Un Premier ministre et deux belles-mères : Magnette (PS) et Bouchez (MR) mettent douloureusement à nu, une fois de plus, le problème essentiel de la Vivaldi

Alors qu’un dossier hautement symbolique est sur la table – la sortie du nucléaire – les deux présidents des plus grands partenaires de la coalition, PS et MR, ont secoué la Vivaldi ce week-end. Dans ce processus, l’autorité du Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) s’érode de plus en plus. Paul Magnette (PS) a même adressé une attaque directe : « Il y a vraiment un problème d’approche et de méthode dans ce gouvernement », a-t-il déclaré froidement. Bouchez, quant à lui, se vantait ouvertement sur la VRT à propos de ses ambitions de devenir Premier ministre en 2024, après quoi il a versé de l’huile sur le feu dans le dossier de l’énergie. Le Premier ministre De Croo a répliqué ce matin : « C’est la méthode qui donne du souffle à une solution à long terme pour ce pays. C’est une méthode qui fonctionne. »

Dans l’actualité : Une semaine importante pour Vivaldi.

Le détail : Qu’en est-il de la sortie du nucléaire, mais aussi de ce gouvernement ?

  • « Non, je ne joue pas du tout le rôle du Premier ministre fantôme. » C’est la première chose que Pascal Vrebos, célèbre journaliste de RTL-TVi et présentateur de L’invité, a lancée à Paul Magnette, le puissant président du PS. Ce dernier a immédiatement dû se mettre sur la défensive.
  • « J’ai fait ce gouvernement avec Alexander De Croo, et à un moment donné, j’ai moi-même pris la décision. Je lui ai dit: ‘Tu peux devenir Premier ministre’, parce que les deux plus grands partis flamands n’étaient pas dedans, et nous avions besoin d’un Premier ministre flamand », s’est justifié Magnette, expliquant pourquoi ce n’est pas lui, mais le leader du septième parti du pays, qui était au Seize.
  • Mais Vrebos n’a pas reculé, rappelant le « psychodrame » qui s’est déroulé au kern il y a quinze jours : une réunion marathon de 13 heures pour décider d’une éventuelle vaccination obligatoire pour le secteur des soins de santé. « N’avez-vous pas brisé cet accord ? », voulait savoir le journaliste. « Les gens disent qu’il y avait un accord, mais il n’y en avait pas. Il y a un problème dans la méthode, dans le fonctionnement de ce gouvernement », a répondu froidement Magnette.
  • Ce faisant, il a précisé qu’il ne voulait pas « faire d’attaque personnelle », mais que cela s’applique « de manière générale ». Mais quiconque parle de la méthode et de l’approche ne peut que regarder le Premier ministre, le patron et le responsable en bout de chaîne. Et De Croo a reçu un coup après l’autre de la part Magnette.
    • « Les préparatifs se font vite, vite, vite », a-t-il dit.
    • « On a des discussions sans textes. »
    • « On fait des annonces comme quoi il y a un accord alors qu’il n’y en a pas. Il en va de même pour la nuit sur le budget. Certains ont soudainement annoncé un accord à deux heures du matin, alors que ce n’était pas du tout le cas », a-t-il pesté à l’encontre du vice-premier ministre de l’Open Vld, Vincent Van Quickenborne.
    • « Et quand on regarde les textes après coup, il faut refaire tout le match. Ce n’est pas possible. »
    • « Il y a vraiment un problème de méthode. Nous devons mieux préparer cela. Il en va de même pour les comités de concertation. Ils ne sont pas bien préparés, ils prennent des mesures, puis une semaine plus tard, ils doivent se réunir à nouveau. Ce n’est pas acceptable. Ce dont nous avons besoin, c’est de la clarté et des décisions », a-t-il ajouté. Difficile d’y voir autre chose qu’une attaque contre le Premier ministre, alors qu’il s’agit peut-être du seul domaine dans lequel la Vivaldi a vraiment marqué des points jusqu’à présent: la gestion de crise sanitaire.
  • Et lors du débat sur la vaccination obligatoire pour tous, au cours duquel le Premier ministre De Croo s’était férocement emporté, accusant les partisans d’une telle obligation de « paresse politique », Magnette a rétorqué avec virulence : « C’est dommage que les gens alimentent le débat de cette manière. De Croo est contre, je suis plutôt pour, mais nous avons besoin d’un débat ferme. Un Premier ministre ne doit pas opposer les Belges les uns aux autres, ne doit pas les diviser. Nous ne devons pas les stigmatiser. Appeler cela de la paresse n’est pas acceptable. Ce n’est pas respectueux et ce n’est pas juste. »
  • Le langage corporel de Vrebos, stupéfait, qui écoutait tout cela de la bouche du président du plus grand parti et de la plus grande famille politique de la Vivaldi, en disait long : plus qu’une simple tape sur les doigts pour le Premier ministre, c’était une gifle, un coup de gueule.

