‘Il règne une grande incertitude autour de la vaccination au sein du personnel soignant à Bruxelles’

Steven Van Gucht mondmasker
Steven Van Gucht – Isopix

Par Arno Meijnen

Le virologue Steven Van Gucht est convaincu que la Belgique atteindra un taux de vaccination de 70% à l’automne. Mais il reste beaucoup de travail à faire, si l’on considère que nous sommes actuellement à environ 3%.

Bruxelles, en particulier, est à la traîne. Jusqu’à présent, notre capitale n’a pu vacciner que 2,2% de sa population adulte contre le coronavirus. Pourquoi?

‘Il y a beaucoup de doutes autour du vaccin’, nous a expliqué Steven Van Gucht par téléphone. ‘Je constate, d’après les nombreuses questions que je reçois, que les gens ne sont pas encore tout à fait à l’aise. Ils ne comprennent pas toujours pourquoi ils doivent être vaccinés. Le gouvernement doit intensifier les campagnes d’information.’

L’influence de la France

‘J’ai bien peur qu’à Bruxelles, il règne une grande incertitude autour de la vaccination au sein du personnel soignant’, estime pour sa part le professeur en médecine générale Dirk Devroey (VUB). ‘Nous l’avons également constaté chez les infirmières et le personnel des centres de soins résidentiels de la périphérie bruxelloise.’

‘Dans les médias francophones, et surtout sur les réseaux sociaux, sont publiés des messages qui se moquent de la réalité’, poursuit-il. ‘Ils donnent des informations erronées sur les vaccinations, avec l’intention délibérée de semer le doute et d’inciter les gens à ne pas se faire vacciner.’

‘Nous savons qu’en Belgique francophone, il y a plus de doutes autour de la vaccination’, abonde Steven Van Gucht. ‘C’est lié à l’influence de la France, qui est historique. La volonté de se faire vacciner est également plus faible pour la rougeole et la grippe.’

‘Je ne sais pas si ça explique tout. Cela me surprendrait’, tempère-t-il toutefois. ‘Parce qu’il y a une grande différence entre Bruxelles et le reste de la Belgique. Je pense que cela est également lié au déploiement des vaccins, aux invitations du gouvernement, etc.’

Une livraison répartie dans 17 pays

Malgré les difficultés auxquelles fait face la campagne vaccination en Belgique, cela n’empêche pas Steven Van Gucht de se montrer optimiste: ‘Nous espérons que les groupes à haut risque, à savoir les personnes de plus de 65 ans et les personnes souffrant de troubles graves, seront vaccinés d’ici la fin du printemps. Il se peut que d’ici la fin de l’été, disons début septembre, nous puissions atteindre notre objectif de 70 %. Au pire, ce sera dans le courant du mois de novembre.’

Des prévisions qui restent cependant à prendre ‘avec des pincettes’, ajoute le virologue. ‘Nous dépendons fortement des livraisons. Les choses peuvent toujours mal tourner à ce niveau. Il suffit de penser aux problèmes que rencontrent AstraZeneca, suite à l’incident en Autriche impliquant une femme qui a développé un trouble de la coagulation. Jusqu’à présent, rien ne confirme l’existence d’un lien de cause à effet, mais il faut toujours prendre cela au sérieux et enquêter correctement. On parle d’un lot distribué dans 17 pays, soit environ un million de doses. La Belgique n’en faisait pas partie.’

Par à-coups

Selon Steve Van Gucht, les problèmes entourant AstraZeneca sont un contretemps qui peut affecter la campagne de vaccination. ‘Ce ne sera pas la dernière fois qu’une telle chose se produit. Plus de 300 millions de personnes ont déjà été vaccinées dans le monde. Vous pouvez imaginer que, de temps en temps, il se passe quelque chose dans les jours qui suivent la vaccination.’

‘Il s’agit maintenant d’attendre davantage de vaccins’, conclut le virologue. ‘Je m’attends à ce que les  quantités augmentent sensiblement au cours du deuxième trimestre (à partir d’avril, ndlr). Johnson & Johnson va arriver sur le marché, Pfizer va augmenter sa production. AstraZeneca connaît des à-coups. Quant à Moderna, nous n’en avons pas commandé beaucoup. Deux millions de doses, cela correspond à un million de personnes. Mais tout cela n’arrive que très lentement.’

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