sutter, a soudainement déclaré ceci : « Si le plan A est écarté, la sécurité d’approvisionnement du plan B doit être prise en compte. » La vice-première ministre vient-elle d’ouvrir doucement la porte pour maintenir ouverts deux des plus jeunes réacteurs nucléaires, Doel 4 et Tihange 3 ?
  • Après tout, l’accord de coalition stipule clairement que trois réacteurs nucléaires à Doel et deux à Tihange, les plus anciens, seront de toute façon fermés en 2025. Mais pour les deux réacteurs les plus récents, il existe une possibilité « si la sécurité de l’approvisionnement n’est pas garantie ». Le plan A est de tout fermer, le plan B est de garder ces deux réacteurs ouverts.
  • Tout le monde a immédiatement repris l’information : les Verts, eux aussi, étaient donc toujours à la recherche d’un « plan B ». Le fait que De Sutter ait également déclaré que « nous devons être sûrs à 100 % que l’offre est suffisante » a été immédiatement noté par tous les observateurs. Ce qui est moins le cas de cet élément en note de bas de page: « C’est le cas pour la sortie du nucléaire. » La ministre a aussi ajouté : « Les risques que l’offre ne soit pas suffisante semblent être plus importants avec la prolongation qu’avec la sortie. »
  • Entre-temps, Bouchez a fait campagne tout le week-end : à chaque média qui a voulu lui donner une tribune, il a répété que la fermeture serait absurde, et a cité l’exemple des Pays-Bas, qui maintiennent une très vieille centrale ouverte plus longtemps que prévu et vont construire deux nouvelles centrales nucléaires.
  • Lors de l’émission De Zevende Dag, c’était à nouveau le branle-bas de combat : « Le plan A est mort. La centrale au gaz de Vilvorde est trop incertaine ; même si elle est autorisée, elle fera certainement l’objet d’une action en justice. De plus, le temps est compté. Le grand avantage du plan B est que les centrales nucléaires sont déjà là. Mais si on ne fait rien pour ce plan B maintenant, cela deviendra impossible là aussi. »
  • La Vivaldi semble ainsi entrer dans la semaine cruciale avec le chaos et les rebondissements nécessaires dans ce dossier. Cependant, l’heure tourne : presque tous les chefs de partis de la coalition nous ont confirmé la semaine dernière que le dossier devait être réglé cette année. Il faut le faire cette semaine, car rien ne se passera après Noël, ce samedi.

Pourquoi cette confusion ? Les Verts se gardent bien de passer pour des « dogmatiques ». Peut-être un peu trop.

  • Quiconque suit le dossier de la sortie du nucléaire dans les coulisses ne doute pas une seconde de ce qu’était et qu’est toujours la position de Groen et d’Ecolo : toutes les centrales doivent fermer.
  • Meyrem Almaci et Jean-Marc Nollet, les présidents de Groen et d’Ecolo, n’ont jamais dérogé à ce qui, selon eux, a été décidé à l’été 2020 lors de la formation de la Vivaldi. Qui n’est rien d’autre que ce qui a été décidé 20 ans plus tôt par la coalition arc-en-ciel.
  • Une réalité politique, donc, mais qui s’exprime de manière beaucoup plus floue dans l’accord de coalition : la porte est restée ouverte pour conserver les deux centrales les plus jeunes. Mais tant Nollet qu’Almaci ont toujours été clairs à ce sujet : cela ne pouvait tout simplement pas se faire. Mais tous deux ont bien retenu la leçon de ce premier règne des Verts, dans le gouvernement Verhofstadt I : les écologistes doivent se comporter en « bons administrateurs », plutôt qu’en dogmatiques.
  • Ainsi, la ministre compétente Tinne Van der Straeten répète sans cesse que son approche est « technocratique » et qu’elle prend simplement des décisions rationnelles, détachées de toute émotion : « Avancer sans drame », tel est le slogan, même si, dans la pratique, ce n’est pas toujours la façon de faire de sa cellule de communication.
  • Dans la pratique, ce positionnement signifie que Groen et Ecolo envoient constamment des messages qui semblent quelque peu dissonants. Le but est la sortie complète, mais ils laissent la porte ouverte à tout moment. Ces dernières semaines, les messages suivants ont été entendus :
    • « L’énergie nucléaire n’est pas exclue en principe », pour autant qu’elle soit « sûre et sans déchets ».
    • En outre, ils ont laissé la porte ouverte à « l’exploration de nouvelles centrales », bien qu’ils ne souhaitent pas modifier la loi sur la sortie du nucléaire à cette fin.
    • « Si le plan A est écarté, le plan B doit être examiné. »
  • La question est de savoir s’il est sage de maintenir cette approche quelque peu ambiguë jusqu’au bout. Parce que pendant ce temps, l’opposition va crescendo.

