La NASA a trouvé le coupable idéal pour justifier le retard du retour de l’Homme sur la Lune: Blue Origin

Le mois dernier, malgré les multiples rumeurs annonçant un retard de la mission de la NASA visant à renvoyer l’Homme sur la Lune, son patron avait assuré que les délais fixés seraient respectés. Cette semaine, Bill Nelson a pourtant changé son fusil d’épaule. Mais s’il y a du retard, ce sera à cause de Blue Origin.

En plus de rumeurs et d’analyses d’experts extérieurs, un audit publié en août par le Bureau de l’inspecteur général (OIG) de la NASA avait lui aussi conclu que l’agence était dans l’incapacité d’organiser le retour de l’Homme sur la Lune pour 2024.

En cause, de nombreux problèmes dans les préparatifs de la mission. A commencer par le gros retard pris dans le développement des combinaisons lunaires de nouvelle génération, censées permettre aux astronautes de se déplacer plus facilement et plus longtemps sur la Lune. L’OIG avait indiqué que ces tenues ne seraient pas prêtes avant le printemps 2025, rendant totalement impossible l’objectif de renvoyer l’Homme sur la Lune en 2024.

Mais ça n’avait pas empêché Bill Nelson, l’administrateur de la NASA, de confirmer fin août que l’objectif de 2024 restait inchangé, et qu’il serait atteint.

« Rappelez-vous ce qu’a dit le président John F. Kennedy », avait-il clamé. « Nous pouvons faire des choses difficiles. Nous sommes un peuple capable (can-do people) ». Une référence au discours prononcé par l’ancien président américain à l’université Rice en 1962: « Nous avons choisi d’aller sur la Lune au cours de cette décennie et d’accomplir d’autres choses encore, non pas parce que c’est facile, mais justement parce c’est difficile ».

« Vous voulez appeler le juge fédéral et lui demander ? »

Ce mardi, lors d’une conférence de presse, Bill Nelson a toutefois perdu de sa superbe lorsqu’une journaliste lui a à nouveau demandé si la NASA avait bien une chance d’effectuer un alunissage en 2024.

« Vous voulez appeler le juge fédéral et lui demander ? », a répondu le patron de la NASA. « La réponse est que nous ne savons pas à ce stade. Nous allons agir avec toute la célérité voulue dès que nous connaîtrons le domaine juridique, et nous pourrons alors mieux répondre à votre question. »

M. Nelson parle là de la plainte déposée par Blue Origin contre la NASA et SpaceX. L’entreprise de Jeff Bezos conteste le contrat à 2,9 milliards de dollars attribué à sa rivale en vue de construire le prochain atterrisseur lunaire de l’agence spatiale américaine. La société d’Elon Musk a été mandatée pour construire une variante de son vaisseau spatial Starship, optimisée pour l’atterrissage lunaire, nommée Starship HLS. Le tout, pour un prix bien plus abordable que ceux proposés par la concurrence.

Dans sa plainte, Blue Origin allègue que la proposition de SpaceX ne répond pas aux exigences de sécurité de la NASA. Et cette dernière aurait « inexplicablement ignoré les principales exigences en matière de sécurité des vols pour ne retenir que SpaceX ». Une décision jugée « arbitraire, capricieuse et irrationnelle » par la firme de Jeff Bezos.

Comme l’explique Business Insider, Blue Origin conteste principalement le fait que le plan de SpaceX ne l’oblige pas à effectuer des examens de préparation au vol pour les lancements de Starship sans équipage avant son alunissage. Lors d’un tel examen, la NASA et SpaceX s’associent pendant une journée en vue de passer en revue leurs listes de contrôle et de s’assurer qu’ils sont prêts pour le vol. Tant Elon Musk, son fondateur, que SpaceX ont toutefois assuré que de tels examens étaient tout de même bien prévus.

Un procès semblable à un « pile ou face »

Au vu du procès en cours, SpaceX a été contraint de stopper le développement de son atterrisseur lunaire. La NASA a accepté ce gel, demandant en échange un calendrier accéléré au tribunal. Le procès doit donc se terminer dès le 1er novembre.

« Si vous avez une pièce de monnaie, vous pouvez faire un pile ou face pour savoir ce qui va se passer dans la querelle juridique qui se déroule en ce moment », a déclaré Nelson mardi.

« Que va décider le juge fédéral ? » s’est-il demandé. « Quand va-t-il décider ? Quelles sont les autres possibilités juridiques à ce sujet ? Et une fois que nous en saurons plus sur ce genre de choses, alors nous pourrons répondre sur Artemis III, et après cela Artemis IV. »

Avant d’envoyer des astronautes sur la Lune, la NASA prévoit de lancer une mission sans équipage, Artemis I. Prévue pour la fin de cette année ou le début de l’année prochaine, elle consistera en l’envoi du vaisseau spatial Orion autour de la Lune sans passager. Ensuite, Artemis II enverra un vaisseau Orion pour un vol similaire, mais avec des astronautes à bord, fin 2023 ou début 2024. Artemis III permettra ensuite de faire atterrir des astronautes sur la surface lunaire. Et ce n’est que lors de cette troisième mission que la NASA utilisera l’atterrisseur de SpaceX.

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