Le drôle de confinement de la Turquie, où les locaux doivent laisser le champ libre aux touristes

A Istanbul (Turquie), les citoyens turcs ne peuvent pas sortir le week-end, contrairement aux touristes – Isopix

Il y a dix jours, les autorités turques ont ordonné la mise en place d’un confinement très strict. Comme partout, les mesures ont leur lot de détracteurs. Mais en Turquie, les critiques des locaux semblent plus justifiées qu’ailleurs. En effet, les touristes peuvent, eux, continuer à déambuler librement dans les rues.

Depuis la mi-novembre, la Turquie fait face à une très forte résurgence du coronavirus. Ces derniers jours, on y recense près de 30.000 nouveaux cas chaque jour. Le nombre de morts augmente lui aussi dangereusement. Aujourd’hui, 16.646 Turcs ont perdu la vie des suites d’une infection au coronavirus.

En quelques semaines, le nombre de cas de coronavirus en Turquie a explosé –

Dans un premier temps, les autorités turques ont décidé d’imposer un couvre-feu s’appliquant aux personnes âgées (65 ans et plus) et aux plus jeunes (moins de 20 ans). Début décembre, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan a décidé de prendre le taureau par les cornes. Désormais, toute la population est concernée par les mesures: confinement total le week-end et couvre-feu (de 21h à 5h) en semaine. Les personnes qui se trouvent dehors lors de ces périodes et qui ne peuvent pas l’expliquer par des impératifs professionnels doivent payer une amende de 3.150 livres turques (330 euros).

Exception pour les touristes

Tous les ressortissants turcs sont concernés par ces mesures… mais pas les touristes. Ainsi, lorsqu’un policier contrôle une personne qui se balade en rue le week-end ou la nuit (en semaine), celle-ci n’est pas sanctionnée si elle prouve avec ses documents d’identité qu’elle est étrangère.

Vous l’aurez compris: pendant que les Turcs passent leurs week-ends entre leurs quatre murs, les touristes profitent de la quiétude de leurs villes. Comme le fait remarquer le New York Times, ils peuvent même visiter les musées et manger dans les restaurants des hôtels, alors que les autres restaurants sont fermés.

Le passe-droit des touristes démarre d’ailleurs dès leur arrivée en Turquie. Alors que de nombreux pays imposent un test négatif au Covid-19 et/ou une quarantaine, la Turquie demande uniquement de remplir un formulaire d’information et de passer un contrôle sanitaire. Si on ne présente pas de symptômes du coronavirus, on peut entrer dans le pays. Rappelons toutefois que le ministère belge des Affaires Etrangères indique que tous les voyages vers la Turquie sont ‘strictement déconseillés’.

Pilier de l’économie turque

Si les autorités turques permettent aux visiteurs étrangers de se soustraire aux mesures de confinement, c’est parce que le tourisme revêt une importance majeure pour l’économie nationale. D’après le rapport de 2019 du World Travel & Tourism Council’s (WTTC), le tourisme représente 11,3% de l’économie turque. De plus, toujours d’après ce rapport, 9,4% des emplois seraient directement liés au secteur touristique.

Insider, qui a interrogé plusieurs citoyens turcs, indique que la population est assez mitigée face à cette exception dont bénéficient les touristes. D’une part, ils savent à quel point le tourisme est important pour leur pays. D’autre part, ils remarquent qu’il y a tout de même très peu de touristes qui osent voyager dans leur pays et que ceux-ci ne sont de toute façon pas très dépensiers. Ils se demandent si le jeu en vaut réellement la chandelle, inquiets de voir toutes les courbes du Covid-19 continuer de grimper.

Les experts, eux, se montrent plutôt perplexes quant à l’efficacité de ces mesures sélectives. ‘Les cas ont augmenté en Turquie au cours des dernières semaines. Les responsables de la santé publique devront donc surveiller de près le nombre de cas et s’assurer que les mesures générales (ndlr: port du masque, interdiction de grands rassemblements, …) sont bien respectées, y compris par les touristes’, a déclaré le Dr Preeti Malani, professeur de médecine dans la division des maladies infectieuses de l’Université du Michigan à Insider.