Georges-Louis Bouchez a placé ses pions, mais il ne pourra se permettre la particip-opposition en Wallonie

Dans cette séquence politique, Georges-Louis Bouchez a fait coup double: il place un proche au gouvernement wallon et il écarte l’une des rares voix qui osaient encore le défier en public. Le président du MR renforce certainement son pouvoir au sein du MR, mais c’est plus incertain en Wallonie, où le MR a déjà été menacé d’expulsion.

Dans l’actu: Adrien Dolimont, pas si novice que ça.

  • Le nouveau ministre wallon du Budget et des Finances a commencé sa carrière politique très tôt, en 2006. Il venait d’avoir 18 ans quand il devient échevin de la commune d’Ham-sur-Heure/Nalinnes, où il est en charge de la Jeunesse et du Folklore, qu’il apprécie particulièrement.
  • Cela a été dit, il s’agit aussi d’une tête bien pleine, doté d’un diplôme d’ingénieur agrémenté d’un doctorat à l’UMons. Outre la politique locale, le trentenaire s’est lancé dans le privé, en créant dernièrement avec deux proches une société spécialisée en photovoltaïque. Il quittera d’ailleurs prochainement le conseil d’administration, a-t-il affirmé.
  • Outre sa jeunesse, il partage un point commun avec son président, Georges-Louis Bouchez: il n’a pu être élu député suite au système d’effet dévolutif de la case de tête. Placé 3e sur la liste, il a pourtant fait un score honorable de 5.000 voix, pas mal pour quelqu’un issu d’une petite commune de 13.000 habitants. Le président du MR voit en lui une potentielle machine à voix, sa fonction lui apportera une plus grande visibilité. Il lui en faudra pour atteindre les 18.000 voix de son prédécesseur.
  • Le Bouchez-boy est en outre issu de la région de Charleroi. Jeune, talentueux, plutôt décontracté, il fait farouchement penser à la version MR de Thomas Dermine (MR), ce qui promet à l’avenir un joli duel.

Le contexte: Bouchez a appris de ses erreurs.

  • Très contesté après le couac du casting ministériel wallon en 2020, Bouchez a habilement manœuvré pour assoir sa position de numéro 1.
  • Dans les faits, le G11 qui devait chapeauter les décisions présidentielles ne s’est jamais réuni formellement. Des élus MR évoquent des discussions informelles sur la ligne du parti, tout au plus.
  • En vérité, Bouchez a appris de ses erreurs. Il n’agit plus complètement seul et s’assure d’avoir la bénédiction de quelques pontes du parti. Principalement Sophie Wilmès et dernièrement Willy Borsus.
  • Cette fois, le casting a été préparé plusieurs jours à l’avance. La passation de pouvoir s’est faite sans heurts, Crucke et Bouchez s’affichant ensemble tout sourire en conférence de presse. On nettoie son linge sale en famille, à l’abris des regards.
  • Les principaux déçus de la démission de Crucke étaient dans les rangs écologistes et socialistes qui regrettaient un bâtisseur de ponts. Du côté des libéraux, il est assez révélateur qu’aucune critique frontale, même en off, n’ait émergé.
  • Une preuve que Georges-Louis Bouchez a renforcé son pouvoir à la tête du MR. Tout le monde est prévenu: il peut faire et défaire les carrières. Critiquer le président en public, vous en payerez plus tard le prix, cela vaut même pour une tête d’affiche comme Crucke, sans oublier le camouflet subi par Denis Ducarme qui lui non plus n’a pas sa langue en poche.
  • Mais qu’en est-il en coulisses ? Le clan reyndersien, affaibli, va-t-il se rebiffer ? Dans La DH, certains élus libéraux voient deux grands déçus de cette séquence: Denis Ducarme et le MR liégeois. Peut-être essayeront-ils de rassembler les déçus autour d’eux pour éviter d’avoir à faire à un hyper-président. Le MR a toujours été un lieu d’affrontement entre fortes personnalités cherchant une carrière politique. Il ne s’agit pas d’une machine bien huilée et verticale comme l’est par exemple le PS.
  • Reste que pour Bouchez, le MR n’a pas changé de ligne politique mais est plutôt revenu à ses fondamentaux, explique-t-il à l’Echo. Un positionnement stratégique: « Je pense que la Wallonie a une offre de gauche bien suffisante et qu’il n’est donc pas nécessaire d’en agiter une de centre gauche. »

L’essentiel: un droit de regard plutôt qu’une particip-opposition en Wallonie.