L’essentiel : le front uni entre le MR et la N-VA est devenu si fort qu’il en devient presque gênant. Il pèse sur la discussion.

  • Comme nous l’avons déjà mentionné, Georges-Louis Bouchez a répété ce week-end dans toute une série de journaux et de chaînes de télévision que les centrales nucléaires devaient rester ouvertes, profitant ainsi du « premier pas » de De Sutter.
  • Une fois de plus, Bouchez semblait fonctionner presque en symbiose avec son co-président des centrales nucléaires : Bart De Wever (N-VA). Pour la première fois depuis des années, il a écrit un article d’opinion pour De Standaard, dans lequel il a inclus quelques passages marquants :
    • « L’accord de coalition engageait Van der Straeten à étudier toutes les pistes de réflexion possibles. Mais en réalité, elle n’a poursuivi que l’étape de base. Il n’y a jamais eu de travail législatif préparatoire pour retenir une extension comme option d’urgence. Les études nécessaires à l’évaluation de l’impact environnemental n’ont pas non plus été réalisées et le scénario d’extension n’a pas été discuté avec la Commission européenne », a-t-il attaqué frontalement la ministre de l’Énergie.
    • « Que le Premier ministre, en tant que gardien de l’accord de coalition, ait continué à soutenir l’approche de la ministre au lieu de lui rappeler ses devoirs est une négligence coupable », a-t-il également ajouté, pointant du doigt la responsabilité d’Alexander De Croo (Open Vld). Ce dernier point est peut-être le seul sur lequel De Wever et Bouchez diffèrent dans ce dossier : le président de la N-VA attaque ouvertement le Premier ministre, Bouchez ne l’exprime qu’en coulisses.
  • Cette symbiose entre Bouchez et De Wever rend les choses encore plus difficiles dans ce dossier pour la Vivaldi : si les centrales nucléaires restent finalement ouvertes, non seulement le MR remportera immédiatement une énorme victoire, mais De Wever pourra également lever les bras. Mais si le MR se loupe, les commentaires du siège de la N-VA seront d’autant plus critiques.

Étonnant : le CD&V, un maillon crucial de la coalition, semble maintenant ralentir le dossier.

  • L’Open Vld s’oppose depuis des semaines au MR : la famille libérale est fermement divisée. Car De Croo a déjà clairement fait savoir que, contrairement à Bouchez, il se tient aux côtés de sa ministre Van der Straeten et qu’il veut simplement se débarrasser du dossier, et donc y compris des centrales nucléaires.
  • Mais une fois de plus, les socialistes et les autres partenaires du gouvernement ne sont pas particulièrement satisfaits de la manière dont le Premier ministre traite (ou ne traite pas) le dossier : « Cela va beaucoup trop lentement, et vous vous rendez vulnérable en tant qu’équipe. Pourquoi les décisions ne sont-elles pas prises ? », s’interroge un parti concerné.
  • Le fait que le président de l’Open Vld, Egbert Lachaert, après quelques hésitations, ait soudainement qualifié les centrales nucléaires de « cadavre qu’on ne peut plus maintenir en vie » début décembre, a en tout cas levé toute ambiguïté : pour l’Open Vld le dossier est clos, les centrales doivent fermer.
  • Mais le MR met discrètement quelques espoirs dans le CD&V. Le vice-premier ministre Vincent van Peteghem (CD&V) a exprimé ses préoccupations plus tôt, et vendredi, il les a réitérées. C’est une position quelque peu différente de celle du président Joachim Coens (CD&V), pour qui la fermeture de toutes les centrales nucléaires semblait être une affaire réglée la semaine dernière.
  • Vendredi, le Premier ministre De Croo a porté le dossier au sein du kern, où Van der Straeten a fait le point . La conclusion que la nouvelle centrale au gaz prévue à Vilvorde reste un facteur d’incertitude majeur a été déterminante. Il y a non seulement le refus de la ministre flamande de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA) d’accorder un permis, mais il y a aussi la résistance juridique d’autres personnes (y compris des résidents locaux). La centrale électrique reste donc incertaine.
  • Van der Straeten a proposé des alternatives : la loi sur les subventions aux centrales électriques au gaz pourrait être modifiée, ce qui donnerait une chance à ceux qui n’ont pas remporté la première enchère. Cela concerne les centrales de Seraing et de Manage, toutes deux en Wallonie. C’est ce qu’on appelle le « plan A-bis ».
  • Van Peteghem a immédiatement réagi, affirmant que rien n’avait encore été décidé. Et il l’a répété publiquement dimanche : tout est encore possible, plan A, plan A-bis… « Et puis il y a la piste B, avec l’extension des centrales nucléaires. Aucune option n’a encore été écartée », a-t-il déclaré.
  • Cette semaine, le Premier ministre De Croo devrait à nouveau porter la question au sein du kern. Et puis le rideau tombera enfin sur ce dossier.
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