Le digne successeur de Sepp Blatter: les grandes manœuvres africaines de Gianni Infantino pour rester à la tête de la FIFA

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, travaille activement à sa future réélection. En fin de mandat à l’horizon 2023, le successeur de Sepp Blatter sait qu’une reconduction à son poste passera nécessaire par l’Afrique. Il a donc minutieusement avancé ses pions sur le continent, à quelques jours du renouvèlement du bureau de la Confédération africaine de Football (CAF), comme le rapporte le quotidien français L’Opinion ce mardi.

À force de tractations en tous genres, Gianni Infantino est finalement parvenu à ses fins: un consensus a pu être obtenu autour de ‘son’ candidat, l’homme d’affaires sud-africain Patrice Motsepe, comme prochain président de la Confédération africaine de Football. Si le vote doit avoir lieu le 12 mars prochain, son issue ne fait plus vraiment de doute. Le dernier rival de Motsepe encore en lice, l’Ivoirien Jacques Anouma, a finalement jeté l’éponge pour se rallier derrière la candidature du milliardaire originaire de Soweto.

S’il a longtemps donné l’impression de soutenir le Mauritanien Ahmed Yahya, Gianni Infantino a finalement opté pour Patrice Motsepe, et ce pour deux raisons principalement, selon le journaliste sportif du média Jeune Afrique, Alexis Billebault, cité par L’Opinion. ‘Gianni Infantino, qui voue un véritable culte à l’argent, est évidemment tombé sous le charme discret de la troisième fortune de la Nation arc-en-ciel’, affirme-t-il. ‘Infantino souhaite aussi une amélioration de l’image de la CAF, passablement écornée par plusieurs années de scandales financiers, avec un président vierge de tout lien avec le sortant, le Malgache Ahmad Ahmad.’

‘Deal de Rabat’

C’est le 28 février dernier que tout semble s’être joué. Deux émissaires de Gianni Infantino se sont rendus à Rabat où, sous l’égide de la Fédération marocaine, ils ont pu y obtenir un consensus autour de la candidature du milliardaire sud-africain. Pour faire pencher la balance, les candidats mauritanien et sénégalais, Ahmed Yahya et Augustin Senghor, se sont notamment vu proposer des postes de vice-présidents de la CAF. Une offre qu’ils ont rapidement acceptée.

Jacques Anouma, qui selon les plans de la FIFA ne devait se voir accordé qu’un siège de conseiller spécial, mettra lui plus longtemps à capituler. Mais finalement lâché par son président national, Alassane Ouattara, il n’aura plus guère d’autre choix.

Ce ‘deal de Rabat’ était le point d’orgue des grandes manœuvres lancées par Gianni Infantino, et qui l’ont notamment conduit à se lancer dans une véritable tournée africaine, en jet privé, au cours de laquelle l’homme fort de la FIFA a rencontré une dizaine de chefs d’État et distribué les promesses d’aides financières.

‘Tous les candidats ont rangé leurs épées au fourreau’, résume une source au sein de la CAF à L’Opinion. ‘Il n’y aura plus de bataille pour l’élection. Motsepe sera probablement un président intérimaire qui ne fera qu’un mandat. Il est très pris par ses affaires, ce qui pourrait laisser des marges de manœuvres à Infantino et aux vice-présidents francophones pour diriger l’institution.’

Objectif 2023

Mais si Gianni Infantino se donne autant de mal à réaliser ses desseins africains, c’est principalement parce que son propre poste à la présidence de la FIFA, qui sera remis en jeu en 2023, en dépend.

‘Infantino a besoin des voix de l’Afrique pour être réélu alors que ses relations ne sont pas au beau fixe avec les autres confédérations’, résume le journaliste du journal L’Equipe, Hervé Penot. Le continent dispose de 54 voix sur 209 lors de l’élection du président de la FIFA. Il s’agit donc, avec l’Europe (55 voix) et l’Asie-Pacifique (47), d’un des plus gros pourvoyeurs de votes.

Toujours dans la même optique, ce n’est donc probablement pas un hasard si l’Asie (la Chine, puis finalement le Japon, suite à la pandémie de Covid-19) a été choisie pour accueillir le Mondial des clubs 2021 et que le Conseil de la FIFA a attribué la Coupe du monde féminine 2023 à l’Australie et la Nouvelle-Zélande, avance encore L’Opinion.

Et histoire, sans doute, de s’attirer encore un peu plus certaines bonnes grâces, Gianni Infantino serait également en train de faire du lobbying pour qu’un groupe chinois obtienne les droits d’image des compétitions de la CAF, précise encore la source de L’Opinion au sein de la Confédération africaine de Football.

La FIFA a-t-elle finalement évolué depuis l’époque de Sepp Blatter? Ici aucune corruption encore avérée, mais une indicible étiquette de l’entre-soi.

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