  • GLB aime répéter qu’en tant que président de parti, il n’est pas le porte-parole d’un gouvernement. C’est certainement visible au fédéral, où il met régulièrement des bâtons dans les roues de la coalition, quitte à fâcher son parti frère l’Open VLD, dans ce que les observateurs appellent la particip-opposition. Il faut montrer dans n’importe quelle circonstance la ligne du parti, même si aucune élection n’est prévue avant 2024.
  • C’est pourtant l’Open VLD qui donne une assurance-vie au MR au sein de la Vivaldi. Seul, le MR n’est pas indispensable. Ensemble, les libéraux sont incontournables. L’exclusion du MR de la coalition fédérale a déjà été évoquée par l’un ou l’autre président de parti ou ministre, mais dans les faits, les libéraux n’ont aucun intérêt à se scinder. Les libéraux flamands, seuls, se feraient bouffer par les socialistes.
  • Mais cette variable n’existe pas en Wallonie où le MR ne représente que lui-même. Et là, la menace s’est déjà faite beaucoup plus concrète. L’exécutif wallon a toujours fonctionné dans une bonne entente, les ministres MR jouissant d’une large autonomie, loin des interférences présidentielles. Mais à chaque fois que Bouchez a tenté un coup, on lui a brandi la menace de l’exclusion de la majorité, par un simple remplacement avec le cdH.
  • En plaçant Adrien Dolimont, GLB obtient certes un droit de regard sur les affaires wallonnes, mais il ne pourra pas se permettre la particip-opposition, comme il le fait régulièrement au fédéral.
  • Ce dernier l’a même avoué entre les lignes de son interview accordée à l’Echo, il n’y aura pas de rupture par rapport à la politique de Crucke: « Non, on respectera les accords conclus. C’est pour ça qu’on a besoin d’un technicien, pas d’un showman. Adrien et son équipe devront être besogneux et travailler dans l’ombre pour respecter la trajectoire qui a été fixée. »
  • Cette trajectoire, c’est la réduction du déficit de 150 millions d’euros par an. Car d’ici 2030, la Wallonie devrait crouler sous une dette de 50 milliards d’euros. Le premier ajustement doit débuter en mars et se répéter chaque année.

Ailleurs: le débat sur la vaccination obligatoire se rapproche.

  • Si ça ne tenait qu’au ministre de la Santé, Franck Vandenbroucke (Vooruit), le débat sur la vaccination obligatoire aurait déjà eu lieu. Avec la fin de la situation d’urgence le 28 janvier, conformément à la loi pandémie, la prochaine étape doit être débattue au Parlement. « Ce n’est pas au comité de concertation à trancher cette question. Cela demande une législation et un large débat parlementaire. Je n’attendrais pas si cela ne tenait qu’à moi », explique le ministre.
  • Son président de parti, Conner Rousseau, s’est montré plus concret. Au cours de l’émission Terzake, ce mardi soir, le jeune socialiste s’est dit favorable à une obligation vaccinale temporaire, le temps d’évaluer la situation du variant omicron. Comment ? Via le CST, il veut « récompenser ceux qui se font vacciner », ne laissant aux non-vaccinés que les activités essentielles (supermarché, pharmacie, etc.). Un pass sanitaire qui se transformerait en pass vaccinal, comme c’est le cas en France. Il a en outre rappelé que trois Flamands sur quatre sont favorables à la vaccination obligatoire.
  • Du côté du PS, la dernière déclaration en date du président Paul Magnette était plutôt claire: soit une obligation pour tous, soit une obligation pour personne. Dans la mesure où les soins de santé sont confrontés à une obligation vaccinale, tout le monde devrait donc l’être.
  • Du côté d’Ecolo/Groen, on se dit prêt à étudier la question la semaine prochaine. C’est d’ailleurs une demande de longue date, explique le député Gilles Vanden Burre, qui est heureux que sa formation soit enfin écoutée. Ce débat, avec l’avis d’experts de tous horizons, devrait prendre plusieurs semaines selon lui.
  • Enfin, du côté du Premier ministre, après avoir refusé l’idée d’une obligation vaccinale, inapplicable selon lui, Alexander De Croo et l’Open VLD ont laissé la porte ouverte à un pass vaccinal. Une obligation vaccinale qui ne dit pas son nom.
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