Principaux renseignements
- Pour contrebalancer l’influence des États-Unis et de la Chine, l’Europe doit prendre la tête de l’innovation mondiale en formant une alliance avec des partenaires partageant les mêmes valeurs. Cela affirme le lauréat du prix Nobel Philippe Aghion.
- Cette approche permet aux nations visionnaires d’accélérer le progrès sans avoir besoin d’un accord unanime de tous les membres de l’UE.
- « L’Europe dispose d’une base solide pour devenir un centre mondial de l’innovation, mais son succès dépend de l’adoption d’une politique industrielle et de la réforme de réglementations qui freinent la croissance », dit-il.
Un économiste de renom estime que l’Europe doit jouer un rôle de premier plan dans l’innovation mondiale pour contrebalancer l’influence croissante des États-Unis et de la Chine. Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel 2025 pour ses travaux sur l’innovation et la croissance économique, propose, dans un entretien accordé à Euractiv, qu’un groupe restreint de pays européens collabore avec des partenaires partageant les mêmes valeurs, tels que le Canada. Cette alliance, suggère-t-il, partagerait des valeurs communes et tracerait sa propre voie dans un paysage géopolitique de plus en plus façonné par Washington et Pékin.
Un appel à l’affirmation de soi
Aghion souligne l’importance pour l’Europe de s’affirmer en tant qu’acteur central plutôt que de réagir passivement aux décisions prises par d’autres puissances. Son appel fait écho aux sentiments exprimés par le Premier ministre canadien Mark Carney, qui prône une coopération accrue entre les « puissances moyennes » en réponse à l’intensification de la concurrence mondiale.
Les inquiétudes grandissent en Europe concernant la domination industrielle de la Chine et la dépendance de l’Union vis-à-vis d’États-Unis de plus en plus imprévisibles. Alors que Bruxelles cherche à nouer des liens économiques plus étroits avec des partenaires tels que l’Inde, l’Australie et le bloc du Mercosur, Aghion souligne la nécessité pour un groupe restreint de pays de l’UE d’approfondir l’intégration des marchés si un accord unanime entre les 27 membres s’avère difficile à obtenir.
Accepter des rythmes de progression différents
Il rejette l’idée selon laquelle cette approche constituerait une « Europe à deux vitesses », soulignant que les nations souhaitant progresser à un rythme plus rapide devraient être autorisées à le faire. Les récents bouleversements politiques, notamment la défaite électorale de l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán, sont considérés comme susceptibles d’accélérer les efforts de l’UE en faveur d’une plus grande coordination économique et d’une autonomie stratégique.
Aghion voit le départ d’Orbán d’un œil optimiste, estimant que son successeur favorisera des relations plus constructives avec Bruxelles. Il met en garde les États membres contre toute tentative de monter Washington contre Bruxelles, soulignant l’importance d’éviter un « double jeu ». Le conflit en cours au Moyen-Orient et la crise énergétique qui en résulte sont considérés comme des catalyseurs potentiels de la transition de l’Europe vers les énergies renouvelables et la réduction de ses dépendances extérieures.
Surmonter les obstacles structurels
Aghion se dit confiant dans la capacité de l’Europe à devenir un pôle mondial de l’innovation, citant sa solide base de recherche et son attractivité en tant que lieu de vie. Il reconnaît toutefois l’existence d’obstacles structurels importants qui entravent les progrès. Parmi ceux-ci figure la réticence de l’Europe à adopter une politique industrielle à un moment où tant les États-Unis que la Chine investissent massivement dans des secteurs stratégiques.
Il critique l’accent mis par Bruxelles sur la taxe carbone au détriment d’une politique industrielle verte et attribue les faibles performances de l’UE en matière de croissance et d’innovation à certains aspects de son cadre réglementaire. Aghion soutient que ces règles, bien qu’elles visent à prévenir les conflits internes, ne parviennent pas à promouvoir l’innovation de manière adéquate. Il conclut par un avertissement sans équivoque : si l’Europe ne parvient pas à innover, elle cédera son pouvoir de décision à la Chine et aux États-Unis. (fc)
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