Et pendant ce temps : Quasi au même moment, le président du MR Georges-Louis Bouchez vidait également son sac sur une autre chaîne de TV.

  • Alexander De Croo n’était pas le sujet central ici. Sauf que Bouchez s’est visiblement amusé de la possibilité qu’il puisse devenir Premier ministre en 2024, « parce que d’ici là, j’aurai appris le néerlandais », a-t-il assuré. C’est un secret de polichinelle que Bouchez s’échauffe déjà pour le poste de Premier ministre et qu’il consacre donc une grande attention à la Flandre. Le fait qu’il y ait un autre Premier ministre, lui aussi libéral de renom, n’a aucune importance pour Bouchez.
  • Car lors de l’émission De Zevende Dag, le président du MR a une nouvelle fois compliqué la tâche du gouvernement, avec la décision complexe qui l’attend : la sortie du nucléaire. Sur la VRT, on aurait dit qu’il répétait un « best of » de ses récentes déclarations dans ses innombrables interviews sur l’énergie nucléaire:
    • « La ministre Tinne Van der Straeten (Groen) doit apporter une réponse à ces trois conditions et élaborer un plan alternatif qui maintienne les centrales nucléaires ouvertes. Ce qui me surprend, c’est que je n’ai aucune information sur ce plan B. Si la ministre n’a travaillé que sur le plan A – une sortie complète du nucléaire – alors elle a un problème avec l’accord de coalition », a-t-il répété.
    • « Je reste dans le cadre de l’accord de coalition. Nous n’avons aucune certitude sur l’approvisionnement, nous n’avons aucune certitude sur les prix et les centrales à gaz qui vont être construites, elles vont émettre des millions de tonnes de CO2. »
    • « Nous voulons faire tout ce que nous pouvons pour que la Belgique ne manque pas d’électricité. Nous n’allons pas demander à tous les Belges d’acheter un groupe électrogène et un jerrican d’essence », a-t-il caricaturé.
    • « Il y a un nouveau rapport d’Elia (gestionnaire du réseau haute tension, ndlr) qui dit que nous pourrions avoir des problèmes d’approvisionnement dès l’hiver 2026 si nous arrêtons toutes les centrales nucléaires », a-t-il affirmé.
  • Encore une fois : aucune sérénité dans le gouvernement alors qu’il doit franchir une étape importante: la fin des centrales nucléaires. Tout en sachant que la N-VA, le plus grand parti d’opposition, a tout misé sur une guerre de communication autour de la sortie du nucléaire, ce n’est vraiment pas un geste loyal de la part du MR qui joue solo.

Le dossier à venir : La sortie du nucléaire.

  • « Au plus tard fin novembre », a toujours dit la Vivaldi à propos du dossier de l’énergie, donc aujourd’hui ou demain, Van der Straeten doit déposer son rapport final. Les Verts sont très confiants : la sortie fait partie de l’accord de coalition, et elle devra donc être honorée.
  • Parmi toutes les déclarations que Bouchez a faites entre-temps, il en est une qui a été très bien notée par tous les partenaires de la coalition : le président du MR n’est pas prêt à provoquer une crise gouvernementale. Il faut donc comprendre que c’est surtout de l’esbroufe politique, un positionnement du MR par rapport à ses propres électeurs.
  • De plus, au sein du kern, une chose est claire depuis l’élaboration du budget : la vice-présidente du MR, Sophie WIilmès, ose lâcher son président quand c’est vraiment important. Elle l’a fait sur le thème du football professionnel, le soir du budget. Les Verts l’ont bien remarqué : « Elle n’est pas comme Pierre-Yves Dermagne (PS) qui est complètement à la merci de Magnette. »
  • Le Premier ministre De Croo s’est également montré apaisé ce matin sur la RTBF: « Ces centrales nucléaires ne sont pas le seul élément de la démarche. Ce n’est pas une question marginale, mais il y a beaucoup plus que cela. Il y a des centrales à gaz, oui, dans ces plans, mais aussi des batteries et beaucoup d’autres choses. Notre avenir dans le domaine des énergies renouvelables sera celui de l’innovation technologique ; les nouvelles technologies nous aideront », a-t-il affirmé en tournant un peu autour du pot.
  • Et au sujet de l’approvisionnement en énergie, dont Bouchez a dit qu’il n’était pas garanti, il a partagé un rare trait d’humour à l’encontre du président du MR : « Je ne sais pas comment le MR a lu le rapport qui n’est pas encore prêt, mais on va regarder ça ensemble. »
  • Il n’est néanmoins pas encore tout à fait clair si la sortie du nucléaire sera bien actée après le rapport final de la ministre Van Der Straeten, dans la mesure où la centrale à gaz de Vilvorde, qui fait partie du mécanisme de compensation, n’a pas obtenu de permis de bâtir de la part de la ministre flamande Zuhal Démir (N-VA). Un report de la décision est évoqué le temps de trouver une solution de remplacement. Une solution de remplacement qui existe d’ailleurs.

