Principaux renseignements
- Les divergences dans les approches réglementaires concernant les stablecoins créent des tensions entre les États-Unis et l’Europe.
- Les États-Unis considèrent les stablecoins comme un outil permettant de promouvoir la domination du dollar, tandis que l’Europe privilégie la stabilité financière et le contrôle des monnaies nationales.
- Ce clivage met en évidence le potentiel des stablecoins à devenir un instrument géopolitique dans la construction de l’avenir de la finance mondiale.
Le débat sur les stablecoins se déplace de plus en plus du marché des cryptomonnaies vers l’arène politique. Les inquiétudes grandissent quant à d’éventuels conflits entre les États-Unis et l’Europe concernant la réglementation de ces actifs numériques.
Différentes perspectives
Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, met en garde contre le fait qu’un manque de règles harmonisées pourrait créer des tensions. Les stablecoins, indexés sur des monnaies traditionnelles comme le dollar ou l’euro, sont perçus différemment de part et d’autre de l’Atlantique. Les États-Unis les considèrent comme un moteur potentiel pour les paiements futurs, en particulier les stablecoins libellés en dollars, dans le but de renforcer la domination du dollar dans les transactions numériques.
En revanche, l’Europe adopte une approche plus prudente. Bailey souligne que certaines stablecoins américaines comportent des risques en période de crise financière. Les utilisateurs pourraient être confrontés à des retards dans l’échange de tokens contre des dollars en raison de leur dépendance vis-à-vis des plateformes d’échange de cryptomonnaies ou des intermédiaires. Cela pourrait amplifier la panique et entraîner des problèmes de liquidité si de nombreux investisseurs tentaient d’effectuer des retraits simultanés.
La proposition de la Banque d’Angleterre
La Banque d’Angleterre prône des mesures de protection plus strictes, proposant des réserves obligatoires auprès de la banque centrale pour les grands émetteurs de stablecoins et garantissant un rachat rapide pour les utilisateurs. Parallèlement, la politique américaine se concentre sur la promotion de la croissance, de la transparence et de réserves adéquates pour adosser les stablecoins.
Cette divergence dans les philosophies réglementaires creuse le fossé entre l’Europe et les États-Unis. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a également exprimé ses inquiétudes quant à l’impact potentiel des stablecoins sur les systèmes financiers, craignant une perte de contrôle sur les monnaies nationales et les économies.
Les stablecoins comme outil géopolitique
Les stablecoins indexés sur le dollar sont perçus comme un outil stratégique permettant aux États-Unis d’étendre leur influence mondiale. Leur adoption croissante pourrait renforcer la position du dollar dans les transactions internationales. La Banque d’Angleterre privilégie un modèle alternatif : des dépôts tokenisés émis par les banques, tirant parti de la technologie blockchain tout en restant dans le cadre bancaire existant. Cette approche est considérée comme plus sûre en raison de son intégration aux systèmes financiers établis.
Le gouvernement américain s’emploie activement à élaborer une nouvelle législation sur les cryptomonnaies, avec des exemples récents tels que le Genius Act, qui réglemente officiellement les stablecoins, et le projet de loi Clarity Act, visant à élargir les règles du marché des cryptomonnaies.
L’Europe craint que les États-Unis n’imposent leur propre modèle de stablecoin au reste du monde avant qu’un consensus international ne soit atteint, transformant ainsi la politique en matière de stablecoins en un champ de bataille géopolitique pour l’influence dans l’économie numérique. (fc)
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