La Corée du Sud pourrait bien relancer – discrètement – son programme nucléaire militaire

La Corée du Sud veut construire un réacteur nucléaire miniature qui ressemble étrangement à ceux destinés à propulser des sous-marins nucléaires. Le pays nie, mais son président et ses militaires ne cachent pas qu’ils veulent se doter de tels engins afin de maintenir la balance des forces avec un Nord toujours perçu comme dangereux, et qui multiplie les tests d’armes potentiellement atomiques.

Ça a l’air bien anodin, surtout en pleine crise énergétique : près du village de Hampo, en Corée du Sud, le gouvernement de Séoul a annoncé la construction du prototype d’un réacteur nucléaire de poche qui fera partie d’un futur complexe de recherche sur l’énergie atomique – le plus grand de Corée du Sud. Le réacteur modulaire, qui devrait être achevé d’ici 2027, serait similaire à ceux qui alimentent les navires de haute mer tels que les brise-glace et les porte-conteneurs. Mais il pourrait aussi très bien avoir un usage militaire, alertent des experts de l’énergie atomique.

Plutôt qu’un navire civil, ce réacteur de poche pourrait aussi alimenter en énergie un sous-marin nucléaire. Or, la Corée du Sud ne fait pas mystère de son désir d’offrir ce genre de bijou technologique à sa flotte, alors que son grand allié, les États-Unis d’Amérique, s’est toujours opposé aux développement de telles armes dans la péninsule en échange de sa protection.

La course au poisson atomique

Le gouvernement du président Moon Jae-in a plaidé en faveur de la levée de l’interdiction, affirmant que la construction de sous-marins nucléaires est essentielle pour contrer les ambitions de la Corée du Nord, qui pourrait bien faire de même. Le sentiment d’urgence s’est accru au fur et à mesure que les progrès du Nord ont renforcé les inquiétudes quant à l’état de préparation de la Corée du Sud.

Ces dernières années, le Nord a testé une série de missiles balistiques lancés depuis un sous-marin et a annoncé en janvier qu’il travaillait à la conception de son propre sous-marin nucléaire. Bluff ou pas, avec le régime des Kim, on ne sait jamais vraiment.

« Il n’y aura pas de meilleur moyen de traquer, surveiller et dissuader les sous-marins nucléaires nord-coréens que de déployer nos propres sous-marins nucléaires », a déclaré Moon Keun-sik, un capitaine de la marine à la retraite qui a dirigé une précédente tentative de la Corée du Sud de construire ce genre d’engin. « Nous ne pouvons pas dépendre des États-Unis pour le faire à notre place. »

La Corée du Sud dispose d’une flotte non négligeable de 24 sous-marins, mais ceux-ci utilisent des générateurs électriques au diesel, ce qui limite grandement leur autonomie. Le pays a déjà tenté de développer son propre engin à propulsion nucléaire, mais le programme a été abandonné en 2004 après avoir soulevé la controverse.

Un projet qui n’aurait rien de militaire…

Quant à ce nouveau complexe de recherche sur l’atome, le gouvernement nie qu’il a le moindre intérêt militaire, mais selon le New York Times, des experts pointent la similitude du réacteur annoncé et de ses 70 mégawatts de puissance avec les modèles équipant les sous-marins nucléaires américains de première génération, ce qui suffirait à offrir une source d’énergie à la prochaine classe de sous-marins du pays.

L’énergie nucléaire reste un sujet sensible en Corée du Sud, alors qu’elle fournit 29% de l’énergie du pays. Et l’utiliser à des fins militaires – même si on parle toujours de propulsion, pas d’armes – plus encore, même si le président coréen Moon Jae-in s’est déclaré en faveur d’un changement de paradigme: « Il est temps d’acheter un sous-marin nucléaire » durant sa campagne de 2017. Immédiatement après son entrée en fonction, il a exhorté Washington à l’aider à résoudre l’obstacle que pose le traité de 1972, qui devait limiter la course aux armements dans la péninsule divisée en deux pays ennemis, en échange, entre autres, du soutien américain à la construction de l’industrie nucléaire civile.

… Mais le président veut son sous-marin atomique

Jusqu’ici, sans succès, malgré des discussions avec le précédent président américain Donald Trump. Mais ce n’est que partie remise : l’année dernière, le ministère coréen de la Défense nationale a annoncé la construction de six sous-marins supplémentaires. Les trois premiers seront équipés de batteries lithium-ion. Les sources d’énergie des trois autres sous-marins de 4 000 tonnes n’ont pas été révélées. Toutefois, Kim Hyun-cheon, qui était à l’époque le conseiller de Moon pour la sécurité nationale, a déclaré que les sous-marins de prochaine génération de la Corée du Sud seraient à propulsion nucléaire.

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