Comment le FBI a arrêté 800 criminels en leur distribuant des téléphones… qui se retrouvent sur le marché de l’occasion

L’agence fédérale américaine a créé son propre « cryptophone » et l’a fait distribuer dans les réseaux criminels comme un engin totalement sécurisé. Et cette opération a été un immense succès. Curieusement, on les trouve maintenant sur certains sites d’occasion. Il vaut mieux décliner l’offre.

Très joli coup de filet que le FBI a réalisé le mois dernier : ce sont pas moins de 800 personnes impliquées dans divers trafics ou réseaux criminels qui ont été interpelées simultanément. Aux USA, mais aussi en Amérique latine, en Europe et en Océanie, grâce à une grande opération conjointe avec les polices locales. Pour y parvenir, le bureau fédéral américain a conçu une immense opération d’infiltration technologique: il a fait commercialiser des smartphones dotés d’une application soi-disant ultra-sécurisée et intraçable pour mettre les criminels en confiance.

Le rêve du trafiquant connecté

Depuis 2019, l’agence et de nombreuses polices partenaires se cachaient derrière une étrange firme qui vendait des téléphones équipés d’un système appelé ANOM. Celui-ci était décrit comme entièrement crypté et intraçable. L’application était même camouflée dans ce qui ressemblait à s’y méprendre à un téléphone normal. Des applications telles que Netflix, Instagram, Snapchat, ou encore Tinder semblent bien installées. Sauf qu’il s’agit de leurres, et les icônes ne mènent nulle part. Pour faire quelque chose du téléphone, il faut le formater et taper un pin secret. Ne reste alors que l’horloge et la calculatrice. Celle-ci camoufle, sous un autre code PIN, la véritable messagerie du téléphone. Qui est en outre équipé d’un raccourci spécial formatant d’un clic toutes les conversations enregistrées. Un vrai gadget de rêve pour trafiquants.

Sauf que bien évidemment, ce téléphone est scruté en permanence par le FBI. Et personne ne s’est rendu compte que c’était un piège avant que près de 12.000 engins aient été distribués dans 90 pays différents, et que 27 millions de messages et 450.000 photos ne soient rendus accessibles aux forces de l’ordre. Un succès d’autant plus important que de véritables messageries cryptées utilisées par des criminels avaient été récemment démantelées. Comme Sky ECC, infiltré par les polices belges, française, et néerlandaise. Les rescapés de ces coups de filet précédents avaient massivement migré vers ANOM.

Smartphone d’occasion

Jusqu’à ce que le piège se referme. Outre 800 arrestations, l’opération, nommée Trojan Shield, a permis de saisir 8 tonnes de cocaïne, 22 tonnes de cannabis en herbe ou en résine, 250 armes à feu, et 48 millions en devises ou en cryptomonnaies. « Cette opération, connue sous le nom de OTF Greenlight/Trojan Shield, est l’une des opérations d’application de la loi les plus importantes et les plus sophistiquées à ce jour dans la lutte contre les activités criminelles cryptées » s’est vanté Europol, l’un des acteurs de l’opération.

Évidemment, un tel succès n’est envisageable qu’une seule fois : ANOM était une arme à un coup pour le FBI. Sauf que curieusement, ces soi-disant cryptophones n’ont pas disparu. On les retrouve à des prix défiants toute concurrence sur des sites de seconde main. Et les acheteurs se retrouvent avec un téléphone qui ne fonctionne pas, avec apparemment des situations différentes selon les modèles. Comme beaucoup cherchent de l’aide en ligne, c’est devenu presque un jeu sur le Web d’essayer d’identifier les modèles ANOM et de tenter d’en faire des téléphones normaux et fonctionnels. Mais il semblerait que jusqu’à présent, personne n’y soit encore arrivé. Attention à ne pas en acheter un par erreur, d’autant que ANOM a été installé sur de nombreux modèles de smartphones ordinaires.

Pour aller plus loin :

Plus
Lire plus...
Marchés