« Le bitcoin était ‘le canari dans la mine de charbon’, nous avertissant que l’inflation arrivait, que les banques centrales étaient en faillite et que le régime de la monnaie fiduciaire était à bout de souffle »

Si le bitcoin est le nouvel or, de quoi a-t-il besoin pour égaler la capitalisation du marché de l’or ? Cette question a été posée par le milliardaire de la technologie Peter Thiel lors de la conférence Bitcoin 2022 à Miami, aux États-Unis. Thiel est le cofondateur de PayPal et également l’un des premiers investisseurs de Facebook, qu’il a quitté depuis.

Selon M. Thiel, la capitalisation boursière actuelle d’Ethereum (386 milliards de dollars) est défendable, car elle est comparable à celle de la plateforme de paiement mondiale VISA (460 milliards de dollars). L’Ethereum a encore du chemin à faire en tant que plateforme de paiement, elle est encore trop lente et trop chère, mais cela va changer à l’avenir, a-t-il déclaré.

Mais si l’on compare la capitalisation boursière du bitcoin (831 milliards de dollars) à celle de l’or (12 000 milliards de dollars), la cryptomonnaie n’est pas à la hauteur de son objectif pour l’instant.

« L’or est un enfant des années 1970 »

Selon M. Thiel, la popularité de l’or doit être recherchée à la fin des années 1970, lorsque pour chaque dollar investi en actions, un dollar était également investi en or. Quarante ans plus tard, ce rapport est passé à environ 1 sur 10.

« L’or a prospéré dans un environnement de forte inflation, de réglementation stricte et de taxes élevées »

La raison de la popularité de l’or doit être recherchée dans la forte inflation, la réglementation stricte et les taxes élevées de cette époque. Ceux qui ont investi dans des actions n’avaient alors plus grand-chose à la fin du parcours. Parce que vous n’ajustez pas la valeur d’une action pour l’inflation.

Par conséquent, selon M. Thiel, la valeur du bitcoin ne doit pas être comparée à celle de l’or. Il faut plutôt le comparer aux marchés boursiers. Depuis la création du bitcoin, et surtout depuis sa croissance explosive, beaucoup ont défendu le bitcoin comme une valeur refuge. Et surtout comme protection contre l’inflation. Mais depuis quelques mois, le bitcoin semble réagir négativement aux mauvaises nouvelles économiques (guerre, inflation, cours des actions, etc.). Le cours de la cryptomonnaie se redresse également en même temps que les indices boursiers. C’est assez alarmant par rapport au Nasdaq :

  • -6% la semaine dernière (-3,6% pour le Nasdaq)
  • +15% sur un mois (+8,5% pour le Nasdaq)
  • -19% en 6 mois (-4% pour le Nasdaq)

Selon M. Thiel, nous entrons à nouveau dans un environnement économique où nous serons confrontés à une inflation plus élevée et à davantage de réglementation.

Où va le bitcoin ?

La question est donc de savoir où va le bitcoin. Thiel revient sur un passé récent. Il appelle le bitcoin « le canari dans la mine de charbon » qui nous a avertis de l’arrivée de l’inflation. Il nous a fait comprendre que les banques centrales sont en faillite. Et que le régime de la monnaie fiduciaire est à bout de souffle. L’Américain l’a illustré par un graphique montrant que le prix du bitcoin est largement corrélé à celui de l’inflation. Le bitcoin – comme l’inflation – a explosé au cours des 24 derniers mois.

Thiel : « Les gens comme Powell (président de la Fed, ndlr) devraient être extrêmement reconnaissants envers le bitcoin parce que c’est le dernier avertissement qu’ils auront. Ils ont choisi de l’ignorer et ils en paieront le prix dans les années à venir. »

Après quoi il revient à sa question initiale. Pourquoi la capitalisation boursière du bitcoin n’atteint-elle pas encore celle de l’or ? Que faudra-t-il pour qu’une telle chose se produise ?

La réponse est politique

Selon Thiel, c’est devenu une question politique. Les fervents partisans du statu quo actuel (il a mentionné Warren Buffett, Jamie Dimon et Larry Fink) réussiront-ils à paralyser le mouvement ? Ces investisseurs partiaux, selon Thiel, ont un intérêt dans le système actuel de monnaie fiduciaire et de réglementation, contrôlant des milliards d’investisseurs et faisant tout ce qu’ils peuvent pour maintenir le bitcoin en dehors de ce système. Un raisonnement quelque peu étrange, puisque tant Fink que Dimon ont partiellement changé d’attitude à l’égard du bitcoin ces derniers mois.

Mais Thiel a également un agenda politique. Politiquement, il est proche de l’ex-président Donald Trump, dont il a contribué à financer la campagne politique en 2016. Et bien que Thiel soit resté sur la touche pendant l’élection de 2020, il est maintenant apparu comme un meneur de jeu pour le GOP républicain. En donnant des millions aux candidats à la Chambre et au Sénat – y compris trois challengers aux titulaires républicains qui ont voté pour la destitution de Trump.

Thiel a terminé sa présentation avec une photo de Larry Fink. C’est le PDG du plus grand fonds d’investissement du monde, BlackRock. Après quoi, M. Thiel a poursuivi en déclarant que « les entreprises malveillantes qui font la promotion de l’ESG » (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance pour les activités d’une entreprise qui peuvent avoir un impact sur la société) devraient être considérées comme « le véritable ennemi du bitcoin ». Le fait qu’il ait appris de Trump comment jouer devant un public de fanatiques est apparu très clairement.

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