Kim Jong-un nomme un ‘premier secrétaire’ pour l’aider: que signifie réellement cette décision pour l’avenir de la Corée du nord?

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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un est en train de remanier le gouvernement de son pays. Kim a nommé un deuxième commandant pour aider à diriger le Parti des travailleurs au pouvoir en Corée. Cela indique-t-il que le dictateur est prêt à déléguer ? Et pourquoi maintenant ? Que fait réellement Kim Jong-un ?

En tant que ‘premier secrétaire’, un titre que Kim a lui-même détenu de 2012 à 2016, cet individu encore inconnu servira de ‘représentant’ du despote auprès du parti.

Selon les experts, ce ‘représentant’ ne serait pas réellement le commandant en second de la Corée du Nord. Ce sera, au mieux, une sorte de secrétaire de direction, une personne qui pourra gérer les opérations quotidiennes du parti. Mais elle n’aura pas le pouvoir de prendre des décisions importantes sans l’accord du chef du pays.

Un changement de style

Au final, cette décision ne provoquera pas un changement dans le statut de Kim Jong-un en tant que chef suprême de la Corée du Nord. Mais il devrait y avoir du changement de style dans le leadership. Cette décision n’est donc pas une énième nomination d’un responsable nord-coréen déjà éminent obtenant plus d’autorité. Mais il s’agit en réalité de la dernière réforme de Kim Jong-un pour que le régime puisse gérer les affaires courantes sans sa contribution directe.

Kim a déjà apporté des changements majeurs à la direction de la Corée du Nord, selon plusieurs observateurs. Ils notent notamment des mesures pour freiner les organes influents du régime, à savoir ceux de l’appareil de sécurité et du mystérieux Département d’organisation et d’orientation. À l’époque du grand-père et du père de Kim Jong-un à la tête de la Corée du Nord, l’armée et les fonctionnaires ont laissé leurs marques dans la direction du pays. La famille régnante craignait toutefois que certains d’entre eux complotent ou fomentent un coup d’Etat, ce qui conduisait souvent à des exécutions.

Se lancer dans les réformes économiques

La volonté d’apporter des changements structurels n’est donc pas nouvelle chez Kim Jong-un. Mais il est assez difficile de comprendre pourquoi un nouveau secrétaire en chef a été nommé maintenant. Les analystes ont toutefois quelques idées.

Ils pensent notamment à la situation économique du pays. La Corée du Nord est actuellement confrontée à de nombreuses crises, allant d’une épidémie de coronavirus dévastatrice à un effondrement économique écrasant. Pour résoudre ces deux crises et tous les autres défis auxquels est confronté le pays, le leader nord-coréen ne peut pas simplement suivre l’ancien manuel du pouvoir pour prendre ses décisions politiques. Il semble vouloir définir une orientation stratégique pour la nation. Il communiquera alors exactement ce qu’il veut à son assistant en qui il a assez confiance – semble-t-il – pour lui laisser prendre les décisions tactiques.

Ce scénario a l’avantage supplémentaire de signaler au monde extérieur que Kim est un réformateur aux idées modernes. On peut voir dans cette décision une tentative de la Corée du Nord de faire de Kim Jong-un un leader ‘normal’ qui règne avec son parti plutôt qu’un dictateur solitaire.

Une deuxième explication est que Kim dit depuis longtemps qu’il veut réformer l’économie nord-coréenne. Mais le problème est qu’elles n’auront que peu d’impact si le gouvernement n’est pas en mesure de fonctionner sans sa contribution constante. Avoir un responsable de confiance pour superviser les mesures qu’il prend peut alors aider à transformer le rêve économique de Kim en réalité.

Maintenir la continuité

Une troisième explication est le maintien de la continuité. Il est bien connu que Kim Jong-un est en mauvaise santé – il est en surpoids et fume. Le Chef suprême du pays veut peut-être s’assurer que le gouvernement pourrait continuer à fonctionner s’il venait à mourir prématurément. Cela ne signifie pas qu’il souhaite créer une Corée du Nord sans un membre Kim à sa tête, mais plutôt qu’il imagine un régime qui peut fonctionner même en l’absence temporaire d’un dictateur.

À l’heure actuelle, on ne sait pas encore qui occupera le premier poste de secrétaire. La plupart des experts pensent que ce sera un ami proche de Kim et un membre du présidium, un comité composé des 5 principaux membres du parti au pouvoir. Les rapports suggèrent que Jo Yong Won, un proche de Kim qui aurait la soixantaine, pourrait obtenir le poste.

Dans l’ensemble, cela signifie deux choses importantes : Kim Jong-un semble avoir un plan en tête pour l’avenir de son pays et il a pleinement confiance en ses propres dirigeants. Il n’abandonne pas son pouvoir – il cherche juste de nouvelles façons de le perpétuer.

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