Henry Kissinger: « Les Etats-Unis ne devraient pas développer l’idée d’une solution à deux Chine, c’est dangereux pour la paix mondiale »

Qu’on ne s’y trompe pas. La principale inquiétude des États-Unis n’est pas la Russie mais la deuxième économie du monde: la Chine. Interrogé sur les propos du président Biden, qui disait hier que les États-Unis seraient prêts à employer la force pour défendre Taïwan, Henry Kissinger estime que son pays ne devrait pas se mêler de trop près de la cuisine interne de Pékin.

Le toujours controversé Henry Kissinger, ancien conseiller des présidents Richard Nixon et Gerald Ford dans les années 70, fêtera ses 99 printemps ce vendredi. Dire qu’il est la voix de la sagesse serait sans aucun doute exagéré, surtout en matière de politique étrangère. Mais celui qui a aussi été appelé « le magicien de la diplomatie » reste une voix écoutée.

Au forum de Davos, l’ancien secrétaire d’État a mis en garde Joe Biden: « Les États-Unis ne devraient pas, par un subterfuge ou par un processus graduel, développer quelque chose comme une solution à deux-Chine. »

« Une confrontation directe doit être évitée et Taïwan ne peut pas être au cœur des négociations », a-t-il ajouté, avant d’encourager le dialogue: « Il est important pour la paix globale du monde que les États-Unis et la Chine atténuent leur relation d’opposition. »

Une relation ambigüe

Ces propos de Kissinger font suite à ceux de Joe Biden, la veille, au Japon, qui disait que son pays serait prêt à défendre Taïwan en cas d’invasion de Pékin. Une déclaration unilatérale qui tranche avec la décision immédiate des États-Unis de ne pas intervenir militairement en Ukraine, avant même l’invasion russe.

Les États-Unis mènent une relation ambigüe avec la Chine et Taïwan. D’un côté, Washington reconnait diplomatiquement la position de la Chine selon laquelle il n’existe qu’un seul gouvernement chinois. De l’autre, les États-Unis ont une relation non officielle avec Taïwan qui consiste à lui fournir de l’équipement militaire de haute qualité pour lui permettre de se défendre et de dissuader la Chine d’unifier unilatéralement l’île.

La Chine communiste affirme en effet que Taïwan fait partie de son territoire et que le gouvernement et ses membres, pourtant démocratiquement élus sur place, ne sont que les descendants de déserteurs.

La Chine a bien sûr condamné les propos du président américain, les qualifiant de « belliqueux ».

Joe Biden est à Tokyo cette semaine – Yuichi Yamazaki/Getty Images.

Indo-pacifique

Joe Biden est à Tokyo cette semaine pour rencontrer les dirigeants des pays indo-pacifiques. Hier, un accord économique a été signé conjointement avec le Japon, la Corée du Sud et l’Australie. Il ne s’agit pas d’un accord de libre-échange, car il existe une pression politique interne, tant à gauche qu’à droite, pour ne plus concocter ce genre d’accords. Mais le président américain entend renforcer les échanges économiques et faire face aux défis actuels: la chaine d’approvisionnement, les pénuries de puces ou encore la décarbonisation. Il s’agit avant tout d’une alliance de circonstance pour peser face à l’immense Chine.

Il ne s’agit pas non plus d’un pacte de sécurité. Pour cela, le groupe de défense Quad a été mis en place en 2007 et comprend les trois pays précités en plus de l’Inde. À ce sujet, le Financial Times annonce une initiative maritime par satellite qui aurait pour but de contrer la pêche illégale chinoise dans l’océan indien, et depuis l’Asie du Sud-Est jusqu’au Pacifique Sud. L’objectif est d’harmoniser les données et les images dans une grande observation commune des océans.

Là encore, l’initiative est très peu appréciée par la Chine. La visite de Joe Biden fait grincer quelques dents, selon le Global Times.

Kissinger sur l’Ukraine

L’ancien diplomate qui a amorcé une époque de détente avec l’URSS en son temps plaide pour un retour au statu quo pour l’Ukraine. La place de l’Ukraine est celle « d’un État tampon » neutre, plutôt qu’une partie pleinement intégrée à l’Europe.

Kissinger a plaidé pour que l’Ukraine abandonne une partie de son territoire et a demandé à ce que l’Occident de ne pas humilier Poutine, qui provoquerait une déstabilisation majeure. L’ancien diplomate espère des négociations dans les deux mois calmer la situation.

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