L’essentiel : plus personne ne semble être surpris par les déclarations offensives.

  • Cette coalition, et sa perception dans la presse : cela reste une chose étonnante. Que s’est-il passé dans les médias après la terrible nuit sur le budget ? Qu’a-t-il été dit et écrit après la longue réunion nocturne de 13 heures qui avait tous les aspects d’une crise gouvernementale ? Y a-t-il une seule réelle réaction après qu’un président de parti ait critiqué frontalement la méthodologie de la Vivaldi ? Cela donne à réfléchir, de voir à quel point tout le monde s’est habitué à la cacophonie générale de la coalition fédérale.
  • Dans n’importe quel gouvernement normal, les attaques évoquées ci-dessus par le plus grand parti au pouvoir provoqueraient une panique sur la cohésion de l’ensemble. Et les déclarations du MR, deuxième partenaire de la coalition, auraient dû faire passer tous les voyants au rouge sur la question du nucléaire. Mais la vérité est que les chiens aboient et que la caravane Vivaldi passe.
  • Sur la RTBF ce matin, De Croo a dû répondre à une seule question, à demi-mot, sur les déclarations de la veille de Magnette. Le Premier ministre a donné sa petite explication, sans entraves de la part du journaliste:
    • « Je ne pense pas que ce soit difficile avec ces sept partis dans ce gouvernement. Ce sont sept partis qui prennent l’affaire en main, qui ne laisseront pas le pays dans l’impasse. Tout le monde peut avoir des opinions sur la méthode, mais elle fonctionne. »
    • Dans le même temps, le Premier ministre s’est félicité : « Nous avons pu faire face à la crise sanitaire avec cette méthode, nous avons pu passer un accord social avec cette méthode, augmenter les retraites les plus basses avec cette méthode. »
    • Et il a souligné que « le problème » n’était pas inhérent à son gouvernement : « C’est une méthode qui donne du souffle pour une solution à long terme pour le pays. C’est une méthode qui fonctionne. Et les partenaires, les ministres autour de la table, sont tout à fait d’accord avec cette méthode. Et je n’ai entendu aucune critique à la table. »
  • Ce n’est pas la première fois que l’on entend ce message de la part du Seize, à savoir qu’au sein du kern, tout va bien, et que les présidents ne comptent pas vraiment. Le problème est ailleurs, ce sont les « belles-mères ».
  • D’autres sources éminentes au sein de Vivaldi soulignent finement que Magnette est en fait un peu amer: « Il regrette de ne pas être devenu Premier ministre lui-même, il a plus les poings liés en tant que président. Depuis cet été, ses frustrations font régulièrement surface. Et donc, il tire de plus en plus sur ceux qui l’ont privé de la chance d’entrer au Seize. »
  • Et quand bien même, au sujet de la coalition, il y a toujours une règle d’or: quelle est l’alternative ? Magnette a déjà clarifié une chose ce dimanche : il a nié toujours entretenir des contacts avec Bart De Wever (N-VA): « Seulement une fois, dans le cadre de notre rôle de bourgmestres, et de la lutte contre la drogue. »
  • Il a ajouté spontanément : « Je ne veux pas démanteler la Belgique avec la N-VA, je ne le ferai jamais. L’échec des pourparlers a montré qu’il était impossible d’y parvenir avec la N-VA, le PS et les libéraux. Je ne veux pas d’une réforme qui affaiblirait la sécurité sociale ou qui affaiblirait la Belgique. » Le contraire ne pourrait que surprendre : Magnette n’a aucune envie de faire un gros cadeau au MR, en se prononçant soudain ouvertement pour le confédéralisme et en entrant trop visiblement dans la logique de De Wever.
  • Ainsi, la porte est fermée, il n’y a pas d’ouverture pour la N-VA, pas « d’autre voie » que la coalition actuelle. Tant qu’il n’y a pas de nouveau scrutin fédéral, personne ne doit s’y attendre publiquement.
  • Mais en même temps, la référence de Magnette à « un manque de transparence » pendant les interminables négociations pour une coalition fédérale était particulièrement révélatrice: « Un certain nombre de personnes n’ont pensé qu’à leurs propres ambitions, leur propre carrière, leur propre stratégie à court terme, cela n’a pas aidé », a-t-il déclaré. Il n’a pas mentionné de noms, la rue de la Loi en sait assez.

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