« Nous n’avons jamais eu une telle crise de l’énergie, et le pire est encore à venir »: le chef de l’AIE annonce la couleur

Le président de l’Agence internationale de l’énergie ne mâche pas ses mots : le monde traverse une grave crise de l’énergie, et le pire est sans doute encore à venir. L’hiver sera très difficile en Europe.

L’offre de pétrole n’arrive pas à suivre la demande. L’Europe veut se débarrasser du gaz russe et cherche d’autres sources, mais Poutine pourrait fermer le robinet avant qu’elle ne les ait trouvées – dans les deux cas, les réserves sont loin d’être remplies pour l’hiver. En plus, le gazoduc Nord Stream est actuellement fermé pour maintenance (et pourrait le rester à la fin des travaux). Le parc nucléaire français ne tourne qu’à la moitié de sa capacité. Tous ces manquements dans l’approvisionnement énergétique conduisent à des hausses des prix dans de nombreux autres domaines, comme l’alimentation. Bref, le monde connaît une sérieuse crise.

Pour le président de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, qui intervenait lors d’une conférence à Sydney, il s’agirait même de la pire crise jamais observée. « Le monde n’a jamais été témoin d’une crise énergétique aussi importante en termes de profondeur et de complexité », explique-t-il.

Hiver et impacts économiques

Mais ce n’est pas tout. Pour le chef de l’AIE, nous ne sommes pas encore au bout de nos peines. « Nous n’avons peut-être pas encore vu le pire – le monde entier est concerné », continue-t-il.

C’est que nous sommes actuellement en été, et à cette période de l’année la demande est traditionnellement moins forte, comme il fait jour plus longtemps et qu’il ne faut pas chauffer les maisons ou les bureaux. Malgré cela, les prix sont aujourd’hui à des niveaux très élevés. Et de plus en plus de voix estiment que dès l’hiver, ceux-ci repartiront en flèche. « Cet hiver en Europe sera très, très difficile », analyse Birol. « C’est une préoccupation majeure, et cela peut avoir de sérieuses implications pour l’économie mondiale. »

Dans tous les cas, il ne semble pas y avoir de solutions immédiates pour inverser la situation. L’Occident veut se débarrasser des produits énergétiques russes en réponse à l’invasion de l’Ukraine, mais trouver d’autres ressources ne se fait pas en un jour. Le renouvelable compte comme une des options primordiales, mais là aussi la mise en place des installations éoliennes et solaires ne se fera pas si rapidement, et la demande croissante de matières premières provoque d’ailleurs une hausse des prix et des goulets d’étranglement sur les chaines d’approvisionnement liées au renouvelable.

La situation restera tendue en temps encore. Des schémas de rationnement deviennent d’ailleurs de plus en plus plausibles, l’Allemagne a par exemple déjà implémenté certaines restrictions, la France l’envisage, et la Belgique tente aujourd’hui de sensibiliser à moins consommer.

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