Des voitures chinoises ‘anti-virus’: gadgets miraculeux ou vaste arnaque?

Un travailleur désinfecte une voiture de location avant de fixer un rideau en plastique pour séparer les sièges arrière du premier rang à Hangzhou, province du Zhejiang, Chine. (EPA-EFE/XU KANGPING)

En Chine, les constructeurs automobiles exploitent les préoccupations sanitaires liées au Covid-19 en lançant des véhicules dotés de soi-disant fonctions ‘anti-virus’. Ces nouveaux modèles sont censés offrir le même niveau de protection à l’intérieur de l’habitacle que le port d’un masque buccal. Vraiment?

Il ne s’agit pas d’une technologie marginale puisque certains des plus grands constructeurs automobiles du pays ont lancé de nouvelles voitures dotées de telles caractéristiques. Y compris le groupe automobile mondial Geely, qui fabrique notamment des célèbres taxis noirs de Londres.

Geely a été le premier à lancer des fonctions anti-virus via un projet de ‘voiture saine’ antérieur à la pandémie. Ce système devait empêcher les minuscules particules de pénétrer dans la voiture, protégeant les passagers contre la pollution nocive.

Matériaux anti-microbiens

A présent, la marque développe des matériaux anti-microbiens pour que les commandes et poignées de porte de ses voitures soient ‘stériles’ de bactéries et de virus.

‘Les consommateurs passent un temps considérable dans leur voiture, comme s’ils étaient dans une résidence secondaire. Ce n’est qu’en fabriquant des produits plus sains que nous pourrons répondre à la demande des consommateurs pour une meilleure qualité de vie’, a déclaré un porte-parole de Geely.

L’entreprise compte bien mettre la fabrication de tels matériaux au centre de ses ‘principaux objectifs de développement à long terme’. Et d’autres constructeurs de l’imiter ou de s’en inspirer.

SAIC, propriétaire de la marque automobile britannique MG, a par exemple ajouté en option une lampe à ultraviolets pour ‘stériliser l’air’ qui passe par le système de climatisation de la voiture. Le constructeur automobile concurrent Guangzhou Automobile GAC propose lui un système de filtre à air à trois niveaux.

Mais est-ce seulement réaliste?

De simples gadgets?

Car il ne pourrait s’agir que d’une astuce pour tenter de faire repartir les ventes automobiles en Chine. Celles-ci ont chuté de plus de 80 % en février, la plus forte baisse des 20 dernières années. Si les ventes de voitures ont connu une légère reprise en mars, elles ont néanmoins chuté de 43 % par rapport au même mois de l’année précédente.

Le cabinet de recherche Frost & Sullivan est pourtant convaincu que ces nouvelles technologies sont plus que de simples gadgets. Et seront à terme appliquées dans le monde entier. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

‘Les entreprises essaient de profiter des craintes du Covid-19 pour vendre des produits et des services aux consommateurs et pouvoir faire payer une option supplémentaire’, s’énerve Shaun Rein, directeur général du China Market Research Group.

Après les dispositifs de protection contre la pollution, ‘les constructeurs automobiles essaient maintenant de positionner leurs voitures comme étant également sûres contre les virus. Je ne suis ni médecin ni scientifique, mais je conseille aux consommateurs de se méfier de toute entreprise qui affirme que ses produits réduisent la transmission des virus, en particulier le Covid-19’, a-t-il prévenu.

Si vous êtes prêts à payer pour de tels gadgets potentiellement inutiles, sachez qu’il existe également une peinture ‘anti-virus’ développée par la société Nippon Paint et censée protéger contre les infections des surfaces. L’entreprise japonaise en a même fait don à quatre hôpitaux de Wuhan, l’épicentre de l’épidémie en Chine…

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