La Commission relance le débat: ‘Les voyages intra-européens ne représentent pas un risque supplémentaire significatif’

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À l’approche des fêtes, la Commission européenne adopte un discours plus souple à l’égard des voyages et des célébrations de Noël au sein de l’UE. Une annonce qui contredit les indications de certains dirigeants européens dont le président français Macron et le Premier ministre De Croo. Ils avaient pourtant déjà bien du mal à convaincre, aussi bien en interne qu’au niveau international.

Bien que la Commission européenne ne minimise pas la situation épidémiologique du continent, elle estime qu’il n’est pas pertinent d’interdire les voyages durant la fêtes. Selon elle, le virus s’étant propagé dans tous les États membres, un voyage intra-européen n’entraînerait pas de risques supplémentaires. 

Il est vrai que l’ensemble de la carte établie par l’ECDC est en rouge. ‘Bien que les voyages en eux-mêmes soient un facteur de risque, la transmission généralisée et étendue du Covid à travers les États membres signifie que maintenant, les voyages intra-européens ne représentent pas un risque supplémentaire significatif’, fait savoir la Commission européenne.

‘Profiter des festivités’

La Commission recommande en effet aux employeurs de permettre à leur personnel de travailler depuis ‘là où il le souhaite pour profiter des festivités’, et cela ‘quelques jours avant et après les fêtes’. Pour éviter les répercussions, l’institution préconise aussi de prolonger les congés scolaires ou d’éventuellement privilégier une forme d’enseignement à distance pendant un certain temps. Une approche en contradiction avec l’OMS qui estime que les enfants ne doivent pas être ciblés pas les mesures.

La Commission européenne n’encourage pas non plus la quarantaine ou le test pour les voyageurs qui reviennent d’une destination où la situation sanitaire est similaire à celle de leur pays d’origine. Soit l’inverse de ce qui a été annoncé par Alexander De Croo (Open Vld) vendredi dernier, lors du Comité de concertation.

France et Belgique font bloc

Bien que la Commission ne cite jamais vraiment les sports d’hiver, son discours n’en reste pas moins surprenant et en contradiction avec les recommandations formulées par différents États membres.

  • En Belgique, Alexander de Croo a annoncé vouloir mettre en place un système de contrôle aux frontières. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de se coordonner avec la France pour endiguer l’épidémie, surtout en vue des sports d’hiver. Alexander De Croo et Emmanuel Macron sont sur la même longueur d’onde, et veulent rallier à leur cause les autres Etats, dont l’Autriche et la Suisse: ‘S’il y a des pays qui maintiennent des stations ouvertes, il y aura des contrôles pour dissuader les Français (et les Belges)’ et pour ‘ne pas créer une situation de déséquilibre avec des stations en France’, a déclaré hier le président français, alors qu’il rencontrait le Premier ministre belge.
  • En France, Emmanuel Macron a en effet indiqué ce mardi 1er décembre que le gouvernement envisageait de prendre ‘des mesures restrictives et dissuasives’ pour empêcher les Français d’aller skier à l’étranger, notamment en Suisse, alors que les remontées mécaniques seront fermées dans l’Hexagone.
  • En Suisse et au Lichtestein, les autorités et les secteurs concernés font bloc en ce début d’hiver. Après une fin de saison écourtée mi-mars par la première vague, la Suisse a lancé sa saison touristique d’hiver et pourrait bien attirer des voisins frustrés de descente chez eux. Il en est de même au Lichtenstein. L’Espagne et Andorre pourraient faire de même.
  • En Italie, une prochaine ouverture des pistes n’est pas à l’ordre du jour. Giuseppe Conte, le Premier ministre italien, s’est d’ailleurs montré en faveur d’une approche européenne pour lutter contre les entorses au règlement. ‘Ce serait une blague inacceptable de fermer les pistes en Vénétie alors que les gens skient joyeusement de l’autre côté de la montagne’, a-t-il déclaré. 
  • L’Autriche, quant à elle, estime que de telles restrictions feraient perdre pas moins de 2,4 milliards d’euros de revenus au pays.  ‘Si l’UE veut vraiment une fermeture générale, elle doit payer pour cela’ avait déclaré le ministre autrichien des Finances, Gernot Bluemel. Même si l’hiver dernier, les stations autrichiennes se sont révélées être un terrain très propice à la propagation du Covid-19, l’Autriche n’a pas l’air de vouloir céder.

Quelles mesures restrictives pourraient empêcher les touristes européens de se rendre dans des stations suisses ou européennes? En Bavière et en France, une période de quarantaine (respectivement de 10 et de 7 jours) semble d’ores et déjà avoir été établie. En Belgique, Alexander De Croo a déjà prévenu qu’une quarantaine de 7 à 10 jours devra être respectée pour un séjour de plus de 48 heures à l’étranger.

Bref, entre les fêtes à domicile et les vacances au ski, la Commission semble vouloir aller à contre-courant des recommandations et sème la confusion. Et cela ne va pas aider à se dégager du débat qui fait déjà rage ici en Belgique autour des mesures strictes pour Noël (maximum un invité). Aux côtés d’Emmanuel Macron, Alexander De Croo a toutefois rejeté l’idée de revenir sur ces mesures d’ici Noël. Il n’y aura pas de Comité de concertation avant janvier, quoiqu’en pensent les libéraux et les socialistes francophones. Mais ils n’auront certainement pas raté cet avis de la Commission.